Transformer les chapelles en Eglise…

La chapelle de mon collège date de 1887. Elle est vaste, belle et bien entretenue, mais les élèves préfèrent un autre local pour leurs cérémonies. (Fr A. Parrel, « Présence Mariste » n°138, janvier 1979)

« Mais tu veux casser la baraque ! », m’a-t-on dit.
J’ai pris le Petit Larousse illustré et j’ai lu :
« Baraque, nom féminin (de l’espagnol barraca) : local en planches. Au figuré : maison mal bâtie, mal tenue. »

On — c’étaient des amis, j’en suis bien convaincu — me disait cela à propos de « Lettre ouverte aux Amicalistes » publiée en janvier 1976, dans le numéro 126 de « Voyages et Missions » : une série de réflexions et de propositions sur la « déscolarisation » des Frères.

Je crains bien que ce nouvel article, utilisation des chapelles de nos collèges, soit aussi mal accueilli. Je vous laisse juger : ai-je décidé jamais de casser la baraque ?

DES REALITES

La foi de nos pères a construit les cathédrales (affirmation sans commentaire).

Nos églises se vident (consulter les statistiques). Les écoles catholiques sont devenues des « écoles missionnaires » (certains parents et enseignants voudraient même les intégrer à l’Education Nationale). Des chapelles de collège ont été désaffectées et transformées entièrement ou partiellement en dépôts, salles de gymnastique, cantines, laboratoires, bibliothèques, etc. (simples constatations sans critique d’aucune nature).

A TITRE D’EXEMPLE

« Nos pères, qui voyaient grand et construisaient solide, me disait un Cher Frère, nous ont légué des monuments, impérissables, hélas ! ».
Ce Cher Frère, directeur d’une maison très importante, était affligé d’une magnifique chapelle qui ne servait guère qu’une fois par an, pour la Profession de Foi ; mais il n’osait pas transformer cette chapelle en cantine.

Dans son école, cependant, les élèves célébraient l’Eucharistie, ils participaient à des cérémonies, mais pas à la chapelle ! (A ce point de mon propos, vous pouvez vous demander quelle baraque je vais casser.)

La chapelle de mon collège date de 1887. Elle est vaste, belle et bien entretenue, mais les élèves préfèrent un autre local pour leurs cérémonies. C’est un phénomène assez généralisé, semble-t-il. Je n’ai pas l’intention de l’analyser : cela nous ferait aborder des problèmes techniques qui n’ont pas leur place ici. Je vais plutôt vous conter un rêve, mon rêve. (Je crains beaucoup, si vous poursuivez encore la lecture, que vous ne m’abandonniez ici à mes rêveries. Aussi, vais-je vous inviter très fortement à lire encore le paragraphe suivant.)

MON REVE

Le voici : faire de la chapelle de mon collège une des paroisses des jeunes de la ville et des environs. Ne suis-je pas allé trop loin dans la confidence ? Me voilà, à découvert, dans le collimateur des autorités religieuses et civiles. Et pourtant…

EN PLEIN DELIRE

J’ai rêvé d’une foule de jeunes rassemblée dans les ruines d’une abbaye que j’aime. Je les ai vus en cortège solennel sous des cloîtres antiques. J’en ai contemplé, pressés dans des chapelles, vibrantes de leur foi. J’ai savouré leur silence comme un pain de campagne. J’ai bu leur prière comme une source. Je vibrais à l’unisson de leurs musiques et de leurs chants. Et je fus emporté par leur élan… Ce n’était pas un rêve : il y eut Taizé.

A VOUS LES JEUNES

A vous de jouer. Les adultes sont toujours empêtrés dans les fourrés inextricables de ce qu’ils appellent le bon sens, les bien-séances, le possible, les susceptibilités, les convenances, les juridictions, la rentabilité, l’expérience, leur tranquillité et leurs aises, et je ne sais quoi encore ? Ce sont leurs hochets. Ne les méprisez pas : ils ont les pieds lourds mais, solides et bien campés, ils vont vous aider à pousser les lourds vantaux grinçants de vos chapelles, qui étaient adaptées à la foule, pour la fête.

PORTES OUVERTES POUR LA FOULE

De vos chapelles faites donc des églises, de toutes vos chapelles, l’EGLISE qui est Rassemblement du Peuple de Dieu sans discrimination. Dans vos écoles, aménagez des lieux de prière. Vous avez le sens inné de la fête. Enjambant toute théologie, vous avez redécouvert les accents de LA PRIERE. Vous aimez, vous suivez les témoins ; et vous savez témoigner. Donc…

SANS CASSER LA BARAQUE

L’événement du Cénacle pourrait bien se renouveler avec vous.
« II vint du ciel un bruit comme le souffle d’un vent violent et la maison entière en fut remplie… Au bruit qui s’était fait entendre, la foule s’assembla… Tous remplis d’Esprit Saint, les Apôtres se mirent à parler… Et chacun les comprenait dans sa propre langue… Le Seigneur ajoutait chaque jour des élus au groupe des fidèles… »
(Actes des Apôtres, chapitre 2)

Ce ne fut pas un groupement éphémère rassemblé par une utopie. Il vient du fond des âges ce mouvement qui porte aujourd’hui Jean-Paul II à la tête du Peuple de Dieu toujours en marche et toujours à la découverte de nouveaux sanctuaires.

Fr. Antoine PARREL
Directeur du Primaire à Lagny-sur-Marne (77]

(Publié dans « Présence Mariste » n°138, janvier 1979)