Beaucamps : pages d’histoire

Histoire de la comtesse de la Grandville - L’installation des Frères Maristes à Beaucamps. (« Voyages et Missions » n°60, décembre 1959)

BEAUCAMPS (Beaux champs), commune rurale à 12 km de Lille, serait sans doute à jamais ignorée sans la belle œuvre des Frères Maristes créée et favorisée par les comte et comtesse de la Grandville. Actuellement Beaucamps est connu dans le monde entier grâce aux Frères qui essaimèrent dans les 5 continents.

Elève d’une Sainte

Mme la comtesse de la Grandville, d’une famille illustre du Nord, fut, chez les Sœurs du Sacré-Cœur à Amiens, l’élève de sainte Sophie Barat. Elle garda jusqu’à sa mort cette piété ardente et cet enthousiasme pour le bien qui allait devenir le principe de si grandes choses.

A son tour

Pendant le choléra de 1832, la comtesse se prodigua aux victimes du fléau et établit avec les sœurs une sorte d’hôpital. Le fléau disparu, les Sœurs s’adonnèrent à l’éducation des jeunes filles. Contente des bons résultats de cette œuvre, Mme la comtesse voulut créer une école semblable pour les garçons.

L’ancien « Beaucamps » contenait les bâtiments
élevés au temps de la comtesse de la Grandville

Grâce à un piège

Comment la comtesse découvrit-elle les Frères fondés par le Bienheureux Champagnat ? Ce fut grâce à un piège tendu au fondateur. Celui-ci s’étant rendu à Paris pour obtenir l’autorisation légale de son Institut, se heurta à la mauvaise volonté de M. de Salvandy, ministre de l’Instruction Publique, qui demanda cependant une fondation d’école à St-Pol-sur-Ternoise, ville de 4 000 habitants dans le Pas-de-Calais, alors qu’en même temps il exigeait l’engagement de ne fonder d’écoles que dans les localités de moins de 1 800 habitants.

Lors de leur retraite de 1918, les Allemands firent sauter l’immense bâtisse. Ici les ruines de l’ancienne chapelle

Le Père Champagnat, avec humour, accepta cette fondation et c’est ainsi que la comtesse de la Grandville eut, par une de ses cousines, des renseignements satisfaisants sur les Frères Maristes. Et en septembre 1842 le R. F. François envoyait trois Frères pour ouvrir l’école communale.

Le grain de sénevé

150 élèves se présentèrent, et bientôt les fermiers satisfaits de l’école, prièrent Mme la comtesse de lui donner une plus grande extension par l’établissement d’un pensionnat. Dès 1845, outre les pensionnaires, on trouve des novices. La maison, agrandie par les soins de sa bienfaitrice, reçut les Frères de la région aux retraites annuelles.

Contre toutes les règles

Mme la comtesse obtint la faveur tout à fait exceptionnelle d’assister tous les jours aux exercices de la retraite où elle faisait l’édification des Frères.

Le cimetière de la Communauté
,où « dorment » quelque 300 Frères

Lors d’une visite à l’Hermitage au moment du Chapitre général, la comtesse de la Grandville fut admise, contre toutes les règles, à une des séances du Chapitre. Elle fut touchée de cette attention et ravie des renseignements qui lui furent donnés sur les progrès de l’Institut.

1870-1871

La comtesse de la Grandville mourut en 1865, regrettée des Frères et de toute la région. Sa mort n’arrêta pas le développement des fondations. Une école de 4 Frères se trouvait isolée à Paris sur le territoire de la fameuse Commune. Aucun Frère ne fut blessé, bien que leur maison fût atteinte 6 fois par les obus. Fr. Kilianus, arrêté, put s’échapper de la prison à la faveur d’un bombardement qui vint en démolir les murs à point nommé.

La grande tourmente

En 1903, la province de Beaucamps comptait 81 écoles, 912 membres, 20 000 élèves. Les lois combistes allaient saccager toutes ces œuvres. Les Frères se réfugièrent en Belgique, en Angleterre et surtout au Brésil où 165 Frères du Nord posèrent les fondements d’une œuvre où travaillent actuellement 1 300 Frères. Malheureusement, il ne restait que 224 Frères dans le Nord de la France et la guerre de 1914 allait encore diminuer le nombre des Frères et des écoles « sécularisées ».

Le juvénat d’Aulnois-sur-Seille situé dans la Moselle
occupe un ancien château de la région.
Il fut occupé en 1940 et ne rouvrit qu’en 1949.

Face à l’occupant

Par un hasard providentiel, Frère Diogène, A. G., se trouvait à Beaucamps pour les retraites annuelles lorsque la guerre 14-18 éclata. Il fut l’homme de l’heure pour nos Frères et pour la population environnante. En octobre, les Allemands réquisitionnèrent la maison pour une quarantaine de blessés. Fr. Diogène gagna leurs bonnes grâces par son dévouement. Les gens, pillés par la troupe en campagne, prirent l’habitude de recourir à lui, si bien que les Allemands voulurent le nommer Maire. Fr. Diogène s’y opposa et on lui donna le titre de « prior » en raison de son autorité morale. Que de fois Fr. Diogène fut pris comme otage avec d’autres personnes de Beaucamps et échappa de justesse à une mort certaine !

(Publié dans « Voyages et Missions » n°60, décembre 1959)