L’engagement « sportif » d’un politique

Un député expose ses convictions à propos du sport

François ROCHEBLOINE, Député de la Loire et Vice-président du Conseil Général (42), chargé de la Jeunesse et du Sport, a bien voulu faire part de ses réflexions aux lecteurs et lectrices de Présence Mariste sur la place du sport en éducation et les enjeux des Jeux Olympiques à Pékin.

Dans votre vie d’homme politique, de député et en tant que Vice-président du Conseil Général de la Loire, quelle place occupe le sport ? Comment se traduisent vos engagements vis-à-vis des jeunes et des associations sportives ?
En tant que député, je suis référent de mon groupe "le Nouveau Centre" pour tout ce qui touche la jeunesse et le sport et j’en suis le porte-parole, avec interventions à l’Assemblée Nationale, notamment pour la discussion du budget. Mais c’est surtout de par ma responsabilité de Vice-président du Conseil Général de la Loire, en charge du sport depuis 1994, que je réalise combien le sport a la capacité de rassembler au-delà de toute sensibilité politique, philosophique et religieuse ; cela est particulièrement important dans notre société actuelle où se développent de plus en plus l’individualisme et le communautarisme.

Inauguration de la maison départementale des sports de Saint-Etienne le 22 mars 2002
Inauguration de la maison départementale des sports de Saint-Etienne le 22 mars 2002

Le Conseil Général a mis en place pour le département de la Loire une véritable politique sportive d’accompagnement des associations, en se gardant de toute mainmise, bien sûr. Nous aidons aujourd’hui pas moins de 68 clubs qui ont atteint le niveau national, alors qu’en 1994, seuls trois clubs l’étaient : l’ASSE pour le foot, la Chorale de Roanne pour le basket et le Pôle France de gymnastique espoir filles à Saint-Étienne. Quand un club atteint le niveau national… ça coûte plus cher, notamment au niveau des frais de déplacements.

Notre souci étant toujours, par l’accompagnement financier, de favoriser les échanges entre équipes, et d’inviter à une meilleure connaissance mutuelle entre sportifs et sportives.

D’autre part, en collaboration avec le Comité Olympique et Sportif de la Loire, nous avons créé une Maison Départementale des Sports, à Saint-Étienne (à Centre-Deux) dans laquelle 26 disciplines y ont leur siège, avec une logistique commune ; cette maison des sports permet aux différents comités départementaux de se structurer, de se développer et de mieux se connaître. C’est un peu leur maison commune où des relations amicales naissent et renforcent les liens tissés par les athlètes sur les stades.

Enfin, nous participons au financement de 23 conseillers départementaux (un par discipline) à hauteur de 17 500 euros par discipline sportive, ce qui n’est pas rien.

Avez-vous eu l’occasion, lors de vos mandats de député, de débattre à l’Assemblée Nationale, voire de légiférer sur certains aspects négatifs du sport : le dopage, la violence et le racisme dans les stades ?
Oui, je suis intervenu lors du vote de la loi sur le dopage et, encore dernièrement, auprès du ministre à l’occasion d’une question orale à l’Assemblée Nationale, en ces termes : "Toutes les disciplines doivent être logées à la même enseigne et pas seulement le cyclisme et l’athlétisme…"

En effet, cyclisme et athlétisme sont sous les feux de la rampe, en ce qui concerne le dopage ; or, ce sont les deux disciplines qui s’activent le plus pour lutter contre ce fléau ; les contrôles doivent être effectués aussi dans le football, le rugby, le tennis, la natation, le golf… de la même manière ; pourquoi seuls les noms des cyclistes sortent ? C’est inacceptable. Oui, il faut lutter contre la tricherie au risque d’avoir des résultats ou des performances moins spectaculaires. Il vaut mieux ne plus battre de record plutôt que d’en faire tomber grâce au dopage. Voilà ma conviction.

Monsieur Rochebloine avec Bruno Changeat
Monsieur Rochebloine avec Bruno Changeat

Quant à la violence et au racisme dans les tribunes des stades, inutile de légiférer ; appliquons déjà fermement les règlements existants. Ces supporters, qui en fait n’en sont pas, doivent être interdits de stade, et les jours de match convoqués au commissariat… point final ! Le stade doit rester le lieu privilégié de la fête. On perd… on perd ; on gagne… on gagne, avec fair-play et toujours dans l’honnêteté.

Nous sommes à quelques mois des J. O. de Pékin. Suivrez-vous les retransmissions des épreuves à la télévision ? De nombreuses voix s’élèvent en faveur d’un boycott des J. O. comme moyen de pression sur le gouvernement chinois, en vue d’un meilleur respect des droits de l’homme ; qu’en pensez-vous et quelle est votre position ?
Aurai-je la chance d’aller à Pékin ? Pour l’instant, je n’en sais rien ; j’avoue que j’irais très volontiers, sinon, je suivrai les épreuves à la télévision comme j’ai l’habitude de le faire pour toutes les rencontres internationales d’importance.

Cela m’amène à dire, à propos du choix de Pékin, que je ne partage pas l’avis de ceux qui appellent au boycott aujourd’hui, l’heure n’est plus au choix. Les J. O. doivent avoir lieu, ne serait-ce que par respect pour les athlètes qui se préparent durement et dans des conditions difficiles, notamment dans de “petits” pays. Donc avant tout : respect des athlètes ; ce sont eux qui font les jeux. Sans doute faudra-t-il manifester d’une manière pacifique pour montrer du doigt les atteintes aux droits de l’homme en Chine, notamment au Tibet.

La France qui présidera l’Union Européenne au moment des Jeux, pourrait être le représentant des 27 pays de l’Union, en refusant d’assister à la cérémonie d’ouverture qui sera retransmise dans le monde entier, l’impact serait certain. Je reste convaincu que les épreuves sportives doivent se dérouler pour "la gloire du sport et l’honneur des équipes", comme le précise la conclusion du serment olympique.

Pratiquer un sport avec le souci de se faire plaisir
Pratiquer un sport avec le souci de se faire plaisir

En cette année olympique, avez-vous un souhait à formuler pour les lecteurs et lectrices de Présence Mariste ?
Oui, le sport permet l’épanouissement de l’homme et de sa personnalité, et surtout il rassemble, contrairement à la politique qui, trop souvent, divise.

Je dis aux jeunes de Présence Mariste : Pratiquez une activité sportive, mais avec le souci de vous faire plaisir, et si vous la pratiquez en compétitions, ajoutez-y une bonne dose d’honnêteté !

Propos recueillis et mis en forme par Henri PACCALET
(publié dans Présence Mariste n° 256, juin 2008)