Brive : L’Ecole Saint-Joseph a fêté ses 50 ans

Retour sur l’histoire de l’école de St-Joseph de Brive à l’occasion du Jubilé. (Présence Mariste n°139, avril 1979)

En peu de temps, la région Sud-Ouest de la Province de N.-D. de l’Hermitage a eu la joie de célébrer deux grandes Fêtes Jubilaires : d’abord les 100 ans du vénéré et très regretté Frère Colmer, et le cinquantenaire d’une Ecole, que beaucoup de Frères connaissent, étant située à un carrefour géographique important, il s’agit de l’Ecole Saint-Joseph de Brive, fondée en 1928.

DES DEBUTS DIFFICILES

A cette époque, la Paroisse Saint-Sernin se trouvait sans école primaire chrétienne. Le Curé d’alors, M. le Chanoine Argueyrolle, homme au grand cœur, pasteur zélé et clair-voyant, pensait qu’une paroisse sans son école chrétienne, manquait d’un moyen important d’apostolat auprès des jeunes. Justement, un modeste immeuble contigu au Centre Paroissial attendait une destination. Pauvre et exigu, il pourrait suffire pour abriter des débuts. Le problème était de trouver des maîtres. Les congrégations de Frères enseignants n’avaient pu — faute de sujets — répondre aux sollicitations du brave Curé. Après de multiples démarches, des maîtres laïcs furent enfin engagés, et l’école s’ouvrit avec sept élèves externes et deux pensionnaires. C’était en janvier 1928.

En fin d’année scolaire, le nombre d’élèves demandait ou plutôt exigeait déjà des agrandissements. Grâce à la bonté rayonnante et à la générosité d’une excellente paroissienne, Mme Rupin-Mage qui voulut bien couvrir les frais et donner un vaste terrain pour les développements futurs, cinq belles classes furent bâties, assurant l’avenir de l’école. La bénédiction de ces nouveaux locaux eut lieu le 6 décembre 1936. Mgr Castel, évêque de Tulle, présida la cérémonie et dit sa grande joie de voir prospérer une œuvre qui lui tenait à cœur.

A partir de septembre 1938 les
Frères Maristes assurèrent la direction de l’école

Le Directeur de l’époque, M. Clermont, était homme de caractère, lucide et réaliste ; bien secondé, son école devint un établissement sérieux où il se faisait du bon travail, et où la formation chrétienne était première. Malheureusement, terrassé en pleine action, il mourut en février 1938. Ce fut un coup très rude pour l’école qui ne fut sauvée que grâce à la valeur et au dévouement des maîtres — dont MM. Altasserre et Jugie qui surent tenir. A partir de septembre 1938, les Frères Maristes assurèrent la direction de l’école. Venus de Notre-Dame de Lacabane, réoccupée cinq ans plus tôt, Brive fut la première fondation après leur retour. Ce fut pour Saint-Joseph comme un nouveau départ.

DES EPREUVES DE TOUTES SORTES

Toutes les conditions semblaient réunies pour la réussite. Il n’en fut rien, la guerre était là qui dispersa nos jeunes. Le corps enseignant se trouva plus que décimé. Pour tenir, que fallait-il faire ? « Feu de tout bois », et c’est ainsi que par la force des choses, les « Personnes du Sexe », jeunes (par malheur !) furent introduites, et c’est ainsi qu’un certain jour, pendant la récréation de 10 heures, le Frère Directeur, assez joyeux paraît-il, entre deux de ces jeunes personnes, se promenait dans la cour, il fut aperçu par un grave Supérieur de passage, pas mobilisable, qui pensa tout de suite au pire… Heureusement « à brebis tondue, Dieu mesure le vent »… la catastrophe prévue n’eut pas lieu… Les jeunes personnes remplirent bien leur rôle, le Directeur aussi, et une fois de plus, l’école fut sauvée…

Mais les épreuves ne faisaient que commencer. Et d’abord la réquisition par l’Armée. Chevaux, matériel et cuisines roulantes envahirent nos cours et une partie des locaux. Deux classes durent émigrer dans une annexe.

Le pire nous attendait avec « l’occupation »

Les militaires partis, les réfugiés arrivèrent. L’école devint centre d’accueil. Que de misères ! Le pire nous attendait avec « l’occupation ». Tant bien que mal, l’école subsista et « résista ». Plusieurs professeurs aidèrent le maquis et y acquirent des grades, ce qui posa parfois d’épineux problèmes…
Arrive enfin le 15 août 1944, le grand jour de la Libération de Brive et de reddition de la garnison allemande… Nos maîtres de la veille devenaient nos éboueurs du lendemain. Mais la colonne du Reich rôdait encore dans les parages : un retour punitif était possible, le bruit avait même couru que les Allemands redescendaient sur Tulle…

Or, Brive est à deux pas de Tulle. Le maquis était en ébullition. Il fallait faire quelque chose, et un certain après-midi, nous avons assisté au départ d’une colonne de ces braves Résistants, concentrée à l’école, et devant occuper une position stratégique sur la route de Tulle, pour tenter d’arrêter, si besoin était, la fameuse division. Les moyens étaient précaires, en tout six camions, et un des canons laissés par les Allemands après leur capitulation. Le convoi s’organise, la troupe, les armes, les victuailles, et le canon guidé par un jeune officier, peu expérimenté sans doute, le fait est qu’au moment du départ, appuyant sur une certaine manette, le coup partit… tout près de l’engin, nous l’avons senti passer… Les dégâts, heureusement, furent minimes : quelques isolateurs de la ligne électrique brisés, et un blessé léger. On avait eu chaud !… L’expédition tourna court… les Allemands étaient bien partis. Ce fut pour Saint-Joseph le dernier épisode de la guerre, de l’occupation, et de la libération.

UNE CROISSANCE CONSTANTE

La paix revenue, les effectifs continuèrent de croître, et en 1947, le Frère Esquerre, nommé ailleurs, quitte Brive, après neuf ans de présence.

Frère Bonetbeltz prend en main l’œuvre déjà belle, et lui fait franchir trente années de son existence, provoquant par étapes des agrandissements importants et osés. Il eut aussi la redoutable tâche de faire aboutir les Contrats, simples d’abord, puis d’association, et d’harmoniser la fusion de l’école Saint-Joseph avec celle de La Salle, tenue par les Frères des Ecoles Chrétiennes. Les deux établissements devenaient ainsi vraiment complémentaires avec des effectifs approchant de 700 élèves.

Frère Bonetbeltz, ayant atteint l’âge de la retraite, vient juste de quitter la direction, assurée désormais par Frère Maillet, mais il reste à Brive, et continue à faire rayonner l’école. Celle-ci, avec une équipe éducative jeune et compétente, va de l’avant au service des jeunes, avec courage, optimisme et foi pour de nouvelles étapes.

Merci au Seigneur, à Notre Dame et à saint Joseph pour ces 50 ans de grâces et de protection. Merci également à tous ceux qui ont fait de notre école ce qu’elle est : parents, éducateurs, élèves, anciens élèves, à tous ceux qui nous ont entourés. Ensemble, nous avons bâti, ensemble, nous vivrons.

Célébration du Jubilé le dimanche 29 octobre

C’est le dimanche 29 octobre que le Jubilé a été célébré, dans une ambiance détendue, amicale, sympathique où l’on sentait vibrer" l’esprit mariste qui dure depuis 40 ans.

Mgr Brunon, Evêque de Tulle, devait présider les céré-monies, avec Mgr Roi, Evêque d’Angoulême, ancien de St-Joseph, empêchés par le rassemblement de Lourdes. Mgr Meyssignac, Vicaire épiscopal, fut désigné pour les représenter, entouré de M. le Maire de Brive, du Frère Bergeret, Provincial, de M. Chaussade, Président des Anciens Elèves, d’un clergé nombreux où figuraient les anciens Aumôniers, dont le premier, l’Abbé Alvitre, âgé de 90 ans. La Messe fut célébrée dans une salle de l’école bien aménagée et fleurie. De nombreux Anciens s’y pressaient. La prière, les chants, l’homélie exprimèrent la joie et la gratitude.

Une assemblée suivit la messe

Le Président des Anciens Elèves, M. le Chanoine Espinasse, ancien Aumônier, les Directeurs évoquèrent les temps, les souvenirs et les personnes avec esprit, avec humour, avec émotion parfois, mais toujours avec tact, comme il se devait. Et c’était l’heure de la photo traditionnelle et du repas. Le grand réfectoire accueillit les convives. Menu excellent, ambiance et bonne humeur ne manquèrent pas… les toasts non plus, aussi brillants que variés. Le Frère Provincial eut le « dernier mot ». Ce fut un souhait de courage, d’optimisme et de foi aux destinées de l’école pour former des hommes et des chrétiens, et susciter dans son sein des vocations de prêtres, de religieux et de responsables, capables d’assurer l’avenir et la relève… Il fut compris et applaudi…

Que cette journée inoubliable reste dans nos annales, marquant un des meilleurs moments de ces 50 ans de vie et de bon travail.

(Relation et documents transmis par Fr. J.E.) (fr J. Esquerre)