Patience et savoir-faire

Ou comment réagir face à un cas difficile

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Madame Mireille Chapuis est professeur de mathématiques et professeur principal de 6e au Collège Notre-Dame de Bellecombe dans le 6e arrondissement de Lyon.

Elle a répondu à nos questions. Pour elle, il n’y a pas lieu de désespérer face aux comportements de certains élèves qui manquent de politesse, de civilité. Certaines stratégies éducatives fort simples peuvent porter leurs fruits, dès lors que tous les éducateurs de l’élève – parents et professeurs – marchent à l’amble.

[rouge]Présence Mariste[/rouge] - Les textes officiels de l’Éducation Nationale, les directives données par le Ministère au cours des récentes années insistent de plus en plus souvent sur les attitudes de civisme, de citoyenneté, de civilité qu’il conviendrait de faire acquérir aux Collégiens. Faisant appel à votre expérience de professeur de mathématiques et de professeur principal, pourriez-vous nous donner un ou quelques exemples d’élèves dont les comportements, manquant de civilité, ont pu nuire au bon fonctionnement de votre (vos) classe(s) ?

Mireille Chapuis - Il est banal de l’observer, très souvent, les élèves, dès lors qu’ils ont franchi le seuil de la classe et qu’on les rencontre dans les couloirs, les cours ou ailleurs ne disent pas bonjour ou méconnaissent les règles élémentaires de la politesse.
Pour répondre plus précisément à votre question, je repense par exemple à Lucas [1] qui, en septembre dernier, arrivait d’un autre collège, visiblement très contrarié de redoubler sa 4e chez nous. Il n’acceptait aucune remarque de notre part, répondait avec impertinence ou boudait, allant parfois jusqu’à renverser son bureau…

[rouge]P. M.[/rouge] - Quelles stratégies avez-vous alors mises en place, en concertation avec l’équipe des enseignants, avec les parents, pour conduire Lucas vers un meilleur comportement ?

M. C. - L’équipe des professeurs de la classe a arrêté une stratégie à laquelle nous nous sommes tous tenus. Tout d’abord, quand il boudait… eh bien… on le laissait bouder, puis à la fin de l’heure de cours, on l’obligeait à écrire ce qu’il n’avait pas voulu faire (…prendre des notes, faire les exercices demandés, etc.), puis on lui expliquait les raisons précises de nos remarques, nous efforçant de lui faire comprendre qu’on ne lui en voulait pas. On essayait de lui montrer que son comportement nuisait certes à la classe… mais surtout… à lui-même. Pris seul, sans les autres, il écoutait. Il n’était plus en représentation. Il s’est vu infliger plusieurs sanctions et, à plusieurs reprises, nous avons rencontré les parents en leur signalant que le comportement de Lucas nous inquiétait. Un vrai dialogue a pu s’instaurer avec eux. Les parents, Dieu merci, acceptaient de nous entendre.

[rouge]P. M.[/rouge] - Et finalement, diriez-vous que ce patient travail a porté ses fruits ? En cette fin d’année, peut-on dire que Lucas s’est amendé ?

M. C. - Oui ! Petit à petit, il a compris que les professeurs n’étaient pas ses « ennemis », il a constaté qu’on l’interrogeait s’il levait le doigt et il s’est vraiment amélioré, se montrant moins impertinent et moins violent dans ses propos ou gestes. Bien sûr, il serait excessif de tenir sa conduite pour parfaite désormais. Mais enfin, il marche dans la bonne direction.

Propos recueillis par Michel CATHELAND
(paru dans Présence Mariste N° 265, octobre 2010) [/bleu]

[1prénom d’emprunt