Athènes : une jeunesse à aider

Dans une ville comme Athènes on voit agir une foule de jeunes qui ignorent le sens de l’amour, du bonheur et de la famille. (« Présence Mariste » n°214, janvier 1998)

Ce n’est pas dans un pays du Tiers-Monde ou dans un coin de terre lointain que l’on pourrait croiser des gens qui ont besoin de notre aide, de notre compassion. Ils vivent avec nous, dans notre quartier, oubliés de tous, en marge de la société, victimes de notre indifférence. Dans une ville comme Athènes qui exerce tant d’attractions, qui offre tant de confort et de distractions, on voit agir toute une foule d’individus, pour la plupart des jeunes qui ignorent le sens de l’amour, du bonheur et de la famille. Leur vocabulaire le plus familier ? « choper », « exploiter », « came », « corne »…

Voilà les jeunes que je m’efforce d’aider. Vivant à leurs côtés quand j’ai fini ma tâche à l’école, j’essaie de leur offrir un peu d’amour et d’affection, et de compatir à leur peine. Des fois, cela me fatigue à tout point de vue, m’irrite, me désespère. Pourtant, je dois affronter ces épreuves pour gagner leur confiance, pour adoucir leur peine et panser de mon mieux les plaies qu’ils ont dans leur âme. Le résultat n’est pas toujours probant. Mais les déceptions ne me font pas baisser les bras. Je prie tous les jours pour trouver la force de continuer. Dieu est près de moi. Je le sens, surtout dans les moments difficiles. L’aide matérielle et morale de la part des Frères, de mes parents, collègues et amis m’est très précieuse. Ceux qui m’assistent spirituellement ne sont pas moins nombreux. Leurs prières m’encouragent à poursuivre ma tâche.

TEMOIGNAGE

« Par malheur ou par bonheur, je fais partie des enfants privilégiés qui ont tout ce qu ’ils veulent ou presque. Heureusement, grâce à Dieu, je suis en bon état de santé, je n ’ai pas faim et j’ai toujours ma famille près de moi.

Malheureusement, tout ce bien-être m’a fait oublier jusqu’à présent que bien des personnes n’ont pas la même chance que moi".

Ces réflexions m’ont poussée, ainsi que d’autres jeunes de mon âge, à participer à ce projet de « Groupes de Charité ». Je ne veux pas le qualifier de secours ou de philanthropie, mais de charité-amour parce que la motivation profonde c ’est l’amour. La charité était le point de départ, la force motrice de nos professeurs qui ont organisé ce projet et des jeunes qui s’y sont engagés. Voilà notre but : essayer de nous persuader nous-mêmes et de persuader ensuite les personnes que nous rencontrons, que la nature humaine est composée de sensibilité, de compassion et de bonté.

Pour moi, ce n’est ni l’argent, les habits, ni les cadeaux qui ont la plus grande valeur, mais le sourire que nous leur offrons. Bien souvent, les gens, par crainte ou par méfiance, n ’acceptent pas notre aide. Mais il y a aussi des cas où notre effort a été couronné de succès avec ces personnes ; nous avons réussi à leur faire oublier leur malheur pour un certain temps.

Après quelques expériences comme membre de cette équipe, je suis arrivée à cette conclusion : enfin de compte, ce n’est pas tellement difficile pour quelqu’un d’ouvrir son cœur et de partager son amour avec des personnes qui en ont besoin. Bien au contraire, ce projet me rend meilleure et me purifie.

C’est tout ce que je peux dire. Le reste, ce sont ces sourires des enfants pauvres, des vieillards handicapés et malades qui le disent. D’ailleurs, ce sont eux qui sont nos juges. Eux et Dieu. »

Charis Boutieri, élève de 3è année, Collège de Patissia, Athènes

Dans la dure réalité quotidienne où les valeurs morales pâlissent ou sont rejetées, je vois tout un monde de jeunes en quête de mon aide. Ce monde je l’ai aimé, je l’aime, car au fond de l’âme de ces adolescents scintillent la flamme de l’espoir, la soif de délivrance et d’humanité. Et cette flamme, je n’ai pas le droit de la laisser s’éteindre.

UN PROBLEME SPIRITUEL

Cette conviction a été consolidée à la suite d’un récent événement : Yorgos, un jeune homme de 24 ans que j’ai aidé, de longues années durant, dans ses moments de détresse, a pris la décision de se vouer à l’amour de Dieu en choisissant la vie monastique dans un monastère de Volos. Ceux qui l’avaient connu voyaient en lui une personne condamnée à jamais. Ils ne pouvaient croire qu’il changerait après 10 ans de vie dans la pègre athénienne.

Et pourtant ! Pendant que je compatissais à ses peines, je constatais que Yorgos avait en lui quelque chose de plus profond. Il aspirait à autre chose, à quelque chose qu’il avait trouvé en recouvrant sa foi en Dieu. Le vide moral a donné sa place à l’immense amour pour le Créateur. Après avoir changé de cap durant ces deux dernières années et aidé d’un prêtre, lui et deux autres jeunes ont pu surmonter les problèmes, grâce à une prière quotidienne de deux heures, ce qui a consolidé leur foi en Dieu. »
(Fr. Mathieu LEVANTINOS, tiré du Recueil "Toi, mon frère…"p.6,7 et 8)

"Une multitude se lèvera pour travailler avec toi !"

« C’est vrai que depuis 1984 quand j’ai commencé mon action auprès des jeunes en situation de risque (jeunes menacés par la drogue, jeunes immigrés, marginaux, enfants de la rue…) la mentalité des Frères a bien changé. Régulièrement les Frères envoient des produits alimentaires aux sœurs missionnaires de Mère Térésa de Calcutta. Deux Frères et des enseignants participent au mouvement « Foi et Lumière » qui s’occupe des handicapés mentaux et physiques.

Un Frère assiste par des visites régulières des personnes âgées. Les Frères acceptent les jeunes de la rue dans la communauté (repas, lessive,…). Ils y passent la nuit. Deux fois par mois (le dimanche) on organise des groupements apostoliques appelés « groupes de charité », dont les activités rendent nos élèves solidaires avec les familles et les enfants délaissés dans des institutions. Cette initiative a été lancée par un professeur catholique, désireux de vivre le charisme de Marcellin Champagnat.

Avant Pâques, tous les enseignants et les élèves du collège participent à la « Croisade d’amour ». Plus précisément, les élèves, après avoir assisté à la Messe, montent dans les cars, munis d’argent, de produits alimentaires, de cadeaux et d’un large sourire chaleureux et se lancent dans diverses directions pour rendre visite aux enfants abandonnés, handicapés, aux familles pauvres, aux sans-abri. »
(Lettre du Fr. Mathieu LEVANTINOS, 23 septembre 1997)

(Publié dans « Présence Mariste » n°214, janvier 1998)