1903 : procès intenté au Frère François CLIDAT

En 1943 Frère François Clidat a fait le récit du procès qui lui fut intenté en 1903 comme directeur de l’école St Joseph à Royan-les-Bains (Charente-Maritime)

En 1903, un procès fut intenté au Frère François CLIDAT, directeur de l’école St Joseph de ROYAN-LES-BAINS (Charente-Maritime).
Ce Frère fit en 1943 une rédaction de son procès.

"Le 23 avril 1903 se présentait à notre maison de Royan M. Geoffrey, commissaire de police, portant notification du décret signé « Combes » ordonnant la fermeture de l’Etablissement et la dispersion de la Communauté. J’acceptai le document mais refusai de signer l’acte de dépôt.
Il fallait dès ce moment prendre, après consultation, les dispositions nécessaires soit pour la soumission, soit pour la résistance… De toute façon, il était décidé que je changerais mon personnel…
Le 11 mai nous revêtions tous le costume civil. Le lendemain, la plupart des Frères se retirèrent dans leur famille en attendant une nouvelle destination. Le Frère Martial partait au Brésil. Quelques jours après, arrivaient MM. Bibal et Chapelle (Frères) comme les adjoints du directeur."

M. Clidat opta pour la résistance.

Le 23 mai, à l’expiration du mois de délai fixé pour la fermeture, se présentait le sieur Geoffrey. Il venait se rendre compte de la décision.
M. Clidat lui remit la déclaration suivante :
" Je n’appartiens plus à la Congrégation des Petits Frères de Marie ainsi que le prouve la lettre de sécularisation" (délivrée par l’évêque). Je n’ai jamais exercé d’autre métier que celui d’instituteur.. Réintégrant le cadre séculier où les citoyens peuvent conserver l’exercice de leur droit au travail. Aujourd’hui directeur de l’école libre ’Jules Dufaux", j’entends organiser mon personnel dans les conditions légales…"

Pour plus de sûreté, je continuai à vivre seul dans la maison, les autres professeurs logeaient en ville…

En mars et avril, voulant soustraire aux futurs spoliateurs le mobilier de la maison, quelques amis procédèrent par petits paquets au déménagement à peu près total…

Ces déménagements furent entrepris bien entendu à l’insu du directeur. Chaque fois qu’un voyage nocturne devait être entrepris, on avait soin de m’inviter à aller passer la soirée dans quelque famille.
Cela n’était pas inutile, comme on le verra par la suite.

Le 11 juin, je me trouve en présence du Parquet de Marennes : Procureur de la République, Juge d’instruction, Greffier du Tribunal, Juge de Paix ; ils vont procéder à une perquisition. De la cave au grenier, ils prennent note du contenu.

"Qu’est devenu le mobilier de la maison
que vous occupez ?"

Dès la 2e comparution, le 2 juillet, l’objet principal du procès arriva sur le tapis : _"Qu’est devenu le mobilier de la maison que vous occupez ?"
« Je répondais invariablement ’je l’ignore. »
« Que ce mobilier ait disparu à votre insu n’est pas possible. »
« Croyez ce que vous voudrez, M. le Juge, vous ne me ferez pas dire le contraire de la vérité. »

Et chaque fois ce sera la même réponse.

Procès à Marennes :

31 mai 1904, procès à Marennes : vint le tour des témoins cités par la défense. La plupart étaient des parents d’élèves qui affirmèrent tous que la certitude de la sécularisation était sincère.

La paroIe fut donnée au ministère public : le Procureur essaie de prouver que la sécularisation est fictive.
La parole est donnée à la défense : ces plaidoyers détruisaient victorieusement tous les arguments de l’accusation.

Jugement de la Cour :

Nous étions condamnés à 50 F d’amende et aux dépens. Au Comité de l’école, il fut décidé de faire appel.

27 juillet 1904 à la Cour d’Appel de Poitiers :

La Cour annonça que le jugement était mis en délibéré et serait rendu en huitaine.
Le 6 août 1904, je recevais une lettre qui m’annonçait l’acquittement.

Extraits du procès sélectionnés par Frère Marcel SOUTRENON

(Publié dans « Présence Mariste » n°234, janvier 2003)