Être chrétien en Syrie, dans une société mixte

Témoignage d’une enseignante chrétienne en Syrie

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Mirna est professeur dans une école privée et engagée dans le projet social « Apprendre à grandir », mis en œuvre par les Frères Maristes à Alep, en Syrie.

Être chrétien dans une société mixte signifie, pour moi, être un bon témoin de Jésus-Christ. C’est choisir un mode de vie identique à celui qu’il a vécu sur terre qui n’était pas une vie idéale ou parfaite mais une vie charitable, tolérante. C’est un mode de vie où tous les êtres humains sont égaux en tant que fils de Dieu.

[rouge]Comment se vit la cohabitation au quotidien ?[/rouge]

Pour pouvoir cohabiter en paix, il faut pouvoir, avant tout, accepter les autres tels qu’ils sont et ne pas chercher leurs défauts. C’est comprendre, en tant que chrétiens, que l’évangélisation n’est pas inviter les autres à renier leur religion mais les amener à admirer notre religion et à être témoin du génie du christianisme.

Avec des enfants de l'association « Apprendre à grandir » à Alep
Avec des enfants de l’association « Apprendre à grandir » à Alep

Certains pensent que vivre ensemble dans une société mixte telle que la nôtre exige de mettre nos croyances religieuses de côté ; éviter de pratiquer notre religion ou encore choisir de la pratiquer en cachette. Pour ma part, je suis tout à fait contre ces idées-là. En effet, je ne peux comprendre ce qu’est un musulman qu’à partir de ma foi chrétienne. C’est elle qui me permet de comprendre qu’un musulman est un être humain qui croit en Dieu mais d’une façon différente de moi. Le fait d’être semblables m’aide à m’ouvrir aux musulmans et à rapprocher les distances entre nous.

Accepter les autres tels qu'ils sont
Accepter les autres tels qu’ils sont

[rouge]Dans un État qui garantit la liberté de culte et l’égalité des droits[/rouge]

Ce qui facilite notre cohabitation en Syrie c’est d’une part, la liberté de religion (chacun de nous peut pratiquer sa religion librement à condition de respecter celle des autres) et d’autre part, les lois qui déterminent et garantissent, à la fois, les droits des chrétiens et ceux des musulmans.
En fait, nous sommes tous égaux face à la loi syrienne qui nous unit au nom de la citoyenneté. C’est important, même si cela ne veut pas dire qu’on est dans une situation idéale. Par contre, la cohabitation semble parfois impossible ; s’il s’agit par exemple de cohabiter avec un fanatique qui a une admiration excessive et aveugle pour telle ou telle religion ; qui refuse tout ce qui est différent de lui et ne voit le monde qu’à partir de ses vues étroites. Il choisit de réagir selon ses fausses croyances et ses préjugés. Une telle personne est souvent incapable de changer d’avis ou d’être ouverte aux autres.

[rouge]Le mariage mixte[/rouge]

Il est considéré comme une des situations les plus compliquées. Il a autant d’inconvénients que d’avantages. Un couple mixte doit rompre avec tout son milieu et quitter le pays parce qu’un garçon chrétien qui choisit de se marier avec une musulmane se trouve obligé de renier sa religion et une fille chrétienne qui épouse un jeune homme musulman et garde sa foi, perd tous ses droits en tant qu’épouse. Les enfants d’un couple mixte vivent dans l’incertitude, ils ont de la difficulté à se déterminer ou à préciser leur appartenance. Ils sont isolés du reste des enfants, d’une part ; et menacés d’être privés de leurs propres droits, d’autre part. C’est pourquoi je suis opposée au mariage mixte qui trouble la paix et la tranquillité de la famille et fait éloigner ses membres les uns des autres.

Notre Père en syriaque
Notre Père en syriaque

[rouge]Le statut de minorité[/rouge]

Parler des chrétiens dans notre société, c’est parler d’une minorité mais ce n’est pas la minorité numérique qui importe. La question qui se pose ici, c’est : comment peut-on activer la participation de cette minorité dans notre société ? À mon avis, nos communautés chrétiennes font des efforts remarquables pour rendre vivante cette minorité, pour former de bons chrétiens qualifiés qui peuvent être, un jour, des exemples vivants.

Mirna
Publié dans Présence Mariste N° 267, avril 2011 [/bleu]