Issenheim : Le C.P.E.… Un maître Jacques !

Serge Pernot, Conseiller Principal d’Education (C.P.E.), à Issenheim (68) nous dit comment il conçoit sa mission. (« Présence Mariste » n°244, juillet 2005)

De nombreux établissements, au nom de l’accueil des jeunes de tous horizons, et du service rendu aux familles, accueillent des élèves en internat et fonctionnent ainsi 24 h sur 24 h et parfois 5 à 6 jours sur 7.

A l’époque où il y avait des Frères en exercice, il n’était pas rare de voir la même personne assurer la responsabilité de Surveillant général de jour comme de nuit.
Le vieillissement des Frères et la crise des vocations a amené des laïcs à prendre le relais obligeant à multiplier certes les personnes en poste mais avec toujours le même souci, la même exigence : à savoir,
- accompagner les jeunes qui leur sont confiés,
- donner le meilleur d’eux mêmes !

C’est le propre même de l’Education, qui d’un point de vue étymologique signifie conduire hors de… Conduire hors de quoi ? Sinon hors de son niveau pour atteindre un niveau d’excellence. Loin de nous l’idée d’un élitisme intellectuel, social ou autre mais donner à chacun le sens de l’effort, du dépassement et l’inviter à donner le meilleur de lui-même, lui apprendre à vivre avec d’autres dans le respect mutuel. Vœux pieux ? Non ! Tâche éducative exigeante toujours à réitérer !

Voilà pourquoi celui qui occupe le poste charnière dans un établissement , assurant le lien entre les élèves, les éducateurs, les enseignants et les familles, est certainement le Conseiller Principal d’Education (C.P.E.). Ce n’est pas le Père Fouettard de l’enseignement, il est au cœur de la tâche éducative, sur le terrain, il est porteur et garant de la vie scolaire.

Mais écoutons plutôt le témoignage d’un C.P.E.,
du Collège Champagnat à Issenheim :

« Qu’on se souvienne du mouvement dans les années 60/70, les revendications en termes de dignité ; les attentes d’une communication de personne à personne et non seulement de chef à exécutant. Le fonctionnement des établissements a largement évolué depuis trente ans. Le C.P.E a transformé le service de surveillance dont il était le chef en une réelle et dynamique équipe de la vie scolaire. »

M. Pernot dans son bureau.

« Le confort du travail et l’efficacité du C.P.E sont massivement dépendants du style de direction du chef d’établissement. Dans mon collège, j’ai la chance d’être associé aux débats et décisions qui concernent toute la vie de l’établissement. Je peux donc exprimer et justifier les options de l’équipe de direction dans un espace d’autonomie suffisant pour être efficace. »

« La pratique de l’accompagnement consiste à créer ces lieux de parole réservés aux adolescents, détachés de leurs parents, lieux de vie où l’on s’engage dans sa parole librement, où l’on ose s’exprimer verbalement, se dire pour devenir plus vrai d’une parole parlante plus que parlée, responsable, qui ouvre l’avenir dans l’évènement d’un dire nouveau, inhabituel » (B. This)

« Le C.P.E est un maître Jacques. On peut tout mettre dans sa corbeille, il est là pour ça et ne s’en plaindra pas. Mais il ne faut pas qu’il perde son centre de gravité. Je suis conscient qu’il faut garder la tête hors de l’eau, pour que je puisse partir de l’élève pour retourner à l’élève en passant par tous les membres de la communauté éducative. »

« Assumer ma mission de professionnel de l’éducation, ça n’est ni me contenter de jouer le rôle attendu du méchant gardien, ni celui tentant de « gentil organisateur » laxiste et irresponsable. »

« Pour ce faire, le respect est le maître mot. Il n’est pas synonyme de soumission. Tout adulte qui respecte l’enfant est respecté de lui et de sa famille. »

« Rechercher, inventer, créer toutes les occasions d’une réelle communication est indispensable pour garantir une sérénité et un climat favorable au travail et entre les personnes. »

« Je me dois donc de connaître suffisamment les composantes, les difficultés et les responsabilités des autres fonctions (direction, enseignement, administration, services… ) en prendre la consistance afin de mieux les comprendre, les respecter, voire les soutenir le cas échéant. »

« L’accroissement spectaculaire des défaillances familiales, des carences affectives et des démissions d’autorité suppose de ma part un soutien sans faille aux enseignants et dans certains cas, de mettre en place un processus d’éducation partagée avec les parents. Il est important que le C.P.E relance, rétablisse les passerelles entre les uns et les autres, que la passion ou la fatigue auront emportées. »

  • « Tendre la main,
  • être disponible,
  • assez proche, non prévenu et neutre,
    c’est la meilleure façon pour moi de capter les messages d’appel des collègues et des élèves et pouvoir ainsi reconstituer quelques appuis. »

Vue partielle du Collège Champagnat d’Issenheim (68).

« Investi dans la catéchèse, je sollicite, coordonne et apporte mon soutien à toutes les initiatives concernant les actions humanitaires, temps forts et célébrations ; ce qui m’apporte beaucoup de joies. »

« La formation Mariste, organisée par les Frères, a permis de constituer un gros noyau de personnes dont je fais partie, décidées à maintenir une tradition de collaboration avec la congrégation et ainsi, perpétuer l’œuvre du fondateur dont nous avons hérité le nom. »

« La rencontre des éducateurs à Notre Dame de l’Hermitage (St Chamond) est également un moment de riches échanges, très appréciés et motivants. »

« J’ai, avec bonheur, participé aux journées des Assises de l’Enseignement Catholique.
Dans notre établissement, l’occasion a été donnée à chacun de reformuler ses besoins de relations vraies et sincères en privilégiant les moments de convivialité et les valeurs de simplicité, de vie de famille… »

« Conscient d’être un acteur privilégié, souvent point de passage obligé des informations de toutes provenances, je m’efforce de vivre et de transmettre de mon mieux les valeurs Maristes et de faire de mon établissement un lieu qui favorise les relations, où chacun doit se sentir accueilli, reconnu et respecté, où le savoir permet aux jeunes de s’épanouir et de préparer leur avenir. »

Serge PERNOT


(Publié dans « Présence Mariste » n°244, juillet 2005)