Crozon et son école Ste-Jeanne d’Arc

La presqu’île de Crozon et ses merveilles touristiques - L’histoire de l’Ecole Ste-Jeanne d’Arc. (« Voyages et Missions » n°81, avril 1964)

LA PRESQUILE DE CROZON

C’est probablement le coin le plus touristique du Finistère. En été, la population triple à Crozon et surtout à Morgat. Beaucoup de Crozonnais passent l’été dans leur garage ou leur grenier pour céder leurs meilleures pièces aux villégiateurs.

La presqu’île s’allonge sur quelque 40 km d’est en ouest. La largeur du Nord au Sud oscille entre 5 et 15 km. A l’ouest, elle se termine curieusement en trois branches dessinant grosso modo les bras d’une croix. Non loin de Crozon, en allant vers le continent, on remarque une localité portant le nom de Tal- Ar- Groas, le « pied de la croix » en breton.

La Pointe des Espagnols

La branche nord de la croix est la plus effilée. C’est elle qui ferme la rade de Brest à l’ouest. Du temps de Philippe II d’Espagne et de son« Armada », elle fut occupée par les Espagnols afin de bloquer le port et de soutenir la Ligue. Ils n’en furent délogés que par les vaillants soldats de Henri IV après un siège épique. C’est toujours « la pointe des Espagnols ». Elle resta une position stratégique importante, même durant la dernière guerre. Les immenses fortifications du « Mur de l’Atlantique », actuellement abandonnées aux touristes sont assez éloquentes.

Le Cap de la Chèvre

La branche sud est plus sauvage ; c’est le cap de la Chèvre. Le paysage est désert, pas d’arbres, des ruines de fortification encore mais surtout des falaises déchiquetées dominant la mer de quelques 50 mètres. Sur ce promontoire, le spectacle d’une tempête est unique. On se laisse captiver par ces rouleaux gigantesques qui viennent éclater sur les rochers et rejaillir en montagnes d’écume… Seuls occupants de ce coin isolé : les touristes en été.

La Pointe de Pen-Hir

Vers l’ouest, la branche qui forme le sommet de la croix est courte mais très déchiquetée : c’est la pointe de Pen - Hir prolongée par des rochers isolés appelés les Tas de Pois. Les connaisseurs disent que le spectacle éclipse celui de la Pointe du Raz. Venez y rêver un soir au coucher du soleil, face au grand Océan. Vous aurez plaisir à dénombrer les phares qui bientôt s’y allument de tous côtés : ceux de la Pointe du Raz et de l’île de Sein au sud, de la Pointe St-Matthieu et d’Ouessant au nord pour ne citer que les principaux.

Mais s’il fallait parler des beaux spectacles nocturnes, on ne tarirait pas, à commencer par la vue sur Brest ou Douarnenez, par temps clair…

LE TOURISME

La vie économique de la presqu’île est partagée entre le tourisme, la pêche et l’agriculture. Le tourisme a fait la réputation de Morgat qui n’est par ailleurs qu’un petit port de pêche.
La mine d’or de Morgat est son immense plage excellemment abritée puisqu’elle tourne le dos à l’Océan pour s’étaler à l’est à l’abri des vents et des tempêtes du grand large par le promontoire du Cap de la Chèvre. C’est la famille Peugeot qui, il y a une cinquantaine d’années, lança cette station en achetant de nombreux terrains pour y construire un grand hôtel et de nombreuses villas. Actuellement tout près de Morgat, s’élève une villa qui promet d’être magnifique ; il s’agit dit-on d’une demeure réservée à la famille Michelin. Décidément il faudra trouver par ici des terrains à réserver à Berliet, Renault, Citroën et consorts !…

La pêche est surtout le lot de Camaret,

un des premiers ports langoustiers de France. Hélas ! ce petit port subit le contrecoup de la crise de la pêche à la langouste depuis les démêlés avec le Brésil, dont les journaux ont abondamment parlé, l’été dernier. Sur leurs petits bateaux, les Camaretois ou les Morgatois s’en vont jusque sur les côtes de Mauritanie. On me parlait, il y a quelques jours, d’un patron pêcheur de Morgat, père de deux de nos élèves qui devait subir un examen médical pour être autorisé à franchir l’Equateur. Ils s’en vont et peuvent rester quatre ou cinq mois avant de revenir. Et cependant il faut ramener les langoustes vivantes. Aussi les bateaux langoustiers sont-ils curieusement conçus ! L’eau de mer doit être constamment renouvelée dans les viviers où les langoustes font le voyage dans d’aussi bonnes conditions que possible.

L’APPEL DE LA MER

Ah ! cet appel du grand large, cet appel de la pêche ! Comme certains de nos gars du Cours complémentaire l’entendent plus facilement que l’appel à l’étude de la grammaire ou surtout des mathématiques ! Avec l’âge, ils n’ont plus qu’une idée en tête : tenter la grande aventure, partir « en pêche ». Le gars sera d’abord mousse, chargé de la cuisine et des menues besognes à bord du bateau occupé par 7 à 10 hommes. Mais il aura sa part si la pêche est bonne et surtout, ce sera « un grand » ! Jouer au cow-boy et faire pétarader une mobylette n’est rien en comparaison !

L’agriculture attire moins, la terre étant assez maigre à mesure qu’on va du bassin de Châteaulin en direction de Crozon.

CARTE SCOLAIRE

La vie scolaire de la presqu’île subit le contrecoup de son isolement. Brest n’est accessible qu’après un long détour par Plougastel, près de 60 km. Quimper est à 50 km et son Likès ( 1 000 élèves ) toutes sections, surtout le technique a excellente réputation : demandez-le à vos sportifs.
Châteaulin a son collège St-Louis tenu par les Frères de Ploermel (800 élèves dont 500 pensionnaires !). Là aussi d’excellents sportifs sont formés et donnent à l’UGSEL de bons champions. Camaret, Crozon et Telgruc ont leur CEG public avec plus ou moins d’élèves et de renommée. Crozon a cependant son C. C, celui des Frères et un C. C. de filles avec une école primaire à St-Nic. C’est peu et les parents sont les premiers à s’en plaindre. Qui veut faire des études sérieuses doit aller en pension à Quimper ou à Châteaulin. Quand donc les Frères auront-ils une section secondaire ? Quand feront-ils du latin ? Trop abondante moisson ! trop peu d’ouvriers.

MAIS BIENTOT

Si par hasard vous jetiez un coup d’œil sur la rade de Brest, vous n’y verriez que peu de bateaux et vous seriez déçu !… Mais patience. Ça va venir, la flotte de Méditerranée viendra bientôt se baser à Brest et on se prépare fiévreusement à la recevoir. A 4 km de chez nous est en train de naître la base du Poulmic. On y exécute d’importants travaux ; on y creuse sous la falaise de profonds tunnels et le secret militaire ne fait qu’enflammer davantage les imaginations.
A en juger par les engins au travail et le peuple d’ouvriers qui s’affairent, que ne peut-on supposer ?…
De plus, dans une vallée marécageuse qui débouche sur la rade s’élève un imposant building encore assisté d’une grue colossale. Une fois le bâtiment achevé, ce sera l’Ecole Navale de Brest. Pour la marine, Brest n’est qu’à 20 minutes et il y a des services réguliers (réservés aux militaires) entre le Poulmic et Brest. Près de notre école également sur des terrains lui ayant appartenu s’élèvent aussi les bâtiments de la Marine (logements pour les marins). Beaucoup de nos élèves étant fils de marins, un car d’écoliers (frété par la Marine Nationale) fonctionne entre le Poulmic et Crozon. C’est tout un paysage nouveau qui se crée sous nos yeux ravis ou étonnés…

L’ECOLE Ste-JEANNE-D’ARC

L’école des Frères Maristes est actuellement la seule école libre de garçons de la presqu’île de Crozon qui compte environ 15 000 habitants. 350 élèves la fréquentent dont 121 dans le C.C. et environ 110 pensionnaires. Quelques-unes de nos 10 classes des cours primaires à la 3e sont très gonflées (CE. 2e année, 48 élèves ; CM. 1re année, 46 élèves). C’est que cette école a une histoire merveilleuse quoique courte.

VICAIRES INSTITUTEURS

Ils sont bien connus en Bretagne et plus d’une école libre leur doit sa fondation ou ses maîtres. C’est ainsi que notre école commença en 1909 avec un vicaire et une quinzaine d’élèves. Les parents écœurés du sectarisme éhonté qui régnait à l’école publique se groupèrent et obtinrent la création d’un abri sûr pour leurs enfants. Le curé ne croyait guère au succès de l’entreprise, ce qui explique les difficultés du début. Mais les développements furent rapides et à la guerre de 1914, on prépare déjà au B.E. L’internat débuta en 1926 sous la forme d’une véritable pension de famille. Petit à petit, des constructions s’étaient ajoutées à la maison du début et le nombre des pensionnaires avait atteint déjà la centaine à la veille de la guerre de 1939. Les bombardements détruisirent une partie de l’école qui fut restaurée après la guerre, puis agrandie : 2 classes préfabriquées et inaugurées l’an passé, 2 nouvelles classes et un laboratoire en dur.

Arrivée des Frères Maristes en octobre 1963

Jusqu’à l’arrivée des Frères en octobre 1963, l’école fut toujours conduite par deux prêtres. Peut-on imaginer le capital de dévouement qu’il leur a fallu pour faire vivre et prospérer une œuvre d’une telle importance, pendant plusieurs dizaines d’années !…
Comme Jésus, l’ami des enfants saura récompenser ces prêtres au cœur d’or ! La population a été à la hauteur de ces maîtres. Elle reste très attachée à son école et elle a largement contribué à sa, construction et à son agrandissement ; on s’en doute. Tous les charrois par exemple ont toujours été faits gratuitement. Le dernier directeur, l’Abbé Kermarrec spécialement a laissé un souvenir impérissable auprès des parents et de son personnel. Pour tous, il sera toujours le « Bon Directeur » !

(Publié dans « Voyages et Missions » n°81, avril 1964)