Réjouissez-vous !

PM 298 logo Le Dieu de la Bible est un Dieu heureux et qui fait partager son bonheur. Il se réjouit de sa création qu’il trouve bonne (Présence Mariste n°298, janvier 2019)

Bernard FAURIE Dans bien des langues on se salue en disant : « Bonjour ! », « bon jour ! » aussi bien par une chaleur caniculaire que par un froid sibérien… Mais, ce disant, on se souhaite plutôt de bien vivre la journée, sans égard pour la météo. Les Latins disaient « Salve, Salvete », ce que nous pourrions traduire : Gardez-vous en bonne santé, prenez soin de vous. Mais dans la Bible grecque et dans notre Nouveau Testament, on se salue en disant : Réjouis-toi, Réjouissez-vous… (1) C’est qu’on peut avoir bien des raisons de se réjouir en se saluant les uns les autres.

La création toute entière est source de joie

Le Dieu de la Bible est un Dieu heureux et qui fait partager son bonheur. Il se réjouit de sa création qu’il trouve bonne et belle et il ne se lasse pas de le dire et de le redire : « Et Dieu vit que cela était bon. » Et même au terme de l’œuvre de la création : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà c’était très bon. » Saint Paul écrit à Timothée : « Tout ce que Dieu a créé est bon », et rien n’est à rejeter si on le prend avec action de grâce" (1Ti 4,4). De plus, « La grandeur et la beauté des créatures conduisent par analogie à contempler leur créateur » dit l’auteur de la Sagesse (13,5).

Magnifiez avec moi le Seigneur
Magnifiez avec moi le Seigneur

Hommes et femmes sont images de la beauté de ce Dieu qui dit à Moïse : « Je ferai passer devant toi toute ma beauté » (Ex 33,19). Les récits bibliques se plaisent à souligner la beauté des hommes, de Moïse dont on dit qu’il était beau aux yeux de Dieu (Ac 7,20). De Joseph, qu’il "était beau à voir et à regarder" (Gn 39, 6) ; de Saül "un beau garçon"(1S 9,2). David avait « une jolie figure et une mine agréable » (1S 16,12). De son fils Absalon il est dit qu’il n’y avait pas en Israël de garçon aussi beau que lui (2S 14,25).

Plus encore on s’émerveille de la beauté des femmes : Sara, l’épouse d’Abraham est « une femme belle à voir », avis partagé par pharaon qui voudrait en faire une épouse ! De fait, dès qu’Abraham et son épouse sont arrivés en Égypte, les Égyptiens ont vu que cette femme était fort belle (Gn 12,11-14). Rébecca, épouse d’Isaac était « très charmante à voir » (24,16). Rachel, épouse de Jacob était « belle à voir et à regarder » (29,17). Bethsabée, Judith, Esther, Suzanne sont toutes plus belles les unes que les autres, mais le prix de beauté revient à la fiancée du Cantique des cantiques, « à plus belle des femmes » qui fait l’admiration du bien-aimé : « Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle ! »

La joie est l’expression du bonheur

De cette beauté de la création naît un sentiment de joie qui s’exprime dans la danse et les chants. Cette joie est en effet communicative, elle rayonne sur les visages et elle se partage : « Voyez ! Qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensembles… Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons ensemble son nom ! » (Ps 132, 1).
On chante et on danse beaucoup dans la Bible, chant et danse n’allant pas l’un sans l’autre. Le livre des Psaumes est un livre de poèmes que l’on chante sous la direction d’un « maître de chant » au son des instruments, du hautbois (46,1) et des instruments à cordes (67,1) « car la flûte et la cithare agrémentent le chant » dit Ben Sirac (40,2).

La moisson et les vendanges sont l’occasion de réjouissances et de fêtes  : « Tu observeras la fête de la Moisson, des premiers fruits de ton travail, ainsi que la fête de la Récolte au sortir de l’année. » Plus encore la vigne est le symbole de l’alliance de Dieu avec son peuple : « Que je chante pour mon ami le chant du bien-aimé et de sa vigne » (Is 5,1) et symbole de l’amour conjugal célébré dans le Cantique des cantiques. Le vigneron par excellence c’est Dieu lui-même : « Chantez la vigne délicieuse. Moi le Seigneur j’en suis le gardien, à intervalles réguliers je l’arrose » (Is 27, 2-3).

Les noces sont des temps de fêtes où la joie est débordante. Elles ne durent pas moins d’une semaine. Jésus et Marie sont invités à des noces à Cana. La fête faillit mal tourner par manque de vin ! Mais surtout les noces les plus magnifiques seront celles des derniers temps, les noces de l’agneau du livre de l’Apocalypse. Heureux ceux qui y sont invités et qui diront : « Réjouissons-nous, soyons dans l’allégresse car voici les noces de l’agneau » (19,7.9).

Du bonheur à la béatitude

La joie des amis de Dieu est toute intérieure. Car la joie de l’homme est dans la vie en Dieu, lui-même source de toute félicité. « C’est toi le Seigneur ! Je n’ai pas de plus grand bonheur que toi » (Ps 15). Le bonheur devient béatitude, un bonheur parfait dont on jouit dans la contemplation. Les premiers mots du livre des Psaumes sont pour dire : « Heureux l’homme qui se plaît dans la loi du Seigneur et récite sa loi nuit et jour » (Ps 1, 1-2). Ce n’est pas sans intention que Matthieu, dans son évangile, fait débuter la vie publique de Jésus et son enseignement par le texte bien connu des « Béatitudes ». « Heureux les pauvres en esprit… Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ».

« Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux »
« Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux »

Ce serait bien mal interpréter ce texte que de penser que les pauvres sont dits « heureux » par le seul fait qu’ils sont pauvres ! Saint François de Sales explique bien, dans sa préface au Traité de l’Amour de Dieu, comment il faut l’entendre : « Ce que Notre-Seigneur dit : "Bienheureux sont les pauvres d’esprit" est grandement amplifié et déclaré selon le grec : « Bienheureux sont les mendiants d’esprit ». François de Sales commente :
"Qui n’est pas assuré d’aimer Dieu, il est pauvre ; et s’il désire d’aimer, il est mendiant, mais mendiant de l’heureuse mendicité de laquelle le Sauveur a dit : "Bienheureux sont les mendiants d’esprit, car à eux appartient le Royaume des cieux. »

Effectivement, le mot grec de l’Évangile signifie : "mendiant". C’est donc tout autre chose que de parler des « pauvres de cœur » ou de « ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes ». Pauvre ou riche, on peut tous être des « mendiants de cœur », c’est-à-dire des demandeurs, affamés de la Parole de Dieu, des chercheurs de Dieu.

Bernard FAURIE
(Publié dans « Présence Mariste » n°298, janvier 2019)

(1) La salutation en caractères grecs qu’on trouve dans la revue n’a pas été reproduite sur le site.