Don de soi

Depuis plus de 30 ans, Marie Beaugiraud donne de son temps et de ses forces dans des associations humanitaires. Elle nous partage son expérience. (Présence Mariste n°275, avril 2013)

Pour moi, la solidarité, c’est l’accueil, le don de soi, de sa personne, de son temps, de ses mains, de son cœur. Dans notre association caritative, le temps de Noël était un temps fort. Toute l’équipe se mettait en route pour dresser le listing des familles, se partager les achats à faire, la décoration, la crèche. Chacune préparait un plat et nous mettions à contribution les familles accueillies pour qu’elles aussi apportent quelque chose à partager.

D'autres bonnes volontés sont également solidaires
D’autres bonnes volontés sont également solidaires

Des enfants du caté, des personnes inconnues nous offraient des jouets, des cadeaux. Un restaurateur mettait sa salle à notre disposition, un magicien, un groupe de musiciens acceptaient de venir gracieusement mettre leurs talents pour que la fête de la joie soit réussie. Une petite lumière brillait dans les yeux des enfants mais aussi des adultes. Des chants de Noël résonnaient. Il n’y avait plus désormais ni accueillis, ni accueillants, mais une grande famille !

Respect et accueil de chaque personne

Le reste du temps, c’est dans nos accueils que nous rencontrions ces familles dépourvues de l’essentiel. Je crois que face à ce dénuement, le plus important c’est le respect et l’accueil que je réservais à chaque personne dans un lieu que nous voulions agréable et convivial. La personne devait se sentir accueillie et aimée car il n’est jamais aisé de venir demander de l’aide. Le premier besoin était l’écoute et la mise en confiance réciproque. On venait d’abord déposer un fardeau lourd à porter. Je m’efforçais de ne pas juger mais je partageais une peine, un abandon, une rupture…

Des réfugiés de l’ex-Yougoslavie

En 1992, un événement important et inattendu se produisit à Saint-Etienne : l’arrivée de plus de 300 réfugiés de l’ex-Yougoslavie. Avec l’accord de mon délégué, je me présentais au foyer dans lequel ils étaient hébergés pour une présence quotidienne, un accompagnement dans des démarches, des soins médicaux. Une ouverture à l’extérieur a été envisagée et mise en place par différents partenaires : accueil par une association, une aumônerie, une paroisse, une école ou simplement par des personnes de bonne volonté ayant entendu cet appel.

Il n'y a plus ni accueillis, ni accueillants, mais une grande famille !
Il n’y a plus ni accueillis, ni accueillants, mais une grande famille !

Il y avait beaucoup de tristesse et de douleur dans le regard des adultes mais j’ai été surtout sensible à tous ces enfants déracinés. Une fois par semaine, une institutrice du Rond-Point à Saint-Etienne accueillait un groupe de jeunes enfants du foyer dans sa classe. C’était la joie de la sortie sur le trajet, la découverte et l’accueil d’autres enfants, les échanges, les jeux, la récré et le goûter partagé. Je me souviens aussi du départ en classe de neige avec l’école où ils étaient scolarisés ; il a fallu trouver des vêtements chauds, des bottes, des gants. L’appel fut tout de suite relayé et tout ce petit monde passa une semaine inoubliable ! Je conserve encore la carte signée par leurs petites mains !

Le temps a passé, les réfugiés se sont installés dans la Loire et un peu partout en France. Ils ont reconstruit leur avenir ici, les enfants ont grandi et suivi leur chemin. Parmi eux, deux d’entre eux se sont engagés dans des associations humanitaires auprès des réfugiés.

Ce temps partagé et vécu auprès de toutes ces personnes en souffrance a été pour moi un enrichissement. J’ai beaucoup reçu en retour dans le partage, l’amitié et cela, pour la vie.

Marie BEAUGIRAUD)
(Publié dans « Présence Mariste » n°275, avril 2013)