Les intuitions de la Société de Marie

Pour Jean-Claude Colin, Marie est considérée comme chef, première supérieure. (« Présence Mariste » n°246, janvier 2006)

Ces « intuitions » viennent du fondateur des Pères Maristes, Jean-Claude Colin, (voir note 1) et de ses premiers confrères maristes. Remises en pleine lumière au milieu du siècle dernier, (voir note 2) il est possible de les exposer à travers quelques formules clés.

Fresque de la Famille Mariste à la Neylière.

La Ste Vierge a dit :
« J’ai été le soutien de l’Eglise naissante ; je le serai aussi à la fin des temps : mon sein s’ouvrira à tous ceux qui voudront bien y entrer. »

Après la Révolution, l’Eglise est à "reconstruire" : cette image de Marie active dans l’Eglise, dans les derniers temps comme dans les premiers, a soutenu la fondation d’une société religieuse portant le nom de Marie, ouverte au plus grand nombre, clercs et laïcs.

Ce que Jean-Claude Colin désire, c’est que le Mariste s’imprègne de sa propre contemplation : porter le nom de Marie, c’est prendre cette parole au sérieux au point de régler sa vie sur elle, et de se mettre à l’œuvre. Penser comme Marie, juger comme Marie, sentir et agir comme Marie.
L’imaginaire de Colin est débordant, du fait des multiples images de Marie colportées à l’époque, mais cette vision est efficace puisqu’il n’hésite pas à envoyer à grand risque de premiers missionnaires en Océanie et à fonder une congrégation, ce qui dénote une grande espérance.

Côté mission, Marie est considérée comme chef, première supérieure, dans le combat des missionnaires de l’évangile contre les forces qui s’y opposent. Et un style s’en dégage "à la manière de Marie" :

  • évangéliser sans ostentation ni ambition personnelle, pour ne pas faire obstacle à la Parole de Dieu,
  • œuvrer comme inconnus et cachés dans le monde ;
  • rendre présente l’Eglise là où elle n’existe pas encore ; - être attentifs aux plus démunis en bons « instruments de la miséricorde divine », en particulier aux plus jeunes à travers cette grande tâche qu’est l’éducation.

Côté fraternité, Jean-Claude Colin ne voit d’autre modèle pour la Société de Marie que l’Eglise naissante :
« La Société a commencé comme l’Eglise ; il faut que nous soyons comme les apôtres et comme ceux qui se joignirent à eux et qui étaient déjà nombreux : Cor unum et anima una. Ils s’aimaient comme des frères. »

Et il développe les caractéristiques d’une vie communautaire, ferment de la vie spirituelle et de l’engagement apostolique des Maristes. La communauté, dans la prière et le partage quotidien, dans l’unité rêvée des cœurs et des esprits, est un lieu de ressourcement que Jean-Claude Colin aimait appeler Nazareth, prenant alors cette autre image de la vie cachée de Jésus avant son entrée en mission.

On le voit, mission et communauté sont en tension dans la pensée du fondateur qui insiste sur l’un ou l’autre aspect selon le cas et va de l’un à l’autre pour parler de la vie mariste.
Il faut tenir à la fois un engagement apostolique sans réserve qui peut s’exercer en tout endroit du monde où l’on puisse espérer des fruits, et la fidélité à ce corps qu’est la Société où cherche à se vivre le « cor unum et anima una » (un seul cœur et un seul esprit).

Telles sont quelques-unes des intuitions qui ont mis sur la route nombre de religieux ou laïcs depuis bientôt deux cents ans, et qui inspirent toujours ceux et celles qui se réclament de la famille mariste.

Bernard BOURTOT,
Père Mariste

Note 1) : Jean-Claude Colin : 1790-1875, prêtre en 1816, premier supérieur général (de 1836à 1854) de la Société de Marie.

Note 2) : En particulier avec les travaux sur les origines des pères Jean Coste (1926-1994) et Gaston Lessard.

(Publié dans « Présence Mariste » n°246, janvier 2006)