« Pour un métier qui évolue … une formation qui se cherche »

Comment assurer une formation adaptée aux besoins des « nouveaux enseignants » et anticiper les évolutions qui ne manqueront pas d’advenir dans les prochaines années…

Marie-Louise CELIER est responsable de la formation initiale des Professeurs de Collège et de Lycées (PLC) de l’Enseignement Catholique à l’ACES-Formation de Toulouse.
Nous la remercions de nous partager quelques-unes de ses réflexions. Celles-ci sont forcément marquées par un contexte précis. Les conventions qui régissent la formation des maîtres sont régionales. Ce qui se vit à Toulouse n’est pas exactement semblable à ce qui existe ailleurs. Et les textes officiels qui évoluent sans cesse, risquent d’évoluer encore. Mais ce témoignage pragmatique inspiré par l’action quotidienne au « contact du terrain » nous est précieux. Car Marie-Louise CELIER exprime un point de vue personnel marqué de sa propre histoire et de ses convictions.

DE NOUVELLES MISSIONS. Si nouvelles que çà ?

Le B.O. du 29 mai 1997 a pour titre : "Mission du professeur exerçant en collège, en Lycée d’enseignement général et technologique ou en Lycée professionnel".

Cette mission a une triple visée :

  • instruire,
  • éduquer,
  • assurer une insertion sociale et professionnelle.
    Elle s’exerce à trois niveaux : le système éducatif, la classe, l’établissement.

Si ce texte a constitué une nouveauté pour l’Education Nationale, il ne prend guère de court l’Enseignement Catholique. Les grands textes fondateurs, les préconisations plus récentes mettent depuis toujours au cœur de la mission de l’enseignant en école catholique cet acte unique qui allie enseignement et éducation au service de la construction d’une personne compétente, autonome, responsable, solidaire.

Nos professeurs savent aussi qu’elle s’inscrit dans des projets gigognes et des équipes à géométrie variable : projet éducatif, projet d’établissement ; la classe, la communauté éducative, le tout dans un partenariat clair avec l’Education Nationale.
Aussi ne pouvons-nous qu’applaudir à cette explicitation des composantes de cette mission même si elle peut apparaître quelque peu réductrice par rapport à nos propres visées.

Alors, quoi de neuf ? Des compétences…

Il s’agit d’abord de s’adresser à un nouveau « public ».
Grâce à un accueil plus large, plus prolongé des élèves, grâce à une importante diversification des filières, nous formons des jeunes qui présentent de grandes variétés des formes d’intelligence, de rapport à soi, de rapport aux autres et qui doivent « rencontrer » des propositions pédagogiques différenciées capables de les faire réussir.

Les avancées des sciences humaines et en particulier des sciences cognitives offrent aujourd’hui à l’enseignant de nouvelles clés de compréhension de l’acte d’apprendre qui lui permettent de faire évoluer ses pratiques.

Enfin, les préconisations du ministère, les avancées des didactiques et les réformes en cours présentent des convergences qui encouragent le changement.

Tout ceci concourt à faire de l’enseignant du XXI ème siècle un professionnel de l’éducation et l’oblige « à construire de nouvelles compétences autour de l’apprentissage, de la différenciation et de la coopération professionnelles. »

Quelles conséquences pour la formation des maîtres ?

Il s’agit de préparer les jeunes enseignants à honorer cette « nouvelle mission » et à acquérir ces nouvelles compétences.

Depuis 1993, l’Enseignement Catholique participe à cette formation en lien conventionnel avec les IUFM
En Midi-Pyrénées, le partage des responsabilités est le suivant :

  • 1re année (PLC1) : IUFM préparation aux concours ; ACES : préparation au « métier »,
  • 2e année (PLC2) : IUFM formations didactiques ; ACES : formation « professionnelle ».

Même si nous disposons de moyens horaires trop limités, nous pouvons ainsi donner au « champ professionnel » les couleurs de notre spécificité et inventer nos propres démarches de formation.

Pour les PLC1, nous avons mis en place un dispositif qui permet au jeune candidat de commencer à construire trois compétences de base :

  • se situer de manière constructive dans un établissement catholique d’enseignement,
  • animer le groupe classe,
  • conduire un apprentissage.
    Ceci grâce à trois éléments complémentaires : des stages en établissement, leur préparation et leur exploitation dans une approche active d’auto-outillage pour l’observation et l’analyse, des « temps forts » de reprise plus théorique.
    Sont mis en interaction des formateurs dans le centre de formation, des Professeurs Conseillers Pédagogiques sur le terrain, des intervenants spécialisés.

Il s’agit d’immerger les stagiaires dans un système de formation qui doit beaucoup au modèle de l’alternance et à une pédagogie de construction des savoirs.

Le dispositif de la deuxième année complexifie ces compétences, en ajoute d’autres qui constituent un socle minimal pour débuter dans le métier et multiplie les types d’intervention autour de professeurs stagiaires acteurs de leur « apprentissage ».

Dix nouvelles compétences pour enseigner

  • 1 - Organiser et animer des situations d’apprentissage
  • 2 - Gérer la progression des apprentissages
  • 3 - Concevoir et faire évoluer des dispositifs de différenciation
  • 4 - Impliquer les élèves dans leurs apprentissages et leur travail
  • 5 - Travailler en équipe
  • 6 - Participer à la gestion de l’école
  • 7 - Informer et impliquer les parents
  • 8 - Se servir des technologies nouvelles
  • 9 - Affronter les devoirs et les dilemmes éthiques de la profession
  • 10 - Gérer sa propre formation continue
    (Philippe PERRENOUD - ESF Editeur - PARIS 1999)

Depuis 1993, plusieurs réformes des IUFM sont restées à l’état de projet. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Un texte fort vient d’être rendu public, émanant d’un groupe de réflexion présidé par Philippe MEIRIEU .

J’en retiendrai volontiers deux phrases :

  • La deuxième année d’IUFM doit être "une formation professionnelle d’adultes à caractère universitaire, basée sur l’alternance".
    Il convient "de faire en sorte que les principes pédagogiques de la formation des enseignants soient ceux que l’on souhaite qu’ils appliquent avec leurs élèves".

Ces préconisations de fond nous confortent dans ce que nous faisons déjà et nous invitent à être encore plus audacieux. Ainsi dans des domaines comme la médiation scolaire, l’interdisciplinarité, la prise en compte du fait religieux , l’interculturel, la personnalisation des parcours, la place du corps et de l’art, nous avons encore beaucoup à innover.

Formateur, un nouveau métier ?

Comment pourrait-il en être autrement si nous voulons être capables d’assurer une formation adaptée aux besoins des « nouveaux enseignants » et d’anticiper les évolutions qui ne manqueront pas d’advenir dans les prochaines années…

Marie-Louise CELIER

(Publié dans « Présence Mariste » n°233, octobre 2002)