Marseille St-Joseph : Acrogym et solidarité

Des séances d’E.P.S. qui font travailler ensemble des élèves de St-Jo avec ceux d’un I.M.E. voisin. (« Présence Mariste » 2007)

Les responsables de la revue E.C.A.(Enseignement Catholique Actualités) nous ont autorisés à reproduire dans Présence Mariste l’article ci-dessous paru dans le numéro 312 (page 28) de mars 2007. Qu’ils en soient vivement remerciés.

L’article concerne, en effet, notre établissement mariste de St Joseph de Marseille. Michel SAYOU, professeur d’EPS, ouvre ses cours aux élèves d’un institut médico-éducatif voisin. Rencontres sur un tapis rouge…

C’est la mêlée joyeuse et progressivement structurée, à mesure qu’avance la séance d’acrogym – une discipline qui consiste à mettre en place des figures acrobatiques à plusieurs. Ce jour-là, à Marseille, le cours réunit les élèves de 5e de "Saint Jo" et de l’Escat, un institut médico-éducatif (IME) voisin.

L’enjeu de cette éducation physique croisée

Roger, l’un des éducateurs, qui accompagne le groupe des jeunes handicapés mentaux, s’accroupit sur le tapis de sol. Il sert de « fondement » aux jeunes qui vont construire une pyramide humaine en s’appuyant sur son dos et sur celui de son voisin. Radieuse, Ismane, une jeune trisomique toute mignonne, a réussi à tenir en équilibre quelques secondes, au sommet. Elle triomphe un moment… avant que les corps ne s’écroulent dans les rires et se réorganisent aussitôt en une autre sculpture de chair.
Impossible, ou très difficile, de distinguer les enfants handicapés des autres. Un même élan les anime, soutenu par la présence douce, mais ferme, du professeur d’éducation physique et sportive (EPS), Michel Sayou ; ainsi que par la vigilance des éducateurs et des éducatrices (l’infirmière est, elle aussi, de la partie).

Construction d’une pyramide humaine

Bien sûr, quelques-uns traînent, en maugréant « La barbe ! »… pour, cinq minutes plus tard, se prendre au jeu, certains d’avoir ainsi attiré les regards ! Se voir, être vu, tel qu’on est, avec sa différence, ses compétences à construire, tel est l’enjeu de cette éducation physique croisée.

Depuis 6 ans déjà

Il y a six ans que Michel Sayou porte et anime ces rencontres au sein de son établissement, en lien avec Philippe Sipeyre, président régional de l’UGSEL .
« D’un côté, c’est bien, estime Sacha, élève de Saint Jo, on découvre des gens différents et ça nous apaise, alors qu’on devient vite excités et qu’on se chamaille. De l’autre, on aime beaucoup le sport et là on ne fait pas grand-chose ».

Sortir du rythme habituel, en même temps que des stéréotypes, demande, en effet, une sorte d’ascèse. Une ascèse bien pensée , car Michel Sayou structure ses cours de façon à enrichir les jeunes de l’IME, sans dévier du « programme » durant la durée de ces rencontres (sept semaines). Et il permet à ses élèves de comprendre la complexité d’une relation pédagogique, utile pour leurs propres apprentissages, et, pourquoi pas, pour leur avenir…

Comment, par exemple, trouver le moyen de « mettre dans le coup » le grand gars (psychotique, passionné de physique) qui tourne le dos au groupe ? Lui suggérer, la prochaine fois, de chercher à figurer une molécule.

Bilan plutôt positif pour tous

« Quand on a fait la figure avec Ismane, cinq minutes plus tard, elle avait tout oublié ! »
s’étonne une 5e, lors du bilan final que dressent les élèves de Saint Joseph avec leur enseignant.

Michel Sayou explique le rapport au temps très particulier qu’entretiennent la plupart de ces jeunes handicapés. Il précise :
« Il faut que vous soyez persuadés de ce que vous faites ! Persuadés que vous pouvez y arriver ! En tant qu’adultes, vous le vérifierez : quand on croit à quelque chose, c’est plus facile à communiquer aux autres ! »

Michel Sayou et ses élèves font le bilan en fin de séance

« Ce travail rend les élèves plus solidaires, ça les pose quand ils se rendent compte à quel point ils vivent habituellement dans une société de compétition »,
observe Annie Millet, professeur principal de cette classe, qui a accompagné les élèves lors de leur visite de courtoisie à l’IME.

"Il est intéressant de voir comment ces deux publics arrivent à travailler ensemble, sans a priori négatifs",
souligne Cyrille Poudevigne, éducateur stagiaire. Et de constater comment nos jeunes à nous se sentent à l’aise. Je n’imaginais pas cela, car d’ordinaire, ils me semblent très conscients de leur handicap".

Avant de remonter dans le car qui les a conduits à Saint-Joseph, les jeunes de l’Escat font leurs adieux aux copains de 5e. Bises, bises et re-bises. Des dialogues se sont déjà noués par MSN.

Certains envisagent même de se retrouver au Mc Do. Dans quelque temps, "parce que c’est une grande responsabilité". Parole de 5e averti. Mais décidé à y aller !

Marie-Christine JEANNIOT

(Publié dans « Présence Mariste » n°253, octobre 2007)