St-Pourçain-sur-Sioule : l’Education au « goût du jour »

Présence Mariste a interviewé le chef cuisinier de N.D. des Victoires à St-Pourçain-sur-Sioule.

Lieu d’écoute, d’attention au jeune, lieu de relation respectueuse, tel se veut dans l’idéal, l’établissement mariste. Ce n’est pas toujours facile mais chacun a à cœur d’y parvenir ou de s’y efforcer. Et ce n’est pas que l’affaire de l’équipe enseignante !

Tous ceux qui côtoient les jeunes, à leur niveau, même le chef cuisinier, pilier de la cantine ont leur rôle à jouer. En effet le temps du repas est un moment privilégié pour le jeune, le demi-pensionnaire ou à plus forte raison, l’interne qui vit 24 h sur 24 au collège ou au lycée. Le moment du repas, c’est le moment de la pause, mais c’est encore un moment où il faut vivre avec les autres. Fort de tout ce qui a pu se passer au cours de la matinée ou de la journée, il est important que le jeune se sente accueilli au self et invité à combler ses papilles gustatives en savourant une réalisation du chef.

Ce dernier n’est pas qu’un réalisateur, un cuisinier, c’est un éducateur du goût, mais c’est aussi une personne avec qui le jeune peut échanger quelques mots, il est à l’école le substitut de celui ou celle qui prépare le repas à la maison. Il est celui qui perçoit vite si le jeune va ou ne va pas bien à la façon dont ce dernier accueille la proposition de menu à déguster. D’où l’importance de cette relation respectueuse et familiale qui s’instaure entre le chef et les élèves.

Présence Mariste a interviewé l’un d’entre eux.

Tout d’abord je voudrais dire que je suis surpris d’avoir été choisi parce qu’à part les deux ou trois frères qui passent dans l’année, je ne connais pas les rédacteurs de la revue mais c’est gentil d’avoir pensé à moi.

Je me présente, Stéphane LAGNAUD , j’ai 30 ans, je suis originaire du Bourbonnais. Je suis marié depuis 2 ans, j’ai un petit garçon qui a tout juste un an et qui se prénomme Axel. Mon épouse travaille au centre hospitalier de Moulins et moi, je suis cuisinier, chef gérant de la société SCOLAREST . Je commence mon service à 6 heures et ma journée se termine aux alentours de 19 h 30. J’aime mon métier.

Dans votre travail, quelle est l’importance
que vous attachez au relationnel
 ?

Pour moi, il est capital d’avoir de bons contacts avec les autres. Je ne suis pas ici uniquement pour servir des repas. Je cherche à aménager des moments agréables lors du passage des convives au restaurant scolaire. Une bonne écoute des jeunes, me permet de leur faire plaisir en leur confectionnant des plats qui leur font envie. Souvent les mets qu’ils réclament proviennent de la cuisine familiale que pratique leur maman ou leur grand mère. Je me rends compte qu’un bon relationnel apporte un plus à l’appréciation qu’ils se font de la prestation que j’assure.

Qu’est-ce qui vous paraît important
dans votre contact avec les élèves ?

J’ai des relations privilégiées avec les élèves internes car j’ai plus l’occasion de discuter avec eux qu’avec les demi-pensionnaires. Mais les jeunes parlent beaucoup entre eux et d’autres élèves viennent volontiers me voir pour converser.

Je crois que le respect mutuel est une base essentielle. Sans lui je ne peux pas bâtir de bonnes relations. Souvent les jeunes parlent entre eux en ma présence comme si je n’étais pas là. J’interviens seulement s’ils me sollicitent.
Cette proximité me permets de comprendre leurs préoccupations, leurs motivations, leurs inquiétudes. Cela me permet d’ajuster au mieux des réponses aux questions qu’ils finissent par me poser.

N.D. des Victoires, le bâtiment administratif

Concrètement que faites-vous
pour favoriser cette relation ?

J’essaie déjà de leur faire plaisir par les plats que je leur sers. Les occasions des fêtes et anniversaires me permettent de leur offrir un dessert supplémentaire. Je reste à l’affût d’autres occasions pour le faire également. J’accepte le tutoiement à partir du moment où ils me respectent.
Je leur propose de venir confectionner des plats et des pâtisseries, ce qu’ils aiment beaucoup faire et ils les apprécient d’autant plus.
Je parle avec eux de tout ce qui les passionne. J’essaie d’être à leur écoute.
Je me rends disponible autant que je le peux sur leurs moments libres comme le goûter ou après les repas. Ils apprécient de pouvoir discuter de choses et d’autres avec un adulte.

En quoi avez-vous l’impression
de vraiment faire partie de la Communauté éducative ?

Je me sens bien intégré dans l’équipe éducative. Les relations sont courtoises et détendues. Les moments de convivialité sont importants tant avec le personnel qu’avec les enseignants.

Représentation du grand-père par Clothilde
Représentation du grand-père par Clothilde

Vu de votre place, qu’est ce que veut dire
éduquer un jeune aujourd’hui ?

Eduquer, c’est aider le jeune à progresser dans son cheminement personnel tout en lui faisant intégrer les règles fondamentales de la sociabilité.
Pour ce faire il faut être avant tout un adulte qui se sent bien dans sa peau et qui sait garder toute sa place d’adulte.
Les ingrédients qui me paraissent nécessaires sont l’Ecoute, le Respect, la Présence, l’Exemplarité.
Il est important de donner aux jeunes des règles claires pour qu’ils puissent évoluer de façon sereine. Le goût de l’effort me paraît également important à développer.

Avez vous l’impression que dans une école Mariste
comme ici, il existe un climat éducatif particulier ?
En quoi est-ce visible ?

Je pense que d’une façon générale l’ensemble des établissements sous tutelle diocésaine ou congréganiste ont une « politique » commune pour éduquer les jeunes avec des priorités identiques comme : l’Ecoute, le Respect , la Présence, l’ Exemplarité.
Je n’ai pas travaillé dans d’autres établissements Maristes, mais ici à Notre Dame des Victoires il règne un véritable esprit de famille.
Les ingrédients que j’évoque dans la question précédente existent bel et bien et ils sont utilisés par l’équipe éducative de façon visible.
La confiance que la direction de Notre Dame des Victoires me témoigne est très importante pour moi, elle me donne de l’assurance dans mon métier et m’aide à assurer au mieux ma profession.

Propos recueillis par Raymond Palais.


(Publié dans « Présence Mariste » n°244, juillet 2005)