De Lavalla à Tabatinga

Titre sans doute quelque peu énigmatique ; il convient donc de l’expliciter. Tout d’abord en y ajoutant deux dates : 1817 pour La Valla-en-Gier (France) et 2017 pour Tabatinga (Brésil), à savoir : la fondation des Frères maristes par Marcellin Champagnat et l’une des dernières fondations maristes dans le monde.

F. MOREL Michel

La Valla-en-Gier en 1817 Marcellin Champagnat, jeune prêtre diocésain arrivé dans la paroisse en août 1816, regroupe deux garçons de 21 et 15 ans dans une petite maison louée, pour qu’ils se préparent à l’aider dans sa mission pastorale auprès des enfants de la paroisse. Cela fait partie de son projet de créer la « branche des Frères » de la Société de Marie lyonnaise. Très rapidement, ces deux « frères » vont accueillir une douzaine d’enfants pauvres pour les soigner, les éduquer et surtout les catéchiser. D’autres jeunes gens les rejoignent et les « frères » commencent non seulement à enseigner le catéchisme aux enfants et aux adultes le dimanche dans les hameaux mais aussi à faire la classe ; car Marcellin veut que « ses frères » s’occupent avant tout des plus ignorants et des plus abandonnés » de la commune. L’aspect caritatif de l’œuvre de Marcellin dès le début est aussi à souligner. Marcellin et ses frères s’occupent aussi des adultes indigents, leur procurant vêtements et nourriture et leur rendant visite en cas de maladie. Marcellin a su voir les besoins de son temps et y a répondu concrètement et sans attendre les moyens humains et financiers, limités, dont ils disposaient.

Tabatinga Deux cents ans après la fondation de l’Institut, dans un monde globalisé, les besoins des hommes, en particulier des enfants et des jeunes sont tout aussi criants. Pour y répondre, l’Institut présent dans 80 pays s’efforce d’y apporter des réponses ; entre autres à travers le « Projet La Valla 200+ » qui est d’implanter dans chacun des continents deux nouvelles communautés internationales, composées de frères et de laïcs pour répondre à des besoins des « périphéries », selon l’expression du Pape François. Tabatinga est l’une ces « nouvelles communautés ».

Carte de la partie du Brésil

Situation géographique Tabatinga est une ville du Brésil à l’extrême ouest de l’État d’Amazonie d’environ 60 000 habitants au bord du fleuve du même nom ; ville frontière avec la Colombie et le Pérou. L’accès à la ville ne peut se faire que par voie fluviale ou aérienne ; pas de communication terrestre. La population est métissée, formée par des colons brésiliens, colombiens, péruviens et des autochtones appartenant à plusieurs ethnies. Les Maristes sont présents dans la région amazonienne depuis plus d’un siècle ; la 1re communauté internationale « Lavalla 200+ » s’est constituée en 2016.

Communauté Tabatinga

Pourquoi Tabatinga ? Parce que cette localité est le point de rencontre de 3 régions d’Amérique du Sud. Voici les trois principaux axes de la mission de cette communauté :

  • Prise de conscience écologique. Trois frontières divisent un environnement homogène et les Maristes sont appelés à la fraternité et à la recherche de l’unité en proposant des solutions communes à des problèmes communs. C’est une prise de conscience dans un contexte planétaire qui lance un appel à une nouvelle attitude économique plus juste au niveau social, éducatif et pastoral.
  • Recherche d’unité et de fraternité pour surmonter les pauvretés, tant urbaines que riveraines et autochtones. Ici, la vie se développe sur les rivières, et la majeure partie de la population se trouve dans des communautés proches de celles-ci, beaucoup d’entre elles étant des indigènes. Plus précisément, dans cette région, on dénombre onze groupes ethniques.
  • L’évangélisation des enfants et des jeunes qui vivent dans cet environnement et qui sont conditionnés par leur réalité locale. Ces réalités sont, entre autres, les grandes distances, l’isolement, le manque de ressources, la précarité des installations et une présence plus importante articulée et commune des Vicariats de Leticia et de San José, et du diocèse d’Alto Solimoes, en créant des processus durables et plus stables.
Habitation Communauté

Premiers pas de la communauté

La communauté actuelle est composée de Verónica Rubí de la Province de Cono Sur ; originaire de Mar de Plata, Argentine. Elle est là depuis de 5 ans. F. Isidoro García, de la province L’Hermitage. Il est à Tabatinga depuis de 2 ans. F. Paul Bathi, de la province de l’Asie du Sud ; originaire de Pakistan. Il est le dernier arrivé : 1 an. Juliana Kittel a quitté fin novembre 2018.

La première activité de la communauté a été la maîtrise de la langue et l’intégration socio-culturelle. Les débuts ont été difficiles. F. Isidoro l’exprime de cette façon : « Quand on est réduit à « ne rien faire » pendant des mois, (= apprendre la langue), cela devient très difficile : la solitude et l’expérience d’inutilité sont très fortement ressenties. Il faut apprendre à mourir à tout ce qui « était » jusqu’à présent, afin de renaître. Pas seulement en ce qui concerne la langue mais aussi la culture, la nourriture, les coutumes, les relations … enfin, tout est nouveau. En outre, en tant que communauté, nous devons rechercher un projet qui synthétise notre présence ici et il ne faut pas se précipiter. Ceci fait que parmi ceux qui sont envoyés, tous ne restent pas. Comme le dit un chant de Kairoi, « les débuts ont été rudes, mais la fraternité a surmonté toutes les difficultés ».

Célébration à Tabatinga

« En ce moment, nous sommes présents dans les communautés locales, essayant de mettre sur pied la pastorale des jeunes, la formation religieuse pour les enseignants des écoles et l’animation et l’accompagnement des responsables des différentes communautés. Et dire que ce diocèse est plus grand que l’Espagne et ne compte que 7 prêtres ! Notre projet le plus spécifique, qui démarrera probablement cette année, concerne l’accueil, l’attention et l’accompagnement des jeunes autochtones qui souhaitent poursuivre leurs études supérieures. Nous vivons en relation étroite avec l’Église locale. On peut dire que notre être et notre action missionnaires sont inter-congrégations ». (F. Isidoro).

Sur les rives du Gier, comme sur celles de l’Amazonie, « l’esprit de La Valla » continue à souffler.

F. Michel MOREL