« Vivre ensemble », c’est simple comme « bonjour »

Coup de projecteur sur un centre social qui pratique le « Vivre ensemble ».

Quinze ans déjà que le projet du Centre Social Lavieu Centre-Ville à St Chamond (territoire de 12000 habitants dans une ville qui en compte 35000) est clairement axé sur le « Vivre Ensemble ».

Une histoire de rencontre

Au début, c’était une notion abstraite, un Monsieur, un jour, est venu timidement et discrètement nous voir en pensant s’adresser à un club de rencontre !
On s’est vite rendu compte qu’il s’agit d’une notion très simple alimentée ou non par les petits gestes de la vie quotidienne et quand on s’est amusé à faire un sondage au sein de la structure pour voir le nombre de personnes qui ne disaient pas spontanément « Bonjour », on a été surpris ! Déjà par le nombre et ensuite, par les catégories d’âges arrivant en tête, si on peut dire. A force de toujours montrer les jeunes du doigt et de les accuser de tous les maux, on oublie qu’une rivière va toujours de la source vers la mer et que la transmission des valeurs et l’exemplarité sont bel et bien le boulot premier des grands adultes, parents, voisins, personnes âgées. Dans le « Vivre Ensemble », chacun est acteur, à sa façon, à son tour, avec ses capacités et ses savoirs-être.

Un centre bien nommé !
Un centre bien nommé !

Réalisations collectives

De l’épisode du « bonjour » est né un projet de film sur les valeurs réalisé par huit jeunes en Afrique, à St Chamond et en milieu rural aux Estables.
Aujourd’hui, un autre groupe anime « la caisse à jeux », une idée simpliste : des grands jeux en bois surdimensionnés, achetés ou réalisés avec des retraités et sept ou huit ados de 14 à 18 ans qui vont d’écoles en maisons de retraites, de festivals en clubs divers pour animer et réguler des animations autour du jeu. Au collège du quartier, ce sont eux qui rappellent les règles du jeu et qui assurent la médiation, y compris avec les profs !

Couture et tricot

Un groupe de mamies très âgées et limitées au niveau déplacement, cousent et tricotent, chez elles et à partir de matériaux de récupération, des vêtements qui ensuite vont dans divers pays. Quand elles voient les photos d’enfants indiens, cubains, maliens, portant leurs habits, elles retrouvent de fait un rôle social.

Saveurs d’ici et d’ailleurs…

On pourrait encore parler des Cuisines du Monde qui, une fois par mois et depuis 15 ans, réunissent à chaque fois une soixantaine de convives autour d’un repas préparé par une personne du quartier ayant vécue une migration proche ou lointaine. Qu’on vienne de Haute-Loire, d’Anatolie centrale, de Kabylie, d’Italie ou d’ailleurs, le fait d’avoir une autre culture, parfois une autre langue, est un plus, jamais un moins.
Depuis 15 ans, on s’enrichit de nos différences et au fil des années, d’ailleurs, on se rend compte que nos ressemblances sont au moins aussi nombreuses.

Vivre ensemble, cela s’apprend !

Depuis un an ou deux, nous mettons l’accent sur ce qui freine beaucoup le « Vivre Ensemble » et les rencontres, à savoir, le manque de place pour chacun.
Si on ne définit pas la place de chacun, certains groupes, voire chaque individu, vont prendre toute la place. Se battre avec les habitants pour obtenir des bancs (et oui, on en est souvent là !) ou l’aménagement d’un square inter générations, d’un lieu pour jouer au foot ou d’une table pour pique-niquer, demande parfois des mois, voire des années.
Le « Vivre Ensemble » ne tombe pas du ciel et aujourd’hui, il faut souvent réapprendre aux gens à être ensemble, apprendre à faire société… Ensuite, ce sont eux qui font le « Vivre Ensemble » et qui y trouvent du bonheur.

Place aux clubs

On pourrait encore parler des Veillées Inter générations, de la Fête des Enfants ou de la Fête du Jeu, des neufs clubs gérés par les habitants (tricot, maquettes, scrabble, vannerie,…), des actions « Mamy gâteaux, Papy râteaux » (l’animation d’un vrai jardin), de l’accueil sur le marché du samedi et des groupes de paroles…

L'intergénérationnel pour transmettre les valeurs
L’intergénérationnel pour transmettre les valeurs

Un projet « politique »

Avec, à chaque fois, la volonté d’aller vers le droit commun pour s’inscrire dans la citoyenneté avec les droits et devoirs que cela implique. « Vivre Ensemble » est un projet politique au sens grec du terme « gestion des affaires de la cité », il va parfois à l’encontre de la facilité et des idées reçues et ce serait mentir de faire croire que c’est simple tous les jours. Mais est-ce simple tous les jours dans une famille ? On demande juste aux politiques quels qu’ils soient et aux médias, aussi parfois, de veiller à ne pas détruire en quelques heures ce qu’on a mis des années à construire.

Pour que gagne la vie !

Depuis dix ans que le « Vivre Ensemble » est inscrit sur le fronton du Centre Social Lavieu Centre-Ville, nous sommes fiers de nos avancées dans la structure.

Notre volonté aujourd’hui est d’aller plus loin pour que ce « Vivre Ensemble » irradie et devienne contagieux, parce que, quand ça marche, ce n’est « que du bonheur » et puis aussi, parce qu’il n’y a pas d’autres alternatives constructives aux communautarismes quels qu’ils soient. Alors, il va falloir faire simple, faire pousser de l’intelligence collective, être un peu la levure qui fermente dans le pain. « L’interculturel » et « l’intergénérationnel » sont les vecteurs que nous voulons utiliser pour la transmission des valeurs et des savoir-faire. Il n’y aura essaimage que s’il y a transmission, et cela, ça dépend de toutes les petites abeilles que nous sommes !

Jean-Luc DENIS,
Directeur du Centre Social
(paru dans Présence Mariste N° 258, Janvier 2009)


DANS LE MAQUIS DES MOTS
ET DES CHIFFRES

Voici quelques définitions simples pour permettre à chacun de s’y retrouver dans le maquis des mots utilisés particulièrement dans certains articles de ce dossier !

CLANDESTINS :
Ce sont des personnes entrées illégalement sur le territoire français, qui y demeurent sans que leur existence ne soit constatée. Par définition, leur nombre est difficilement connu…

BOUTÉS :
Ce sont des étrangers venus en France présenter une demande d’asile et dont la demande a été définitivement rejetée par l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) ou en appel par la CNDA (Cour Nationale du Droit d’Asile). Ayant reçu une « Obligation à Quitter le Territoire », la plupart d’entre eux ne jugent pas pouvoir rentrer au pays et se maintiennent illégalement en France.
Chaque année entre 70 et 80 % des personnes ayant déposé une demande d’asile sont déboutées. Chaque année, par effet cumulatif, leur nombre augmente, n’étant pas compensé par le chiffre d’expulsions.

DEMANDEURS D’ASILE :
Ce sont des personnes qui craignent pour la sécurité de leur vie. Victimes de persécutions ou menacées de ces persécutions, elles ont quitté leur pays, pour venir, souvent de manière illégale, dans un pays tiers, demander la protection en application de la Convention de Genève de 1951.
Leur demande, faite auprès des Préfectures, est instruite par l’OFPRA. Elles obtiennent des « Autorisations Provisoires de Séjour » de 3 mois, renouvelées jusqu’à la réponse de l’OFPRA ou de la CNDA. Il y avait 52000 demandes d’asile en 2003 et 26000 en 2006.

ÉTRANGER :
C’est quelqu’un qui n’a pas la nationalité française.

IMMIGRÉ :
C’est une personne née étrangère à l’étranger. Vivant en France, des immigrés peuvent acquérir la nationalité française. Ils restent cependant des « immigrés ». Leurs enfants nés en France, ne sont pas comptés comme immigrés. Il y a donc des immigrés étrangers et des immigrés de nationalité française.
Les immigrés représentent 7,5 % de la population française. Cette proportion est stable depuis plus de 40 ans.
37 % viennent des pays de l’Union Européenne, 7 % d’Europe hors Union Européenne, 30 % sont originaires du Maghreb, 8 % viennent d’Asie, 8 % d’Afrique (hors Maghreb) et 4,5 % de Turquie.

MINEURS ISOLÉS :
Des mineurs quittent leur pays pour demander protection dans un autre pays, souvent suite à des événements tragiques pour leur famille (mort des parents). Ils ne peuvent faire de demande d’asile avant l’âge de 18 ans. Ils sont accueillis par les services de l’Aide Sociale à l’Enfance qui leur assure une protection, un hébergement et une formation.
Comme pour tout mouvement migratoire, l’action de filières plus ou moins mafieuses peut parfois être soupçonnée, surtout pour les ressortissants de certains pays.