Quel homme voulons-nous former ?

Le plus important, ce n’est pas le contenu de ce que nous voulons transmettre, ni le comment, mais le pourquoi… Tel fut le thème de la journée du Réseau mariste de nos communautés éducatives. (Présence mariste N° 274, janvier 2013)

journée annuelle du Réseau mariste

Chaque année, les Communautés éducatives des établissements maristes de France se regroupent pour réfléchir à leur mission… Chefs d’établissement, professeurs, personnels éducatifs et de service, membres des OGEC et des APEL, tout le monde est concerné par ces journées annuelles du Réseau Mariste.

Le grand groupe à la journée du Réseau à ND de l'Hermitage
Le grand groupe à la journée du Réseau à ND de l’Hermitage


Cette année, c’est une cinquantaine de personnes qui se sont retrouvées le 20 octobre 2012 à Notre Dame de l’Hermitage pour cette Journée du Réseau afin d’échanger sur leur mission éducative.

Le thème a naturellement été : « Quel homme voulons-nous former pour le XXIe siècle ? »
Ce titre lui-même illustre le contenu de la journée : ce qui est le plus important, ce n’est pas le contenu de ce que nous voulons transmettre, ni le comment, mais le pourquoi… Quel type d’homme voulons-nous former ?

C’est sans doute la première tâche de l’éducateur, liée de façon incontournable à la seconde : accompagner les jeunes dans ce modelage de leur avenir.

Former l’homme dans sa totalité

Ou comment sortir de l’école usine, comment donner le goût d’apprendre en changeant la représentation des apprentissages.

Par Idriss Aberkane

Notre cerveau n’est pas un ordinateur ! Le positivisme logique a pu amener à voir le cerveau comme tel, c’est-à-dire un système de règles basé sur des axiomes formels. Le cerveau excelle dans la reconnaissance des formes mais reste très lent en calcul symbolique. Il est très mauvais à restituer verbalement ce qu’il fait, il ne sait pas bien exprimer son propre fonctionnement.

Groupe de travail en atelier
Groupe de travail en atelier

L’idée que la pensée est une émanation du langage est maintenant désuète. Toutes les pensées ne sont pas verbalisables. On peut maîtriser un concept sans savoir le verbaliser, ce qui nuance l’idée de Boileau : « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement ». On peut compter sans savoir parler. On peut acquérir des savoir-faire qu’on serait bien en peine de verbaliser.

Idriss Aberkane est professeur à l'Ecole Centrale de Paris ainsi qu'à l'Ecole Polytechnique et chercheur en neuroscience à l'université de Stanford
Idriss Aberkane est professeur à l’Ecole Centrale de Paris ainsi qu’à l’Ecole Polytechnique et chercheur en neuroscience à l’université de Stanford

L’éducation actuelle ignore beaucoup ces capacités non verbales. Cela vient d’une certaine tradition, qui a fait ses preuves par le passé, mais qu’il est temps d’élargir. Verbal et non verbal sont en synergie, c’est donc rendre un service très appréciable au verbal que d’attirer l’attention sur le non verbal.

C’est ce que fait le jeu en éducation…
De plus, le jeu permet une meilleure acquisition des connaissances et des compétences car il dégage du plaisir. Or « il ne faut pas avoir honte d’avoir du plaisir à apprendre ».
Le jeu ne doit pas être une béquille pour les élèves en difficulté. C’est l’enseignement qui doit être « ludifié ».
C’est tout l’enseignement qui doit être « ludifié ».

Pour plusieurs raisons :

  • Le jeu sollicite de la mémoire épisodique, ce que fait rarement l’enseignement. Par exemple, dans le jeu, les informations sont spatialisées, les connaissances sont organisées dans l’espace.
  • Les jeux jouent aussi sur la modularité de l’esprit. Ils demandent de mener de nombreuses tâches en parallèle. Ils utilisent ainsi une capacité du cerveau à utiliser des circuits différents et des fonctions indépendantes de façon à traiter beaucoup d’information sans fatigue. Le jeu fait coopérer plusieurs voies au lieu d’utiliser la seule bande passante du langage, qui sature rapidement.
  • Un autre apport des jeux c’est de faire appel à la motivation, qu’ils stimulent fortement. Entre le why, le what et le how, c’est le why qui l’emporte… Et c’est le précepte de base de toute éducation : donner du sens !
  • Le jeu fait aussi appel à l’intuition, qui est porteuse de plaisir et qu’il faut développer.
  • Avec le jeu, la connaissance est collégiale : on fait travailler les élèves en groupes et l’enseignant est le maître du jeu, le médiateur, ce n’est plus celui qui distribue la connaissance.
    Les jeux utilisent la modularité de l'esprit
    Les jeux utilisent la modularité de l’esprit
  • Et enfin le jeu vidéo repose sur l’action. Notre cerveau est conçu pour l’action. Le sens du mouvement est essentiel à l’apprentissage et on peut avoir des performances remarquables quand on l’utilise pour l’enseignement.

Mais comment faire concrètement avec une classe de trente élèves ?
Ce sera le travail de chacun, personnellement et en équipe, et en 2013, la Journée du Réseau permettra sans doute de faire un pas de plus au service de nos élèves.
Vous vous interrogez peut-être au milieu de ce dossier sur le lien entre la conférence de Idriss Aberkane et le thème « Homme qui deviens-tu ? »… En quoi l’utilisation du jeu comme moyen pédagogique prépare-t-il les futurs adultes que sont nos élèves à la vie dure et exigeante qui les attend, s’ils ne veulent pas perdre la maîtrise de leur avenir… Leur vie ne sera pas un jeu ! Ni sans doute une simple partie de plaisir !
Eh bien si, justement ! C’est comme cela qu’ils aimeraient la voir !

C’est sans doute aussi ce qui caractérise l’homme de demain, et en tout cas nos jeunes d’aujourd’hui, hommes de demain ! Leur vision du monde ne passe plus par le seul angle du verbal, du logique et du directement productif… Elle intègre de façon définitive spatialisation de l’information, modularité de l’esprit, primauté du pourquoi sur le comment, appel à l’intuition, collégialité et désir d’action…

La vie est un jeu, l'enseignement doit être « ludifié »
La vie est un jeu, l’enseignement doit être « ludifié »

_ Autant de caractéristiques du fonctionnement ludique présenté par Idriss Aberkane !
Et avec sérieux !
Sortons-nous de l’esprit que plaisir et sérieux ne vont pas ensemble !

Michel DUCHAMP
(Publié dans Présence Mariste N° 274 janvier 2013)


La vie est une chance, saisis-la !
La vie est beauté, admire-la !
La vie est béatitude, savoure-la !
La vie est un rêve, fais-en une réalité !
La vie est un défi, fais-lui face !
La vie est un devoir, accomplis-le !
La vie est un jeu, joue-la !
La vie est précieuse, prends-en soin !
La vie est une richesse, conserve-la !
La vie est amour, jouis-en !
La vie est mystère, pénètre-le !
La vie est promesse, remplis-la !
La vie est tristesse, surmonte-la !
La vie est un hymne, chante-le !
La vie est combat, accepte-le !
La vie est aventure, ose-la !
La vie est bonheur, mérite-le !
La vie est la vie, défends-la !

Mère Teresa, Hymne à la vie