Que votre charité se donne de la peine

Pour Geneviève Bœuf : de multiples expériences humanitaires à travers le monde. (« Présence Mariste » 257, octobre 2008)

Le témoignage de Geneviève Bœuf, à partir de ses diverses expériences de séjours à l’étranger vient illustrer et donner vie au thème de la Semaine Missionnaire Mondiale pour cette année 2008. Elle travaille actuellement dans la Loire en hospitalisation à domicile surtout en soins palliatifs dans le cadre de l’association OIKIA.

LA GENÈSE D’UN APPEL

Après mes études d’infirmière j’ai voulu faire l’expérience de ce que je voyais à la télévision : des hommes, des femmes partant en mission humanitaire. Mais je ne voulais pas avoir « qu’une » vision médicale des projets.

G. Boeuf (au centre de la photo), en Chine à Xin Cheng en 1996, avec le personnel de la clinique
G. Boeuf (au centre de la photo), en Chine à Xin Cheng en 1996, avec le personnel de la clinique

J’ai donc passé le concours pour entrer à l’école BIOFORCE. Cette année dans le quartier des Minguettes à Lyon a été le début de l’apprentissage de la vie en communauté avec des gens différents : je partageais l’appartement avec une Malgache, un Angolais et deux autres Françaises de Lille.

DIVERSES MISSIONS HUMANITAIRES

Et l’aventure a commencé : mission en Bosnie en 1993 avec « Action Contre la Faim », puis premier contact avec le continent africain au sud Soudan et en Tanzanie (en 1994 avec les réfugiés Rwandais).
En rentrant de ces deux missions, je me suis rendue compte qu’une formation en médecine tropicale serait un bon complément : 5 mois à Anvers et me voilà repartie avec « Médecins Sans Frontières » : au Libéria (1995), en Chine (1996) et au Tchad (1997).

UNE MISSION D’ÉGLISE

Toutes ces expériences m’apportaient beaucoup sur les plans humain et professionnel. Mais il en manquait un : le plan spirituel. C’est pourquoi j’ai fait une demande à la « Délégation Catholique pour la Coopération » pour approfondir cet Esprit qui m’avait guidée jusque-là.
J’ai donc passé 4 années (de 1998 à 2002) dans le diocèse de Yagoua, au Cameroun comme volontaire envoyée en mission par l’Église de Saint-Etienne. J’étais partie pour donner de mon temps et de moi-même ; je suis revenue ayant beaucoup reçu.

DEUX EXEMPLES D’UNE « CHARITÉ ACTIVE »

Connaissez-vous l’état des véhicules souvent là-bas ? Le contrôle technique n’existe pas ! Lorsqu’il y a une panne, on se débrouille avec les moyens du bord ! Ma voiture avait bien des problèmes car après plus de 120 000 kms sur les pistes, les trous et le sable avaient eu raison d’elle… Je suis tombée plusieurs fois en panne, seule, dans la brousse. Il y a toujours eu quelqu’un pour m’aider : un groupe de femmes allant aux champs ou à la pêche, des commerçants allant ou revenant du marché, ou quelqu’un occupé dans son saré à piler, tresser ou à couper du bois. Souvent, nous ne parlions pas la même langue, mais je ne suis jamais restée sans secours. La plupart du temps ce n’était pas des personnes qui fréquentaient la mission catholique ; il y eu même des musulmans.

G. Boeuf, à Yaoundé en 2001, lors d'une session sur la gestion des services de santé
G. Boeuf, à Yaoundé en 2001, lors d’une session sur la gestion des services de santé

Un deuxième exemple : une voisine venait me voir de temps en temps lorsque ses enfants étaient malades. Elle me dit, peu avant mon départ, avoir du mal à trouver quelques sous pour faire à manger à sa famille au moins une fois par jour. Deux jours avant mon départ, elle est venue m’apporter un gros poulet. Le merci que je lui ai dit, les larmes aux yeux, était bien trop petit par rapport à son geste, mais je n’ai pas trouvé d’autre mot…
En vérité, là-bas, la charité se donne de la peine et la foi est active : méditons cela dans notre cœur et demandons à Marie de suivre leurs pas.

Geneviève BŒUF
(paru dans Présence Maristes N° 257, octobre 2008)