N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie ?…

Marie, mère d’un charpentier - Une femme, mère d’un prophète - Marie, mère de celui qui est plus qu’un prophète. (« Présence Mariste » n°138, janvier 1979)

Lorsque nous lisons le chapitre 6 (V. 3) de Marc, nous pouvons voir Jésus qui vient dans sa patrie de Nazareth. L’Evangéliste traduit une certaine atmosphère dans l’accueil réservé à Jésus, signe de contradiction pour les siens. C’est un homme que l’on guette, que l’on épie, à propos duquel les commérages vont bon train. « N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie ? »

La présence probable de Marie en cette circonstance, et la référence de Marc à la mère de Jésus peuvent susciter quelques réflexions.

  • Que penser de cette femme, mère d’un charpentier ?
  • Que dire de Marie, mère du prophète Jésus, qui apparaîtra bien vite comme plus qu’un prophète ?

MARIE, MERE D’UN CHARPENTIER

L’image de Marie, épouse du charpentier Joseph, nous est familière et peut ouvrir de nombreuses perspectives sur les conditions professionnelles et sociales de cette modeste famille de Nazareth. La traduction de Marc laisse supposer que, durant sa vie, Jésus a appris le métier de son père : apprentissage long et patient de la condition humaine dans l’affrontement à la loi du travail.

Les gens de Nazareth connaissent cet homme, son métier. N’y a-t-il pas chez eux tentation de le réduire à sa condition professionnelle ? Ce charpentier, fils de charpentier lui-même, nous renvoie nécessairement à son père et à sa mère.

Marie, pendant un long temps, avait certainement dû se poser des questions. Comment ce fils va-t-il pouvoir être le Sauveur de son peuple, selon la promesse de l’Annonciation ? Pour Marie, Nazareth ne peut pas être uniquement une école de menuiserie ; elle a appris autre chose de ce Fils dont elle a percé peu à peu le secret.

Pour connaître Jésus il faut non seulement revenir à son enracinement familial, mais aussi voir tout ce qui l’unit à son Père du ciel. Marie sait un peu que ce fils porte en lui un autre projet, d’autres préoccupations : les affaires de son Père.

UNE FEMME, MERE D’UN PROPHETE

Jésus quitte sa famille pour accomplir sa mission. Après avoir laissé son métier, il se lève et sort pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Marie a assisté au départ du prophète Jésus. Son fils perd désormais son anonymat : il devient cet homme public qui va risquer la Parole et les gestes que l’on sait ! Jésus quitte tout pour mieux devenir JESUS, fidèle à la volonté du Père jusqu’au bout.

Marie s’ouvre au mystère de son fils : pouvoir accepter qu’il soit prophète, c’est déjà le suivre. Un prophète, ça dérange, c’est gênant ! Marie a l’habitude. Elle a déjà commencé à le suivre avant qu’il ne vienne ; elle a eu du mal a le suivre et à le comprendre parfois ! Les habitants de Nazareth ne peuvent encore aller jusque là ; ils sont habitués à un autre Jésus : « Nul n’est prophète dans son pays ».

Accueillir le Royaume, c’est partir en laissant père, mère, frères et sœurs. Jésus quitte Marie ; Marie doit aussi quitter Jésus. Il n’est plus pour elle. Il est déjà livré aux gens de Nazareth comme signe d’incompréhension et occasion de chute. Ils ont figé cet homme dans sa fonction de charpentier, préférant réduire l’homme à ce qu’il fait pour ne point découvrir ce qu’il est et ce qui l’habite.

MARIE, MERE DE CELUI QUI EST PLUS QUUN PROPHETE

Lorsque les gens de Nazareth entendent Jésus, ils disent :
« D’où cela lui vient-il ? et quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ?… »

La rencontre avec lui, sa personne, ses paroles, tout renvoie donc à autre chose.

Ou bien l’on consent à prendre Jésus tel qu’il apparaît à notre regard humain, ou bien l’on s’engage à accepter qu’il a reçu sa vie et sa mission d’un autre. Je sais qu’il est charpentier ; avec Marie-Madeleine, je puis le prendre aussi pour le jardinier : mais il est plus que cela !

Souvenons-nous de la question du Christ :
« Que dit-on que je suis ? Et vous qui dites-vous que je suis ? »

Les habitants de son village répondent : il est charpentier. Les apôtres répondront : les uns disent que tu es un prophète… Pierre ira plus loin : tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !

Une telle profession de foi, Marie a dû la porter dans son cœur, longtemps, balbutiant les mots, hésitante dans la formulation de sa foi. Elle savait mieux que quiconque combien la vie de ce Fils dépendait d’un Autre.

La rencontre de Jésus à Nazareth décrit une situation fragile : « Jésus s’étonnait de ce qu’ils ne croyaient pas ». Se détachant de tout, Jésus lui-même entre dans un espace de fragilité, l’espace même de la foi. Les gens de Nazareth n’ont plus besoin de rien ; ils ont neutralisé leur désir !

Au début de cette mission, il y a comme un étonnement, un découragement, une hésitation peut-être !
« II ne pouvait faire là aucun miracle ; pourtant il guérit quelques malades »
.

Jésus entre peu à peu dans sa mission, confiant au Père.

Il sait aussi que, dans ce village, quelqu’un est là, Marie, sa mère, dont le cœur veille ! Elle vit cette attente active et fragile des premiers pas du Royaume, comme elle veillait sur les premiers pas du nouveau-né ! Elle se souvient des paroles du Cantique des Cantiques :
« II faut que je me lève et que je fasse le tour de la ville ; dans les rues et les places, que je cherche celui que j’aime ».

Fr. Maurice GOUTAGNY

(Publié dans « Présence Mariste » n°138, janvier 1979)