Moria : Centre de réinsertion aux Pays Bas

Présentation d’un Centre d’accueil et de réinsertion pour une quinzaine de jeunes. (« Présence Mariste » n°255, avril 2008)

Nelly et André Stuart ont passé une semaine, en famille, à Notre Dame de l’Hermitage, en juillet 2007.
Ce fut l’occasion pour moi de faire connaissance avec ce couple sympathique et leurs quatre enfants ; de découvrir aussi la mission d’André, comme directeur du Centre Moria.
Il a bien voulu présenter ce centre et partager le sens de son engagement comme laïc mariste et sa conception de l’éducation mise en œuvre dans ce centre.
Qu’il en soit vivement remercié.

(Frère Michel Morel)

Le projet "Moria" : des origines à aujourd’hui

Ce projet est une initiative commune des Frères Maristes, des Sœurs de Julie Postel et des Frères d’Utrecht. Il débuta en 1994, sur un terrain avoisinant la maison des Frères Maristes de Nijmegen. Depuis 2005, Moria a trouvé refuge dans une plus grande maison située, dans le même quartier.

La maison de « Moria » à la fois spacieuse, agréable et à taille humaine

Le projet fut lancé par le Frère Henk Wienk, mariste. Il en fut l’inspirateur mais aussi et surtout l’animateur, durant des premières années. Il en fut également le premier directeur, après avoir été aumônier de prison et responsable d’une école et d’un internat maristes, aux Pays-Bas. C’est comme aumônier de prison que le Frère Henk fut mis en contact avec des jeunes détenus. Il fut frappé par leur désir de changement de vie mais aussi par le fait qu’ils n’étaient pas en mesure de le faire, et qu’ils étaient dépendants de l’aide d’autres personnes. Cette constatation interpella le Frère Henk si fort qu’il se décida à lancer le projet Moria.

Moria a évolué et est devenu aujourd’hui un organisme vraiment professionnel.
Habiter une maison, étudier, travailler, créer des relations, retrouver un nouvel enthousiasme, voilà autant de défis auxquels les jeunes de Moria se voient confrontés. L’actuelle maison de Moria est spacieuse mais pas trop grande, ce qui permet aux responsables de disposer de suffisamment d’espace et de temps pour assurer une prise en charge personnelle des pensionnaires.

Fonctionnement
Dès le début, les responsables de Moria ont tenu à s’entourer de collaborateurs professionnels expérimentés. Ils sont aujourd’hui au nombre de quinze, à travailler à temps partiel. Une trentaine de personnes travaillent bénévolement à différents postes.

L’initiation à une certaine formation technique est d’une grande importance pour les jeunes accueillis

Moria accueille au maximum quinze jeunes. Mais, dans une deuxième phase du suivi, accompagne aussi individuellement quelques jeunes vivant seuls. En moyenne, Moria assure l’accompagnement d’une vingtaine de jeunes.

Henk Wienk est décédé, inopinément, en 1999. André Stuart, laïc mariste et actuel directeur de Moria, avait déjà pris la direction de Moria, un an plus tôt.

Quelle est la motivation profonde qui vous anime dans votre tâche ?
Tout ce qui se rapporte à la croissance humaine m’intéresse. Pourquoi les uns réussissent-ils là ou d’autres échouent, dans leur tentative de changer de vie ? Quel est le rôle joué par la motivation et la passion dans une telle démarche ? Y-a-t-il moyen d’insuffler courage et enthousiasme à ces jeunes ?

Comment rejoindre ces jeunes au plus profond d’eux-mêmes ?
Tout changement de comportement devrait trouver son origine dans le cœur des jeunes avant d’apparaître au grand jour. L’initiation à une certaine formation technique, comme aussi l’acceptation d’un nouveau code de conduite sont d’une grande importance pour les jeunes que nous accueillons. C‘est à ce travail-là que Moria essaie de s’atteler, jour après jour.

Toucher le cœur de ces jeunes et les motiver pour une nouvelle vie, voilà deux tâches qui interpellent au plus haut point les responsables

Les jeunes, de leur côté, s’y emploient sur leur lieu de travail, ou plus tard à l’école ou chez un patron. Ils apprennent ainsi à fréquenter d’autres personnes, à s’adresser à diverses instances, et à gérer l’argent dont ils disposent, pour ne citer que quelques exemples.

Toutes ces nouvelles expériences sont importantes mais sont-elles suffisantes pour toucher le cœur de ces jeunes ?
Pas toujours. Souvent, on ne fait qu’effleurer la surface extérieure. L’élan intérieur et la vraie motivation (éléments constitutifs du cœur) restent hors d’atteinte. C’est dommage, car tout ce qui est superficiel ne résiste généralement pas au temps.
Un changement de comportement et d’attitude n’engendrent pas nécessairement un réel changement de vie. Il y a donc un élément plus fondamental : pour nous, il s’agit avant tout d’exploiter au maximum cet espace de temps et de lieu qui nous est donné, pour aider les jeunes à faire le choix d’une autre attitude et d’un autre comportement. Toucher le cœur de ces jeunes et les motiver pour une nouvelle vie, voilà deux tâches qui m’interpellent au plus haut point.

Quel est le rapport entre votre démarche et Marcellin Champagnat ?
Ce travail, vous ne pouvez le réaliser sans une motivation profonde. La vie de Marcellin m’a toujours inspiré, comme aussi toute mon équipe. J’ai visité à plusieurs reprises les endroits où Marcellin Champagnat à vécu et travaillé. Toute l’activité de Champagnat était motivée par son amour profond des hommes.

André Stuart et sa famille lors de leur séjour à ND de l’Hermitage en août 2007

L’amour des hommes constitue également l’élément central de mon travail à Moria. Il s’agit bien ici d’amour et non simplement d’assistance. On ne peut pas forcer les jeunes à procéder à des changements essentiels dans leur vie. Les jeunes doivent d’eux-mêmes faire le premier pas. Mais qu’est-ce qui pousse ces jeunes gens à faire ce pas ? Je pense que c’est, dans bien des cas, le fait de se rendre compte qu’ils sont pris au sérieux et de sentir que d’autres s’intéressent à eux et les aiment.

Nous, comme collaborateurs de Moria, nous pouvons présenter aux jeunes d’autres lunettes pour voir la réalité. Mais comme nous portons tous des lunettes, nous ne voyons pas toujours le monde tel qu’il est en réalité, mais seulement comme il nous apparaît à travers nos propres lunettes. Si vous n’avez jamais appris à déployer vos propres ailes et à vous sentir responsable de votre propre vie, alors vous ne pouvez percevoir le monde qui vous entoure comme une chance à saisir, comme un lieu où vous pouvez vivre pleinement. Nous disons à nos jeunes et nous le leur faisons sentir par notre attitude : « Vous valez bien la peine qu’on s’intéresse à vous et le monde sera encore plus beau si vous parvenez à déployer vos ailes et à saisir la vie à pleines mains. »

Je crois aux forces vitales des hommes et à une vie qui vaut réellement la peine d’être vécue.

Propos recueillis et traduits par Nellie BEELEN
(Paru dans « Présence Mariste » n°255, avril 2008)