Marcellin Champagnat, prophète et innovateur

N’est-il pas un peu paradoxal de parler d’innovation à propos de l’œuvre éducative de M. Champagnat ?

Il est né à une époque où la culture, au début du 19e siècle était plutôt axée, surtout dans l’Eglise Catholique française, sur une restauration sociale et religieuse. Dans le domaine de l’éducation on rêvait de revenir à la première moitié du 18e siècle.

Cependant, il est indéniable qu’un travail de recherche a toujours fait partie intégrante de la pédagogie de M. Champagnat et des Petits Frères de Marie entre 1817 et 1840

Maurice Bergeret
Maurice Bergeret

À l’origine de l’innovation mariste : l’AMOUR

Certains, surtout les psychanalystes feront la grimace… « Aimer ses élèves » ! Attention danger.

Mais que dit exactement M. Champagnat ?
« Pour bien élever les enfants, il faut les aimer et les aimer tous également. Or, aimer les enfants c’est se dévouer tout entier à leur instruction et prendre tous les moyens qu’un zèle industrieux est capable de suggérer pour les former…  »
(Edition du bicentenaire * p.550).
Telle est la règle d’or de la pédagogie de M. Champagnat.

La suite de ce texte insiste sur le dévouement, la patience à l’égard de ces « êtres faibles » que sont les enfants. Aussi il faut faire preuve « d’un zèle industrieux »…Aujourd’hui nous disons « esprit d’initiative, de recherche » pour s’adapter à chaque élève.

  Un travail en équipe

Tous ces efforts M. Champagnat ne les conçoit pas sans une mobilisation de tous ses frères.

Les aimer tous également
Les aimer tous également

Depuis la fondation jusqu’à la fin de sa vie, M. Champagnat a recherché sans cesse la promotion de ses collaborateurs, mais tous ensemble, dans la solidarité fraternelle selon un principe fondamental : LES PLUS AVANCES AIDENT LES AUTRES À PROGRESSER.

La mise en place de journées, que de nos jours nous appelons JOURNÉESDAGOGIQUES, est une application de ce principe. Nous avons de nombreuses circulaires de convocation de ces journées, comportant non seulement les thèmes et les contenus mais aussi le responsable de formation, choisi selon ses capacités pour traiter les sujets abordés. Ceci est à considérer comme une innovation importante due à M .Champagnat .

  Un exemple concret : la méthode de lecture

Nous lisons dans la vie de M. Champagnat : 
"Dans son enfance, le Père Champagnat eut une peine extrême pour apprendre à lire ; plus tard, s’étant demandé raison des difficultés qu’il avait eues pour se former à cette partie fondamentale de l’instruction, il crut qu’elles venaient de l’incapacité des maîtres et des vices de la méthode alors en usage pour l’enseignement de la lecture.

Après avoir étudié et examiné plusieurs années cette question, après bien des essais et des expériences tentés avec les diverses méthodes ou manières d’apprendre à lire à l’enfant, il se convainquit que l’ancienne dénomination des consonnes et l’épellation qui en est une conséquence, multipliait les difficultés de la lecture et retardaient les progrès des élèves. Fort de cette expérience, il semble qu’il aurait pu abandonner tout de suite une méthode reconnue défectueuse ; mais se défiant de ses propres lumières, il voulut, avant de tenter aucun changement sur une matière aussi grave, consulter les personnes les plus capables et les plus judicieuses.

Toutes, après avoir examiné mûrement la chose, furent de son avis. Dès lors son parti fut pris ; malgré de nombreuses réclamations de la part d’un certain nombre de Frères, il ne balança pas à rompre la routine, et à adopter pour les écoles de sa congrégation une méthode plus courte et plus rationnelle, dont il donna la théorie et la pratique dans un petit livre intitulé "Principes de lecture" qu’il composa de concert avec ses principaux Frères.

On peut retrouver ici les étapes essentielles de toute recherche innovante : question, hypothèse, expérimentation, vérification, application pratique… La question principale se pose au niveau des « vices de la méthode alors en usage pour l’enseignement de la lecture ». Deux vices sont signalés : l’ancienne dénomination des consonnes et l’épellation qui en est la conséquence. Effectivement on partait du latin pour nommer les consonnes et la combinaison des voyelles pour prononcer le mot était déconcertante pour le jeune lecteur car bé+a se prononce ba et non béa …

Or à la fin du 18e siècle et au début du 19e une grande partie des nombreux opuscules qui étaient édités s’intitulaient ABÉCÉDAIRES et préconisaient l’ancienne dénomination des consonnes et l’épellation qui était la conséquence.

élève

Il fallut que M. Champagnat accomplisse tout un travail d’analyse, de réflexion et d’expérimentation avec « ses principaux Frères » pour mettre au point une méthode qui parut en 1838 sous le titre « Abécédaire (français)  NOUVEAUX PRINCIPES DE LECTURE à l’usage des Frères de Marie ».

Autres innovations 

Les historiens de l’éducation signalent comme devant être attribués aux Petits Frères de Marie l’introduction dans les programmes scolaires du chant, des notions d’arpentage et l’usage des cartes géographiques ….

À la suite de son illustre prédécesseur Jean-Baptiste de la Salle, fondateur des Frères des Écoles Chrétiennes, il adopta l’enseignement simultané qui regroupait ensemble des élèves de même âge ou du moins de même niveau.

On arrivait ainsi à des effectifs de classes très élevés frôlant les 70/80 enfants. Progressivement il mit en place ce qu’il appela l’enseignement simultané-mutuel qui exigeait toute une organisation dont la description serait trop longue à présenter dans le cadre restreint de cet article.

Nous avons ainsi découvert combien la dimension innovante de la Pédagogie de M. Champagnat est riche et importante. Il nous revient de la conserver, et surtout, de la faire connaître et de l’enrichir.  

F. Maurice Bergeret
(Publié dans « Présence Mariste » n°278, janvier 2014)

* Dans la suite de cet article nous appellerons ainsi la vie de M. Champagnat écrite par Jean-Baptiste Furet, un de ses premiers frères, et rééditée en 1989 à l’occasion du bicentenaire de la naissance de M. Champagnat. (Edition du bicentenaire p. 534).