Les immigrés clandestins en Grèce - Témoignage de solidarité

PM 288 logo Des centaines de milliers de réfugiés quittent leurs pays d’origine en guerre et tentent de franchir par tous les moyens les frontières de la Grèce, qui sont aussi les frontières extérieures de l’Europe. (Présence Mariste n°288, juillet 2016)

F Mateos Levantinos
F Mateos Levantinos

Depuis le printemps 2015, où la situation au Moyen Orient s’est aggravée à cause de l’interminable guerre civile en Syrie, des atrocités sont commises par les soldats de Daesh et des bombardements des régions kurdes proches des frontières entre la Turquie et la Syrie ont lieu. Des centaines de milliers de réfugiés quittent leurs pays d’origine en guerre – Syrie, Irak, Afghanistan – et tentent de franchir par tous les moyens les frontières de la Grèce, qui sont aussi les frontières extérieures de l’Europe.

La plupart d’entre eux payent cher aux trafiquants turcs pour traverser sur des barques en plastique le passage maritime entre les côtes turques et les îles grecques de la Mer Égée : Lesbos, Chios, Samos etc. Très souvent, aussitôt arrivés sur les eaux territoriales de Grèce, les trafiquants font couler les barques et laissent les passagers se noyer, si la police du port grec ou la force européenne Frontex n’arrive pas à temps pour les sauver.

Et aussi des migrants clandestins d’Algérie, du Maroc
F. Mateos avec un jeune Algérien
F. Mateos avec un jeune Algérien

Dans cette aventure périlleuse, d’autres provenances sont aussi impliquées. Ils n’ont pas le droit de s’installer comme réfugiés dans un pays européen. Une fois arrivés en bateau au Pirée, ils tentent de voyager vers le nord de la Grèce afin d’arriver ensuite en Allemagne, en France, en Suède etc.). Mais, comme les pays voisins ferment leurs frontières, ils sont contraints de rentrer à Athènes, de coucher à la belle étoile ou de vivoter dans des quartiers défavorisés.

Lors d’une de mes visites nocturnes sur une place au centre d’Athènes, où plusieurs centaines d’immigrés ou de réfugiés passent la nuit, j’ai fait la connaissance d’un jeune Algérien de 21 ans et de son ami du même âge. Comme ils étaient affamés, je les ai invités à prendre le repas avec moi. Trois de leurs amis nous y ont suivis et sont venus manger avec nous. Trois choses m’ont beaucoup impressionné : d’abord, malgré la faim, ils ont refusé de goûter du porc pour rester fidèles aux principes de leur religion ; ensuite, le propriétaire du restaurant, quand il a constaté que j’avais payé leur repas, m’a offert le mien. Mais, j’ai été surtout frappé par le service humanitaire qu’offrent les volontaires – membres des différentes ONG de Grèce ou des pays d’Europe et d’Amérique du Nord.

Un geste concret

L’autre jour, quand je suis entré dans un restaurant dont la spécialité est les brochettes, plusieurs jeunes hommes sont venus s’asseoir près de moi et prendre le repas. Le jeune Algérien s’est senti mal à l’aise, parce que j’aurais dû payer. Il a été gêné et il s’en est allé. Aussitôt après, les policiers sont arrivés, alarmés par le rassemblement de tant de personnes. Quand j’ai rencontré le garçon un peu plus tard, je lui ai donné dix euros pour manger.

Les deux amis au restaurant
Les deux amis au restaurant

Les jours suivants, ce jeune ainsi que d’autres jeunes autour de lui se trouvaient devant l’impasse : ils ne peuvent trouver du travail (taux de chômage élevé), il était très dangereux de passer la nuit sur une place d’Athènes (des personnes xénophobes frappent les migrants pour les obliger à quitter le pays) et, en plus, ils ne pouvaient pas rentrer dans leur pays car le billet d’avion est cher. À ce moment très difficile pour eux, la Communauté des Frères Maristes en Grèce les a aidés en leur offrant des repas, des habits etc. Au jeune Algérien, elle a offert le billet d’avion, des habits et de la nourriture et a payé le séjour d’une semaine dans un hôtel au centre-ville.

Le jour de son départ, quand je l’ai mené à l’aéroport, il était vraiment heureux : il allait rejoindre ses parents, s’occuper de sa mère qui souffre du cancer et essayer de gagner sa vie dans son propre pays. Ici, il risquait la prison car il était entré en Grèce clandestinement.

Notre mission en tant que Frères Maristes c’est d’être parmi les enfants et les jeunes les plus vulnérables et les plus défavorisés ; en contrepartie, la plus grande joie, c’est de les faire sourire et regarder la vie avec espoir.

F. Mateos Levantinos
(Publié dans « Présence Mariste » n°288, juillet 2016)