Randonnée France-Népal

Maxime, jeune Chazellois de 28 ans, a vécu en 2009, une aventure exceptionnelle. Il nous partage volontiers ses découvertes (Présence mariste N° 270, janvier 2012)

En quelques mots, dis-nous les grandes lignes de ton aventure ?
J’ai entrepris ce voyage vers l’Inde le 24 janvier 2009 pour une durée initiale de 6 à 8 mois ; ce voyage aura finalement duré près d’une année. Après quelques expériences de cyclotourisme plus courtes en France, en Europe et en Afrique du Nord, l’envie de vivre une aventure au long cours était de plus en plus présente.

Famille (Kyrghizstan)
Famille (Kyrghizstan)


Attiré par les contrées orientales, pays des mille et une nuit, route de la soie, Iran tant décrié, hautes routes himalayennes, curiosité de cette Inde tellement différente… m’a fait traverser l’Europe du Sud, pour rejoindre la Turquie. Sans visa pour l’Iran, le chemin de l’Asie centrale ne pouvait passer que par la Géorgie et l’Azerbaïdjan. Ensuite, Turkménistan, Ouzbékistan, Kyrghizstan, Tadjikistan, le Pakistan pour arriver en Inde et au Népal.
Partir à vélo et s’immerger lentement dans la contrée visitée, pas de décalage horaire, pas de bouffée de chaleur à la descente de l’avion, une multitude de rencontres qui apportent toujours un peu plus de compréhension des cultures.
Le retour en avion, après 354 jours de voyages, 14 pays traversés et 198 jours de vélo, est brutal !

Yourte et Khumiz (lait de jument fermenté)
Yourte et Khumiz (lait de jument fermenté)

Comment l’as-tu préparé ?
Finalement, la préparation a été assez simple. Mon expérience de plusieurs voyages à vélo me permettait d’envisager ce projet avec sérénité. Avec quelques économies, je n’ai pas eu à me soucier du financement. Une part importante de la préparation a consisté à glaner des informations sur les pays traversés, notamment sur les visas.

Peux-tu donner deux ou trois moments forts que tu as vécus ?
La première nuit où je suis hébergé par une famille en Turquie, je sors d’Ankara et je m’arrête dans un petit village. Le fils et sa mère m’invitent dans leur modeste maison faite de terre. L’intérieur est simple, deux banquettes, un poêle pour préparer une soupe qui sera accompagnée d’olives, de pain, de kurut (fromage). Ils ont invité les cousins. Les questions fusent des deux côtés comme à l’habitude : vous êtes marié ? Vous travaillez où ? Vous êtes chrétien ? Venue l’heure de dormir, la mère me cède la chambre et s’en va dormir sur une banquette de la pièce de vie. Leçon d’hospitalité et leçon d’humilité.
La route du Pamir a été une expérience unique. Haut lieu du cyclotourisme, la route M41, construite par les Soviétiques, traverse des plateaux à des altitudes de 3 500 à 4 000 m. L’environnement y est minéral et désertique. De juillet à septembre, les vastes pâturages sont investis par des moutons et des chameaux, seule ressource agricole à cette altitude. De la route, on aperçoit les yourtes des kyrghyzes, pasteurs du Pamir. Les villages traversés me laissent une impression de Sahel et la rudesse du mode de vie, songeur sur la capacité de l’humain à s’adapter aux éléments. Une question reste sans réponse : pourquoi demeurer dans des endroits aussi hostiles ?

Col d'Ak-Baital-Pamir (altitude 4655 m)
Col d’Ak-Baital-Pamir (altitude 4655 m)

Tu es de retour depuis un an, en quelques mots, qu’as-tu découvert ?
J’ai reçu une grande leçon d’accueil, quelque chose que nous perdons de vue dans notre société, victime de cette peur de l’autre et du repli sur soi. À mesure que je m’éloignais de l’Europe occidentale, la disponibilité et l’ouverture des gens allaient croissant.
Le voyage à vélo permet un retour à la simplicité ; il n’autorise pas le superflu. C’est le retour à l’essentiel : vivre l’instant présent, la richesse des rencontres, la beauté des paysages.
Ces expériences intenses renforcent, en moi, des valeurs que je portais déjà : fraternité, solidarité, partage, tolérance.

Et si c’était à refaire… ?
De vraies jantes, un visa pour l’Iran, un livre d’histoire pour chaque pays traversé, partir à deux.


Maxime GOUTAGNEUX
(Publié dans Présence Mariste N° 270, Janvier 2012)