Bourg de Péage : « ESPAROLES » aux « Maristes »

Un lieu d’écoute pour les jeunes du collège, les animatrices racontent. Des témoignages de jeunes.

Le jeune arrivé à l’école doit se sentir impliqué dans la vie de l’établissement. Il doit s’y sentir un peu chez lui, considéré, respecté, reconnu, écouté.

"L’école, le collège le lycée, espace d’écoute", c’est aussi la caractéristique d’un établissement qui se réclame du projet fondateur. Certes les enseignants, les éducateurs ne sont ni psychologues professionnels, ni psychiatres, ni assistants sociaux. Cependant dans la pratique, chacun sait que le jeune arrive à l’école avec son trop plein d’affects, ses préoccupations personnelles et familiales ou scolaires et qu’il est important qu’il puisse les évacuer.

Alors sans se substituer aux professionnels de la psyché, chaque établissement imagine sa structure, ses lieux, ses personnes ressources pour que l’école soit un authentique espace d’écoute. Nous comprenons ainsi parfaitement cette réalisation d’un « Esparoles », c’est-à-dire d’un lieu de paroles et d’écoute à Bourg de Péage.

Equipe du « point écoute »

ESPAROLES est un espace de parole,
un lieu d’écoute pour les jeunes du Collège.

Ce lieu a vu le jour en 1997, à l’initiative de Bernard Putoud, Directeur de l’époque, et il continue d’être soutenu par Jean-Marie Weibel, Directeur actuel.

Nous sommes 4 animatrices et chacune d’entre nous assure une permanence par semaine, au moment du repas de midi. Les jeunes viennent seuls, ou en petits groupes. Celui qui désire prendre la parole est souvent accompagné de quelques copains pour le soutenir…

Notre objectif est d’être une « oreille » attentive à leurs préoccupations d’adolescents, leurs attentes, leurs rêves et bien souvent leur mal-être.

Nous ne sommes pas là pour résoudre les problèmes à leur place, mais pour les aider à trouver en eux leurs propres solutions, à devenir acteurs de leur vie.

Nous les incitons à mettre des mots sur ce qu’il ressentent, nous les encourageons à ne pas s’isoler et oser communiquer avec leur famille, leurs professeurs…

En un mot, nous les invitons à croire en la vie, qui est présente en eux et qui est plus forte que tout.
- Nous sommes tenues à la confidentialité, c’est un point très sensible pour les jeunes.
- Nous avons reçu un formation assurée par des organismes compétents (C.L.E.R.C ou autres…).
- Nous ne sommes ni enseignants, ni parents d’élèves afin de préserver la neutralité.
- Nous sommes souvent des parents d’anciens élèves…
- Nous ne sommes pas des psychologues.

Il nous arrive d’inciter les jeunes à rencontrer des professionnels, si besoin est.
En tant qu’animatrices d’ESPAROLES, nous sommes associées à la vie du Collège, ce que nous apprécions beaucoup.
Nous faisons partie de l’Equipe Educative, nous participons à la journée de pré-rentrée, nous sommes invitées au Conseil de Maison.
Nous n’avons pas le monopole de l’Ecoute. Toute la Communauté Educative en porte le souci. Les élèves choisissent simplement leurs interlocuteurs.

Vue sur le bâtiment central du collège.

Au cours de l’année 2003-2004… 790 jeunes ont été accueillis à ESPAROLES - davantage de 6°/5° que de 4°/3° et davantage de garçons que de filles.

"Si on ne partage pas sa flamme avec d’autres, elle est condamnée à s’éteindre". (Stan ROUGIER)

Quelques témoignages de jeunes.

« - C’est sympa, on peut parler de tout, vous nous écoutez et parfois on apprend des choses.

  • ESPAROLES, ça sert à donner du courage pour affronter les problèmes.
  • Il y a une bonne ambiance.
  • On dit des choses qu’on ne peut pas dire aux autres
  • ça soulage.
  • Ca m’a appris à avoir confiance en moi.
  • C’est bien car tout ce qu’on dit, vous ne le répétez-pas ! c’est confidentiel.
  • Chez moi, je ne parle pas beaucoup à mes parents, alors je viens à ESPAROLES. »

Etre une oreille attentive…

Quelques témoignages des animatrices.

« - Je suis très touchée par la confiance de ces jeunes qui viennent parler à cœur ouvert et nous déposer leur « paquet » parfois bien lourd à porter. Cette confiance est un véritable cadeau.

  • Je suis à l’écoute des élèves en tant qu’adulte, mais jamais en « copine ».
  • Les jeunes ont besoin de pistes, de points de repère.
  • On leur apprend à se battre à être acteurs de leur vie et non pas spectateur.
  • Je me pose toujours cette question : Quels dons, quels talents possède ce jeune en face de moi ?
  • L’Ecoute des jeunes nous renvoie à nous même, à notre propre adolescence. Parfois elle touche un point sensible en nous. L’Ecoute nous aide à faire un travail sur nous-mêmes.
  • L’adolescence est un passage parfois délicat. J’ai conscience de mon rôle de « passeur »… Les jeunes ont besoin d’être accompagnés… et peut-être encore plus d’être aimés !… »

Thésy ROBIN, Marie-France LAFONT, Martine FREYSSINET, Patricia CARBONEL,
Animatrices d’ESPAROLES

« Temps de respiration pour soi et de distanciation de soi dans une institution caractérisée par le ’trop plein’, par une sorte de gavage organisé des jeunes : toujours plus de savoirs ! toujours plus de compétences à développer pour élever le niveau général des jeunes générations !…

Dans une institution scolaire qui ne cesse d’allonger le temps vécu à l’école et de répéter sans cesse l’urgente obligation de se former le plus possible pour faire sa place dans la société, a-t-on mesuré la charge mis sur des adolescents, l’incroyable pression des exigences prétendument ’éducatives’ ?

Qui dira la nécessité de ces ’espaces de liberté’, de ces temps de reprise de soi et de relecture de son existence, dans un monde où les activités scolaires et les loisirs laissent peu de place à la réflexion personnelle et à cette communication de soi à soi qui peut éclairer le chemin de mon existence et choisir les valeurs de ma vie ? »
(dans Accompagner l’adolescence, de Ch. Philibert et G. Wiel)

(Publié dans « Présence Mariste » n°244, juillet 2005)