Une béatification : quel sens pour nous ?

Quelle portée attribuer à la béatification de 498 martyrs espagnols le 28 octobre 2007 ? ( « Présence Mariste » n°255, avril 2008)

Le 28 octobre 2007, à Rome, 498 martyrs espagnols ont été béatifiés ; 47 étaient Frères Maristes.
Le sens de cette béatification se trouve dans le sens même du mot martyr qui veut dire témoin . Le martyr donne un témoignage absolu de sa foi, il dit que le Seigneur seul est digne de recevoir toute la mise, aucune autre valeur ne lui est supérieure. Le martyr ne meurt pas pour des idées, mais pour le Seigneur. Entre lui et le Seigneur court un amour réciproque qui proclame : « Le Seigneur est digne de recevoir toute la vie ! » Il vit dans sa chair le cri de Paul : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? » (Rm 8, 35).
Aussi il nous lance un défi : « Pour vous qui est le Seigneur ? »

Frères, témoins de la passion d’aimer de Jésus

Le Christ, premier martyr
Le martyre est inscrit dans l’ADN du chrétien. Notre foi et notre salut se fondent sur la mort du Christ, le premier des martyrs. À chaque eucharistie nous célébrons ce martyr, nous en sommes éclairés, nourris, il est le cœur de notre vie chrétienne. Et c’est une affaire d’amour.
Nos 47 frères béatifiés disent aussi la teneur de la vie chrétienne que vivaient, alors, les communautés maristes d’Espagne.

Le Christ, premier martyr
Le Christ, premier martyr

Depuis 1931, la route des chrétiens dans ce pays était en montée. Le Frère Provincial Laurentino, dans sa lettre de vœux, en janvier 1933, avait averti les Frères que le temps de l’épreuve était imminent ; aussi dans les communautés, la vie spirituelle s’est intensifiée. Pour les Frères, le martyre ne sera ni une improvisation ni une surprise.
Il en est toujours ainsi : les martyrs mesurent la sainteté de l’Église locale, de la communauté religieuse : ils en sont les fruits. Une Église médiocre ne produit pas de martyrs, ayant perdu son sel, elle ne dérange pas. Une Église qui rayonne le Christ et ses valeurs risque d’être persécutée.

Martyrs (témoins) d’abord par sa vie
Tous ces Frères, avant d’arriver au martyre, étaient des chrétiens dynamiques, rayonnant les valeurs chrétiennes. Cette leçon précède le martyre et elle est la plus pratique qu’ils puissent nous donner, pour être à notre tour des chrétiens engagés en faveur des valeurs de l’Évangile. Le martyre vient dans la logique de cette vie donnée.
Les Frères Bernardo, Laurentino, Virgilio et les 44 autres sont nos frères. Notre famille a été capable de produire des martyrs ; nous avons ainsi une garantie que le style de vie mariste est une route qui conduit au Seigneur et met le Christ au centre de sa passion et de sa mission.

Et nous ?
Frères et Laïcs maristes, nous marchons sur une route de sainteté. Marcellin nous l’avait dit : « Se faire Frère, c’est s’engager à se faire saint ! »

Semences rouges de l’amour

« Le sang des martyrs est semence de chrétiens ! » disait Tertullien. Les martyrs nous posent cette question : « Nous sommes des semences de vie, et vous, comment êtes-vous porteurs de vie ? Comment êtes-vous greffés sur Jésus notre Vie (Jn 14, 6) et quel sens a pour vous le cri de Paul : »Qui nous séparera de l’amour du Christ ?"
Aujourd’hui, en Europe, on ne persécute plus jusqu’à l’effusion du sang, mais il y a un bombardement constant de valeurs qui mettent notre foi en danger. Le martyre ne nous est pas épargné.

Frère Giovanni Maria BIGOTTO
(Paru dans Présence Mariste n°255, avril 2008)