Toulouse : Six lycéens toulousains dans les glaces de l’Arctique

Yoann LEBER raconte sa passionnante expédition dans le grand Nord canadien. ( Présence Mariste n°249, octobre 2006 )

Le projet en quelques mots…

L’expédition Voyageurs des Glaces, que nous avons effectuée dans le haut Arctique Canadien, s’inscrit dans le triptyque de "Voyageurs des Sciences", un projet qui vise à sensibiliser les jeunes sur les changements climatiques en emmenant six jeunes différents dans trois milieux hostiles pour l’homme et qui sont aussi les plus touchés par ces changements.

  • 2006 : ce sont "les Glaces" en Arctique.
  • 2007 : "les Sables" dans le désert saharien et
  • 2008 : "les Fleuves" en Amazonie Française.

Le Parrain de ce projet est le spationaute Philippe Perrin.

Yoann LEBER, en direct du « froid polaire »

Cette année, notre expédition est partie dans le Nunavut, un état du Canada, afin d’y faire un raid polaire et différentes expériences scientifiques. Elles nous ont été confiées pour améliorer la recherche sur les technologies pour de futures expéditions, spatiales ou terrestres. Plusieurs de ces protocoles étaient inédits, notamment un qui nous permettait d’envoyer en direct du son et de l’image à la Cité de l’Espace.

Pour notre expédition, nous étions deux jeunes de 2nde B du Lycée Montalembert (Toulouse) : Stéphane Junca, mon binôme, et moi-même ; plus quatre autres Lycéens : Karline, Marion, Estelle, Julian, accompagnés de trois adultes.
Stéphane Lévin, aventurier, biologiste, ancien élève de Montalembert et promoteur du projet ; Nathalie Lévin, notre médecin d’expédition qui a aussi joué le rôle de la maman une fois sur le terrain. Enfin Philippe Lesage, notre coordinateur scientifique.

Le début du rêve

Notre expédition débuta en décembre 2005 lorsque nous avons reçu un appel de Stéphane nous demandant si nous étions d’accord pour partir avec lui en Arctique.
Comment refuser cette chance ? Mais Stéphane nous prévient que cette année ne sera pas de tout repos car nous devrons concilier notre travail de Seconde avec les entraînements prévus pour l’expédition qui dureront de janvier à fin avril (départ de l’expédition).

Ainsi nous commençons l’entraînement. Nous savons aussi que nous aurons un suivi médiatique assez important vu l’ampleur du projet et que nous devrons parallèlement nous préparer aux conférences…
Pour moi, le plus dur de la préparation, ce furent les conférences de presse ; plus que la préparation physique et l’acclimatation au froid.

Ces quatre mois furent très éprouvants. Après un week-end dans les Pyrénées, par exemple, nous attendaient les Devoirs Surveillés, le lundi, au Lycée.
Notre préparation fut très dense : nous avons passé l’Attestation Formation Premiers Secours, fait un stage spéléo, parapente, plongée, et surtout un stage de 10 jours « grand froid » pendant les vacances de février dans les Pyrénées Ariègeoises, sans eau, ni électricité, ni chauffage.

Arrivée à Qikiqtarjuaq

Nous avons appris également à mettre en place nos protocoles. Ainsi, tout doucement, notre groupe se formait, se soudait afin d’être une vraie équipe d’expédition solidaire, qualité indispensable de survie en milieu hostile. Le 27 avril 2006, jour du départ, est vite arrivé.

Enfin l’expé !

Beaucoup d’émotion à l’aéroport : nos familles, nos copains de classe, nos professeurs, même le Maire de Toulouse, et toute la presse.
Le voyage s’est bien passé. Les effets du réchauffement climatique nous happent dès notre arrivée : la banquise fond prématurément et Stéphane Lévin doit changer notre parcours car la banquise s’est cassée.
Nous partons directement à Qikiqtarjuaq et décidons de descendre vers le sud et voir la fracture de la banquise.

Au quotidien tout semble plus compliqué. A cause du froid, nous sommes plus lents, la mise en place de nos expériences nous prend beaucoup de temps. Chaque lycéen est en charge d’un protocole précis. Le mien consiste à assurer la sécurité du groupe, en envoyant régulièrement des messages pré-codés grâce à une balise Argos, et en la rechargeant par panneaux solaires.

La construction d’un igloo

La préparation du campement est très lourde. Nous avons avec nous six Inuit, une équipe télé de trois personnes et une soixantaine de chiens.
Nous croisons souvent d’autres Inuit très avenants qui nous offrent du poisson ou du Caribou. Lorsque j’ai rencontré Stéphane Lévin en 6e, je pensais que la banquise était déserte, toute blanche et plane. Je ne pouvais imaginer que la glace soit aussi belle dans ses couleurs bleutées, pleine de chaos impressionnants et très dangereux, mais surtout qu’elle était autant fréquentée par des Inuit chasseurs ou pêcheurs.

Ce peuple m’a surpris par le mélange des traditions auxquelles ils tiennent et l’utilisation des technologies modernes qu’ils utilisent. Ils ont gardé le sens de l’accueil, et nous ont appris à vivre dans ce milieu hostile, même si parfois certaines de leurs attitudes restaient pour nous incompréhensibles.

L’expédition s’est très bien déroulée, nos protocoles ont réussi mieux que prévu. Ce qui restera très émouvant, c’est d’avoir pu communiquer avec nos familles, nos amis par visioconférence, tous les jours, pendant 30 minutes.
Après une journée de visite à Montréal, nous rentrons à Toulouse le 12 mai 2006.
Des retrouvailles très émouvantes avec la famille, la classe, élèves et professeurs, les amis, mais aussi la presse que je redoutais tant !

Retour au quotidien

Le retour fut très très dur !… D’abord finir l’année scolaire et passer en 1re, puis faire des conférences. Il me faudra un certain temps pour prendre du recul, prendre conscience que j’ai vécu une expérience inoubliable, unique et fantastique. J’ai l’impression d’avoir passé un cap, et je dois me méfier de ne pas trouver mon quotidien actuel trop morne, mais au contraire travailler pour le rendre plus beau en profitant de chaque instant.

Panneau solaire pour recharger les batteries

Un rêve est toujours accessible à condition de s’en donner les moyens, en se dépassant, en allant chercher au fond de soi l’énergie et les valeurs nécessaires pour sa réalisation. Le réchauffement de la planète est une réalité, ce dont souffrent les Inuit aujourd’hui, car ils sont les plus exposés, et dont nous souffrirons très vite nous aussi. Notre génération doit œuvrer contre un développement économique à tout va, pour un équilibre écologique durable.

Mille mercis…

Je voudrais remercier Stéphane Lévin et tous les partenaires qui ont confié des expériences aussi précises, et ont fait confiance à des « ados ». La Cité de l’Espace, EADS-Astrium, CNES, CLS-Argos, le labo Hydro-Solab, Infoterra, la médecine du sport de l’hôpital Larrey, MEDESSAT, la Mairie de Toulouse et la Caisse d’Epargne. Martine Barbé pour son soutien et son aide pendant notre préparation, tous les professeurs de la classe, surtout notre professeur principale, Mme Palacio, tous mes camarades de classe qui se sont associés à ce projet et ont toujours été présents. J’ai une grande pensée pour Paul, le 7e voyageur qui devait remplacer un éventuel blessé. Il a fait toute la préparation et n’est pas parti. Enfin mes parents et ma sœur Gwenaëlle qui m’ont soutenu et fait confiance.

Yoann LEBER,
Elève de 2nde B, au Lycée Montalembert de Toulouse

(Publié dans « Présence Mariste » n°249, octobre 2006)