Qu’est-ce que la spiritualité ?

En ce début du XXIe siècle, que se cache-t-il derrière le mot « spiritualité » ? ( « Présence Mariste » n°255, avril 2008)

Aujourd’hui, les rayons des librairies débordent de littérature ésotérique ; les séries télévisées exploitent à fond le goût du mystère. Quant à l’astrologie elle est une valeur sûre des revues people. Ainsi, contrairement au XIXe siècle où le matérialisme et le rationalisme avaient le vent en poupe, notre siècle voit des esprits partout : il est décidément spiritualiste. Mais est-il spirituel ?

Entrevoir une présence indicible

Pour en décider il faut se souvenir que le mot « spirituel » vient de « spiritus » qui signifie « souffle » car dans l’anthropologie antique on considérait que l’homme relevait de deux principes : la terre d’où venait le corps, et le souffle qui venait de Dieu. Aussi « l’inspiré » recevait plus que d’autres la marque divine.

Non pas bricolage…
La sécularisation actuelle a fait perdre cette idée d’une relation entre Dieu et l’homme et un peu n’importe qui prétend à la spiritualité du moment qu’il croit en un au-delà du monde matériel, que ce soit la nature, le diable, les anges, les astres… Mais c’est beaucoup plus du bricolage métaphysique que de la spiritualité.

Mais prise au sérieux d’une relation à l’invisible…
En caricaturant quelque peu on peut soutenir que la spiritualité c’est exactement le contraire de la formule du « croyant non pratiquant » ou du zapping spirituel car elle est prise au sérieux d’une relation à l’invisible déclinée selon trois modes complémentaires qui peuvent d’ailleurs se vivre dans des ordres différents : d’une part l’expérience personnelle qui fait entrevoir une présence indicible au-delà de soi et du monde visible ; d’autre part, une réflexion sur cette expérience qui la fait définir comme réelle, bénéfique et partiellement transmissible ; enfin, le souci de vivre selon cette expérience et cette réflexion : une morale.

Cette spiritualité peut être religieuse ou non. Ainsi, l’artiste, le philosophe ou le poète peut sacrifier sa vie à la recherche de la beauté ou de la vérité en essayant de la représenter sur la toile ou par l’écriture, au prix d’un labeur, d’épreuves intérieures mais aussi d’illuminations difficilement compréhensibles aux profanes. Par exemple, Rimbaud, Michel-Ange ou Pascal paraissent avoir vécu une telle démarche.

Qui entraîne souvent un changement de vie

« Dieu existe, je l’ai rencontré »

Cependant, le lieu normal de la spiritualité est l’univers religieux dont l’histoire fourmille de récits d’expériences de Dieu (St Paul sur le chemin de Damas…) générant un changement de vie et l’élaboration d’une théologie rendant compte à soi et à d’autres de l’expérience vécue.

Tous les fondateurs des grandes religions et les grands inspirés de l’histoire récente s’inscrivent dans ce schéma expérience-réflexion-action. Et des masses de croyants continuent après eux une voie semblable, le plus souvent inconnue mais qui parfois leur fait dire : « Dieu existe ; je l’ai rencontré. »

Frère André LANFREY

(Paru dans « Présence Mariste » n°255, avril 2008)