A Tence, rencontre avec Jean-Marie PETITCLERC

Un éducateur spécialisé répond aux questions de jeunes collégiens et expose quelques grands principes en matière d’éducation (« Présence Mariste » n°255, avril 2008)

Jean Marie Petitclerc, salésien de don Bosco et éducateur spécialisé, est bien connu du public par ses livres et articles et par ses nombreuses interventions sur les sujets traitant d’éducation.
Françoise Giraud, animatrice en pastorale au collège de Tence (43), encouragée par sa directrice, Mme Édith Barbier, a voulu donner aux jeunes et aux adultes du secteur pastoral de Tence, la chance de le rencontrer.
Nos sincères remerciements pour leur présente contribution à cet article.

Avec les jeunes de 4es et de 3es du collège du Sacré Cœur de Tence

Lors de l’échange, les jeunes ont posé des questions très pertinentes, voire dérangeantes pour les adultes :
« Pourquoi pense-t-on plus à nos amis qu’à notre famille ? Pourquoi certains se sentent si bien en pleine déprime ? Pourquoi dans la bible utilise-t-on des paraboles ? Pourquoi les profs se mêlent de notre vie privée ? Pourquoi ne peut-on pas faire confiance à nos parents ? Pourquoi les jeunes se mettent-ils en danger ? »
Jean Marie Petitclerc a répondu à ces questions en un langage clair, proche de celui des adolescents ; en utilisant tantôt des exemples de la vie quotidienne, tantôt des passages d’Évangile ou des extraits du Petit Prince.
Il n’a pas fait de mise en garde ; mais plutôt proposé des pistes qui poussent chacun, quelle que soit sa place, adolescent, adulte, enseignant ou animatrice, à réfléchir sur ses propres pratiques et expériences.
Les impressions des jeunes à la suite de cet échange ont été très positives. « Le Père Petitclerc a su se faire comprendre : on ne regrette pas d’être venu, surtout qu’il n’y avait pas de profs. C’est quelque chose d’unique. On a été informé sur les réactions des autres. »

En soirée, avec les adultes.

Quelque 300 personnes, surtout parents et enseignants étaient présentes. Le thème général abordé concernait la jeunesse confrontée à l’évolution de la société, qui a du mal à trouver sa place dans ce contexte.
D’après le conférencier, la première urgence est de recréer les conditions d’une véritable alliance éducative entre les équipes enseignantes et les familles. De la qualité de cette alliance dépend pour une large part la réussite de l’enfant dans le respect des différences.

Il a rappelé quelques grands principes éducatifs, en particulier à l’étape du collège pour les jeunes.
Outre la nécessité pour l’école de proposer une pédagogie différenciée et des filières adaptées permettant à chacun de progresser, l’école a pour rôle de faire en sorte que le jeune se sente citoyen. De quelles façons ? Voici quelques pistes.
En valorisant l’identité : le jeune doit prendre conscience de sa dignité de citoyen unique, ayant des droits, mais aussi des devoirs : droit au respect, au développement, à la santé, à l’éducation. Le respect doit être le socle de l’école.
En relevant le défi de la mixité : prévoir des espaces, des temps de séparation entre filles et garçons. Donner une éducation à la sexualité et à l’amour.
En favorisant la communication : la loi est ce qui permet de vivre ensemble en tenant compte de la différence de chacun. En premier, prévention persuasive par des explications et des conseils dans la confiance ; en second, si nécessaire, prévention dissuasive part la menace ou la sanction.
En développant le sentiment d’appartenance à un pays, à un groupe avec des droits (ce que le groupe m’apporte) et des devoirs (ce que le groupe exige de moi) dans un souci d’équilibre.
En conjuguant citoyenneté et laïcité : respect des convictions religieuses de chacun. Connaître les religions est indispensable pour comprendre le passé, le présent ; laïcité ne veut pas dire ignorance ou silence du fait religieux. S’informer pour faire des choix et ne pas être vulnérable. Avoir une pédagogie du débat sur le sens des signes : croix, foulard, kippa …

Un de ses leitmotivs : « Sans affection, pas de confiance. Sans confiance, pas d’éducation. »

Françoise GIRAUD et Édith BARBIER

(Paru dans « Présence Mariste » n°255, avril 2008)