De retour de vacances en palestine

Qu’elles soient palestiniennes ou israéliennes, juives, chrétiennes ou musulmanes, toutes les personnes rencontrées nous ont témoignés leur désir d’accueillir des « étrangers ». (Publié dans « Présence Mariste » n°279, avril 2014)

Avertie de la situation israélo-palestinienne, je pensais savoir à quoi m’attendre en partant dans ce pays. Et pourquoi en vacances ? Bien que connaissant les voyages « humanitaires » ou de « découverte » organisés, je souhaitais voyager selon ma conception du voyage, libre d’aller où je voulais et de rencontrer qui je voulais.

Avec deux amis, nous avons choisi de rencontrer en Israël et en Palestine des associations porteuses de développement et de paix. Que ce soit du côté israélien ou dans les territoires occupés, ces associations existent et sont accessibles à tous les touristes. Leur objectif : agir chez eux, et aussi mieux informer pour nous permettre de témoigner, revenir, et inviter d’autres personnes à visiter ces territoires…

Pour chaque arbre coupé, dix sont replantés
Pour chaque arbre coupé, dix sont replantés

Qu’elles soient palestiniennes ou israéliennes, juives, chrétiennes ou musulmanes, toutes ces personnes rencontrées nous ont témoignés leur désir d’accueillir des « étrangers », leur amour pour leur pays réciproque, leur espoir qu’enfin les deux peuples vivent en paix, et aussi leur impuissance face à l’immobilisme international, leur peur de se déplacer tout simplement… J’étais informée sur la situation : une information, un savoir théorique, pourtant minutieusement recueilli dans les livres, les articles, les documentaires ou via des rencontres.

Et pourtant…

Que dire après la visite d’Hébron, en Cisjordanie ? Dans cette ville se trouve le tombeau des Patriarches, source de tension entre Juifs et Musulmans. La ville est colonisée par les Israéliens. Les étages supérieurs des maisons dans la vieille ville sont maintenant occupés par des Juifs religieux. Pour se protéger, les Palestiniens, qui occupent toujours les rez-de-chaussée, ont tendu des protections en grillage. Sur les grillages, nous avons pu voir des détritus, des briques, et aussi d’énormes blocs de béton qui menacent à tout moment les passants et les marchands. L’ambiance est tendue, les routes sont coupées, des miradors surveillent en permanence les allées et venues des Palestiniens.

Une barrière à Hébron
Une barrière à Hébron

Que dire du mur de séparation, haut de 8 mètres, qui encercle les territoires occupés ? Certes, il parait que les relations sont plus faciles depuis que celui-ci a été construit, mais il continue de se construire, violant les accords et la ligne de séparation tracée en 1948, coupant des villages et des terres vivrières. Je retiens en revanche la recherche de paix et de sérénité de la Tente des nations, proche de Bethléem et entourée de colonies israéliennes. C’est une ferme qui accueille des volontaires de tous pays, israéliens ou palestiniens, mais aussi internationaux. Vivre ensemble quelques jours, malgré les restrictions d’eau et d’électricité nous aura permis d’appréhender le quotidien et l’espoir de ces gens. Arroser des arbres (pour chaque arbre coupé par les soldats israéliens, dix sont replantés en signe de résistance et d’espoir), cueillir des amandes, partager un simple repas et de longs débats passionnés pendant les soirées. Voilà ce que je retiens aussi de ces vacances.

Je retournerai en Palestine pour continuer les visites, revoir les personnes, approfondir les enjeux de la situation et tenter de comprendre pourquoi et comment un homme peut se comporter ainsi face à un son frère en humanité… Et aussi témoigner, avec un peu plus d’arguments et de finesse, de ce que j’aurai vu et compris.

Aurélie Duchamp
(Publié dans « Présence Mariste » n°279, avril 2014)