Quand Dieu communique avec l’homme

Sœur Josée Brissi, du Cénacle de Fourvière à Lyon a fait partie pendant quelques années de l’équipe dirigeante des Aumôneries de l’enseignement public de Lyon. Sa contribution nous emmène sur le merveilleux chemin de la communication de Dieu avec l’homme.

NOUS SOMMES A L’ERE DE LA COMMUNICATION

Les moyens pour ce faire se multiplient… avec ou sans fil ! Nous en connaissons aussi les avatars et nous en souffrons parfois. C’est que l’homme est un être de relations et que, pour lui, la communication est vitale.

Prière de louange … réponse libre à l'initiative de Dieu
Prière de louange … réponse libre à l’initiative de Dieu

Qu’en est-il de notre Dieu ?

Nous ne pouvons parler de lui qu’avec des mots et des catégories de pensée humaines. C’est donc à l’intérieur de ces limites et à la lumière du témoignage des Ecritures judéochrétiennes qu’il faut voir ce qui se passe quand Dieu communique avec l’homme.

TOUT D’ABORD, C’EST DIEU QUI PREND L’INITIATIVE DE LA COMMUNICATION

"Dieu nous a aimés le premier" écrit saint Jean. En langage théologique, on parle de Révélation. Le Dieu en qui nous croyons se manifeste à l’homme, c’est lui qui commence, qui cherche l’homme.

Dans la Bible, nous voyons le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob agir dans l’histoire humaine. Par exemple, lorsque les descendants de Jacob sont opprimés en Egypte, Dieu prend parti en faveur du peuple opprimé contre le pharaon oppresseur. Ainsi l’action de Dieu n’est pas mythique mais repérable dans une histoire. Ce type de communication est propre à la révélation biblique. Croire que Dieu agit dans l’histoire a deux conséquences parmi d’autres : tout d’abord, cette histoire prend une grande consistance, elle n’est plus quantité négligeable dont il faudrait s’abstraire pour rejoindre le divin ; ensuite, Dieu prenant parti dans l’histoire humaine se compromet en quelque sorte dans les ambiguïtés des conflits entre les peuples. On est loin du concept philosophique d’un dieu immuable, impassible… bref, chimiquement pur !

DIEU AGIT, MAIS AUSSI, IL PARLE

"Dieu est un mystère parlant" comme l’écrit Walter Kasper. La Bible donne l’impression que Dieu parle tout le temps, qu’il donne la clef pour comprendre ce qu’il fait. C’est surtout parce que les lecteurs que nous sommes arrivent après les événements. La communication, pour Dieu, est acte et parole… jusque dans les sacrements de l’Eglise qui ne séparent jamais un humble geste humain d’une parole et font des deux ensemble un acte par lequel Dieu agit et se communique à l’homme.

De même, dans la foi, si Dieu a été découvert, expérimenté comme celui qui fait vivre en plénitude, alors l’observance de sa loi devient un moyen de répondre aux dons reçus de lui. Dans cette perspective, on peut aussi se reconnaître pécheur, non par exacerbation du sentiment de culpabilité mais par reconnaissance d’un amour inouï qui nous précède.

L’ACTION DE DIEU EST PRESQUE TOUJOURS DE L’ORDRE DU DON

Don du salut au passage de la mer (Exode 14), don de la nourriture et de l’eau pour que le peuple vive au désert. A partir de cette histoire humaine, on peut aussi affirmer que Dieu donne le cosmos à l’homme, ce qui conduit à composer des récits et des poèmes de création (Genèse 1 et 2). Mais le don de Dieu va plus loin encore puisque la foi chrétienne nous fait reconnaître en Jésus Christ Dieu lui-même qui se donne aux hommes et vient partager leur vie. Notre Dieu, non seulement entre en relation avec l’homme, lui communique des choses, mais se communique lui-même. Karl Rahner parle, à ce propos, de l’auto-com-munication de Dieu.

L'homme apprend à se rendre attentif aux signes de Dieu
L’homme apprend à se rendre attentif aux signes de Dieu

Nous atteignons un sommet qui nous émerveille. Mais voici encore un autre aspect de la communication en Dieu qui devrait nous frapper d’admiration. En effet, non seulement Dieu se donne magnifiquement mais aussi il considère l’homme comme un véritable partenaire, il en attend une réponse. Dans l’Ancien Testament, c’est l’alliance qui manifeste cette attente de Dieu, surtout à partir d’Abraham et singulièrement au Sinaï (Exode 20) où nous voyons que Dieu donne au peuple dix commandements (ou dix « paroles ») comme un moyen de demeurer dans la communion avec lui, de rendre grâce d’avoir été choisi et sauvé de l’esclavage d’Egypte.

D’abord, Dieu sauve, il donne ; ensuite seulement, il fixe une loi comme base pour que l’homme s’engage librement à son égard.

Ce point est très important pour l’éducation des jeunes et leur apprentissage de la foi. C’est parce que parents et éducateurs aiment et donnent gratuitement qu’ils peuvent ensuite dire la loi, comme une parole qui humanise le don puisqu’elle suscite la liberté. Si ce mouvement est inversé, la loi n’est plus au service d’une relation d’amour, elle n’est plus qu’un règlement anonyme.

QUEL VA ETRE LE ROLE DE L’HOMME, DESTINATAIRE
DE LA COMMUNICATION DE DIEU ?

Tout d’abord, l’homme apprend à se rendre attentif aux signes de Dieu. Cela suppose : une attention au vécu personnel et aux événements du monde ; du temps pour reprendre ce vécu, le peser à la lumière de la foi et des Ecritures. Cette relecture est une forme de prière. En effet, elle n’est pas seulement réflexion sur ce qui se passe mais encore choix délibéré d’interpréter ces faits dans la foi, de rejoindre celui-là même qui veut se donner par ces signes. Ayant appris à relire son histoire personnelle et celle de son époque et à y percevoir les « signaux » que Dieu lui adresse, il entre en communion avec Celui dont saint Jacques écrit : « tout don excellent, toute donation parfaite vient d’en-haut et descend du Père des lumières » (Jn 1,16).

CETTE EXPERIENCE DE FOI ENGAGE UNE RELATION
AIMANTE ENTRE L’HOMME ET DIEU

Deux conséquences de cette vie, parmi bien d’autres, sont à remarquer chez le croyant. Il s’engage et fait des choix, non à cause du poids de la loi morale mais en raison d’un amour qui fait préférer le goût de l’Evangile à toute autre saveur. Il réserve aussi du temps gratuit pour Dieu : c’est la prière solitaire, louange, action de grâce, demande, lecture tranquille de la Parole. Dans les moments difficiles, la prière prend la forme d’une remise des soucis et des points d’interrogation de la vie dans la recherche et l’attente active de la lumière. Dans cette perspective, les décisions sont à la fois reçues de Dieu et prises par l’homme, librement.

Il y a aussi la prière avec d’autres et son sommet, l’Eucharistie, où le peuple chrétien peut enfin faire remonter à Dieu, sa vie assumée en Jésus Christ qui se remet au Père.

Oui, Dieu communique avec l’homme et celui-ci répond librement à cette initiative.

UNE ICONE ET UNE PETITE FILLE VOUS EN DIRONT DAVANTAGE

C’est à Marseille, à la fin de l’heure de caté, le groupe de CM1 entre dans la chapelle d’une communauté religieuse. Près de l’autel, une reproduction de l’icône de la Trinité d’Andréi Roublev. Aussitôt, une fillette la montre du doigt et dit à la catéchiste : « Oh ! Ça bouge ».

Oui, ça bouge en Dieu, de l’Esprit vers le Père pour envoyer le Fils à l’humanité. L’amour circule et donne vie. Alors, toi qui lis ces lignes, "choisis donc la vie !" (Dt 30,19).

Josée BRISSI,
Religieuse de N.-D. du Cénacle, Lyon, 17 juillet 1997

(Publié dans « Présence Mariste » n°215, avril 1998)