Les Frères Maristes s’installent dans le Nord de la France

Histoire de la Province de Beaucamps : les débuts, fondation de Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais). (Présence Mariste n°190, janvier 1992)

Marcellin Champagnat et la reconnaissance légale
de son institut

En 1838, Marcellin Champagnat est à Paris pour la seconde fois. Il voit et revoit Salvandy, ministre de l’Instruction publique, pour obtenir une ordonnance royale donnant la reconnaissance légale à sa congrégation. Salvandy tergiverse, redoutant la réaction plutôt anticléricale de ses collègues de l’Université.

Par contre son chef de cabinet, Germain-Joseph Delebecque, futur député de Béthune, n’a pas ce genre de préoccupations. Il estime Marcellin Champagnat et il est ennuyé de voir sa demande se heurter à l’inertie et à la mauvaise volonté.

Après six mois de démarches, voici que de nouvelles propositions sont faites, pratiquement inacceptables : la congrégation pourrait être reconnue si elle acceptait de se limiter aux petits villages, par exemple au-dessous de 1.200 habitants.

Le P. Champagnat accepte de fonder
une école à Saint-Pol-sur-Ternoise

Monsieur Delebecque trouve une parade pour étouffer dans l’œuf cette solution. Il propose la prise en charge par les Frères Maristes d’une école à Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais). Le ministre est d’accord et fait lui-même la demande au Père Champagnat. Celui-ci a pu se renseigner. Il s’agit d’une sous-préfecture de 3.500 habitants. Chiche ! J’accepte. Ainsi, on ne parlera plus de nous limiter à des villages minuscules : le ministre lui-même se sera interdit cette clause, pour peu qu’il soit cohérent.

Et le 24 juin, Marcellin Champagnat s’en va prendre contact avec saint-Pol, voit le curé, Monsieur Robitaille, qui deviendra son ami et règle les détails de la prise en charge. Pousse-t-il jusqu’à Arnettes, village natal de Benoît-Joseph Labre dont il porte les prénoms en plus de celui de Marcellin ? Son petit frère, mort en bas-âge, avait également reçu ces mêmes prénoms.

Une nouvelle école à 700 kilomètres de l’Hermitage

Dès novembre 1838, une communauté va fonder cette école, à 700 kilomètres de l’Hermitage. Le 14 c’est l’ouverture. Trente élèves d’abord. Avec un pédagogue aussi remarquable que Frère Jean-Baptiste, le succès ne va pas tarder. Dès la fin janvier, le nombre d’élèves dépasse 100. La distribution des prix de 1839 est présidée par le maire, avec présence du sous-préfet et de tout le gratin de St-Pol.

St-Pol-sur-Ternoise, Institut St-Louis.
Le mur de clôture devrait être d’origine.

Les enfants préparés avec soin se livrent à des exercices sur toutes les parties de l’enseignement : grammaire, géographie, système métrique, géométrie, sphère et dessin linéaire. Vrai triomphe pour les Frères. Dès la rentrée, il faut refuser des élèves. On ouvre une troisième classe, et la municipalité vote une allocation (13 sur 14) pour le traitement d’un quatrième Frère (Ils seront 12 en 1900, avec un pensionnat supportant les frais de deux classes gratuites).

Après le diocèse d’Arras, le diocèse de Lille

Quand « l’Ami de la religion »’ - revue de l’époque - relate les premiers succès (1839), il y a déjà 200 élèves, sans parler de 40 jeunes qui s’inscrivent pour des cours du soir, ce qui va exiger un cinquième Frère. On peut comprendre que la fondation de Saint-Pol ait créé aussi des relations entre le Père Champagnat et des personnages comme le cardinal de la Tour d’Auvergne, évêque d’Arras auquel il écrit peu avant de mourir et qui lui-même va demander des Frères pour Carvin.

Le 20 septembre 1840, le Frère François lui en promet pour la Toussaint (Frère Martin y est décédé en 1846). Après le diocèse d’Arras (Pas-de-Calais), le diocèse de Lille (Nord). En août 1842, Frère François promet des Frères pour Beaucamps, et ce village va vraiment devenir un lieu de bénédiction.

Fr. Gabriel MICHEL avec Fr. Achille SOMERS

(Publié dans Présence Mariste n°190, janvier 1992)

Pour lire la suite