Si on parlait de la prière ! (F. Gabriel MICHEL, 1/3)

Le partage d’évangile - prière de louange et d’écoute - dans un groupe de prière - vers la prière personnelle. (« Présence Mariste » n°140, juin 1979)

3. La prière de groupe comme introduction à la prière personnelle

« Présence Mariste » n° 139 parlait d’une proposition de Taizé selon laquelle des jeunes animeraient une prière paroissiale QUOTIDIENNE pendant 15 jours, pour faire reprendre au peuple chrétien l’habitude de la prière personnelle. C’est ce que tentent les groupes de prière : aider leurs membres à orienter de plus en plus leur prière vers une relation PERSONNELLE avec Dieu.

I , LA PRIERE PARTICIPEE DANS LE PARTAGE D’EVANGILE

Autrefois la prière ne se concevait guère que sous deux formes : ou bien on récitait des formules :— excellentes d’ailleurs en général — : ou bien on se recueillait pour essayer de parler à Dieu avec ses mots à soi. N’importe quel enfant ayant fait sa Première Communion avait été invité à penser à la présence de Jésus en lui et à lui parler plus ou moins longuement. Les religieux, les prêtres, et aussi bien des laïcs étaient systématiquement entraînés à consacrer une demi-heure, une heure ou plus, à l’oraison, c’est-à-dire à un dialogue avec Dieu qui, pour ne pas trop risquer d’être un temps de sommeil ou de distraction, avait besoin d’une certaine méthode, au moins au début. Et il existe toujours, et même avec une nette reprise, l’adoration silencieuse du Saint-Sacrement : heure sainte ou autre, et le rosaire soit traditionnel soit modifié, par exemple dans les « Equipes du Rosaire ».

Mais depuis quelques années déjà, la prière participée a été, dans l’Eglise, un moyen nouveau d’initiation au dialogue avec Dieu. L’Action catholique avait déjà promu, sinon une prière très participée, du moins un partage d’Evangile, où l’on apprenait à réfléchir ensemble, à analyser, à la lumière de l’Evangile, un fait de vie, un événement heureux ou malheureux. Pour en tirer ensuite une ligne de conduite conforme à la volonté de Dieu, on passait assez naturellement à une certaine forme de prière participée.

Ce partage d’Evangile va très loin dans les communautés catéchuménales (fondées à Madrid il y a 15-20 ans). Dans ces communautés, après avoir étudié ensemble un texte de la Bible pendant une ou deux heures, on ne craint pas de passer un temps encore plus long à se demander toujours ensemble : « Qu’est-ce que ce texte demande de moi ? ». Cela impose une transparence qui devient facilement prière.

Il - DANS UN GROUPE DE PRIERE

Mais ces dernières années ont surgi des groupes de prière qui assez souvent s’appellent groupes de renouveau. Là, au lieu d’une réunion bien structurée où prédomine la démarche analytique et intellectuelle, puis l’action, on essaie de pratiquer une prière spontanée qui réponde de façon pratique à la question : « Comment faire pour parler à Dieu simplement et en vérité ? »

Bien entendu, là comme ailleurs, on peut tomber dans l’abus de parole, mais habituellement quelques petites directives suffisent à redresser les déviations. Ces petites directives peuvent être données soit par quelques-uns du groupe local, de façon simple et brève, soit dans des réunions régionales (il y a de nombreux week-ends spirituels) par un enseignement plus systématique, soit même par de vraies retraites de 5-8 jours où laïcs, religieux, prêtres se rendent compte ensemble qu’ils sont affrontés au même problème : apprendre à prier. Le prêtre, le religieux, le responsable cessent de se croire des spécialistes de la prière et ils mettent simplement au service des autres l’expérience qu’ils ont, lorsqu’ils en ont une.

III - PRIERE DE LOUANGE ET D’ECOUTE

Dans une réunion de prière, on pratique d’abord beaucoup la prière de louange. On loue Dieu pour tout ce qui va bien et aussi pour ce qui va mal, car il faut se convaincre que Dieu ne cesse pas d’être Père lorsque les choses ne vont pas comme nous le désirons. Il m’est plus agréable de !e louer dans le plaisir que dans la peine, mais Jésus continue d’appeler son Père : abba ( à peu près la nuance affectueuse du mot papa) au plus fort de son agonie.

Ensuite chacun se met à l’écoute de l’autre, renonçant à faire passer sa petite idée, se vidant de lui-même pour ne laisser vibrer que la voix du Seigneur. Si le Seigneur ne lui envoie rien, il gardera le silence. S’il lui envoie un mot à dire, il le dira, bien ou mal, en toute simplicité. Bien entendu, certains ont plus d’habitude, plus de facilité que d’autres, ils savent plus vite trouver un texte de la Bible. Tant mieux, pourvu qu’ils restent disponibles à l’Esprit.

Une fois ou plusieurs fois, on l’invoquera cet Esprit par la prière ou le chant, et on continuera tranquillement ensuite la prière sans plus se préoccuper d’un ordre à suivre. Normalement tout ce qu’on dit s’adresse à Dieu ou à Marie, mais si on pense devoir apporter au milieu de la prière un fait vécu, on le dit tel qu’on l’a vécu ou qu’on le connaît. Cela a-t-il forme de prière ou forme de récit ? Peu importe. De toute façon, la prière du groupe réorientera le tout vers le Seigneur. Si telle parole de mon voisin m’amène à penser que je ferais bien de lire un passage de la Bible qui me paraît s’adapter à ce qu’on dit à ce moment-là dans la prière, je lis le passage et tout le monde reste en silence à réfléchir et à prier sur cette parole de Dieu. Puis la prière reprend son mouvement.

IV - PRIERE OCCASIONNELLE DE QUELQUES-UNS

Si, dans un groupe de prière, la prière de demande n’a pas une place prioritaire, elle n’y est pourtant pas négligée, et même elle peut se manifester par des formes parallèles. Ceux qui vivent un peu intensément leur vie de prière peuvent être amenés dans certaines circonstances à éprouver par exemple le besoin de « discerner » sur telle ou telle question bien concrète. Peut-être vont-ils se téléphoner ou se réunir à 4 ou 5, en plus de la réunion hebdomadaire, pour prier (voire jeûner et prier) à telle ou telle intention très importante, très urgente. Il peut se faire que le sens de la charité résolve cette question (par exemple, pour accueillir un suicidaire qui a besoin d’être entouré particulièrement pendant quelque temps). Mais dans d’autres cas, tel ou tel a besoin de lumière et les autres ne peuvent guère l’aider directement. Exemple : Je dois écrire telle lettre. Je peux bien dire en gros les données du problème qui m’amènent à l’écrire, et on peut bien me donner des conseils, mais finalement c’est moi qui écrirai la lettre, et vraiment j’ai besoin que le Seigneur me guide dans cette rédaction, sinon j’y mettrai mes idées à moi, mes sentiments à moi, ma sagesse à moi, c’est-à-dire exactement ce qu’il ne faut pas.

Dans la réunion de prière elle-même, quelqu’un peut demander la prière du groupe en expliquant son problème, l’impossibilité où il lui semble être de voir ou de faire la volonté du Seigneur. Et tout le groupe se met à prier pour lui et avec lui. Il peut, en toute simplicité, s’avancer au centre du lieu de prière, les autres priant en lui imposant les mains. Imposer les mains est un bien grand mot, car chacun tâche simplement de le toucher plus ou moins directement pour manifester un peu mieux par ce contact qu’il le prend en charge dans sa prière. Cela fait tout simplement partie d’un langage religieux où le corps reprend un peu plus de place et plus de liberté dans !a simplicité et l’ouverture à la communauté.

V - VERS LA PRIERE PERSONNELLE

Ce qui précède peut aider à comprendre qu’une prière de groupe habitue à la simplicité des relations avec Dieu, comme avec les autres. On se met ensemble à écouter la parole de Dieu, à rechercher ensemble sa vérité surtout là où elle est obscure, à apporter aux autres l’aide que l’on peut et à attendre qu’ils nous apportent la leur. Cette démarche collective aide la démarche personnelle, et c’est grâce à la prière personnelle de chacun que le groupe pourra ensuite progresser. En effet, si chacun avance avec fidélité, et se tient personnellement en contact avec Dieu, il aura quelque chose à apporter au groupe, même si cela est exprimé en très peu de paroles. Sinon, il apportera des idées, des phrases, du vent, et il n’aidera pas les autres à prier.

(Pour lire la suite de ces articles de F. Gabriel MICHEL sur la prière)

Frère Gabriel MICHEL.

(Publié dans « Présence Mariste » n°140, juin 1979)