Pontmain (5/5) : Le message de la Vierge

Un appel pressant à la prière

Parler aujourd’hui d’une apparition semble une gageure. Notre époque se sent fort peu portée à admettre le miracle, elle se méfie de tout phénomène d’exception. Comme si cette intrusion du surnaturel dans nos vies bousculait nos raisons pseudo-scientifiques…
Comme si nous redoutions un arrachement à nos réalités terrestres. Et pourtant, à Pontmain, Marie ne vient pas flatter nos rêveries sentimentales mais nous inviter à une authentique conversion. Car Pontmain n’est pas un beau conte féerique pour enfants bien sages, une image d’Epinal extraite d’un album poussiéreux édité au siècle dernier.

Certes, la Vierge s’est adressée jadis à quelques privilégiés, dans le ciel de Mayenne. Mais, par leur truchement, elle nous transmet un message dont l’actualité dépasse les frontières et défie le temps. Au lieu de nous gausser, comme Jean Guidecoq, l’ahuri au foulard de soie, si nous méditions les profondes leçons de la Vierge aux étoiles ?

La prière…

« Mais priez ! », écrit Marie. Comme si elle voulait nous redire :
« Sortez donc de vous-mêmes, levez vos regards vers Celui qui vous sauve ! Priez, admettez une fois pour toutes votre néant. Placez Dieu au cœur de votre action ».

Nous connaissons trop bien cette exhortation de la Vierge. Pourtant, interrogeons-nous : quelle place occupe la prière dans nos vies ? A la rigueur, nous n’avons pas encore totalement évacué la prière vocale. Pour nous, prier, c’est surtout parler ! C’est même nous étourdir de mots qui nous donnent l’illusion d’avoir rencontré Dieu. Bien sûr, à Pontmain, invocations et cantiques ont existé. Mais ils ont été entrecoupés de longs moments de silence et de contemplation. Marie elle-même a prêché d’exemple. Pendant trois heures, elle n’a rien dit. Mais quelle intensité d’union à son Fils crucifié, quelle méditation bouleversante…

Et nous qui fuyons le silence comme si nous avions peur de la transcendance de Dieu, peur de notre vide intérieur ! Nous croyons porter le Seigneur à nos frères alors que, pleins d’illusion, nous nous agitons seulement dans un activisme creux.

personnelle…

Prions ! Selon l’esprit de Pontmain, car, évidemment, il ne nous viendrait pas à l’idée d’employer la même formulation. Avons-nous réalisé que la louange divine occupe, chez ces humbles, une part essentielle ? Ils chantent les grandeurs de Dieu et de sa Mère. Ils expriment leur foi, leur espérance, leur repentir, au lieu de gémir sur la rigueur du temps et les misères de la guerre…
La prière est tout de même autre chose qu’un distributeur automatique de grâces temporelles, elle dépasse le cadre étriqué de nos demandes intéressées. Chez nous, est-ce le cas ?

…et communautaire

Prions aussi communautairement. La liturgie improvisée de Pontmain est un modèle du genre. Elle implique une participation active de tous, sur ce point, où en sommes-nous ? Savons-nous encore chanter, répondre, écouter une homélie, méditer la parole de Dieu, offrir nos services pour une lecture liturgique ou même, tout bonnement, occuper, dans nos églises, les premiers rangs étrangement déserts ?

L’Espérance :

« Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher ».
Oui, Dieu répond toujours à nos appels, il agit constamment par son Esprit au cœur de son Eglise. Pas pour nous apporter des solutions faciles ni pour accéder à nos caprices, mais pour nous aider à chercher, à lutter, à grandir. A travers les soubresauts de notre monde en mutation, il nous faut progresser et non gémir en remâchant un pessimisme anti-chrétien. Nous déplorons la perte de tant de structures sécurisantes… Tant mieux si le Seigneur vient bouleverser nos embourgeoisements et nous rappeler que « nous n’avons pas, ici-bas, de demeure permanente ».

Peuple de Dieu en marche, nous devons cheminer ensemble « au devant de l’Epoux qui vient ». Trop de chrétiens, aujourd’hui, souffrent d’une crise d’espérance. Ils se comportent comme si l’Esprit Saint avait cessé de s’intéresser à l’édification du Royaume. Cette attitude est scandaleuse. La Vierge de Pontmain redit aux désabusés de lever les yeux vers le ciel, d’où leur vient le secours, mais aussi de se mettre résolument à l’œuvre pour transformer le monde.

Une Dame couronnée d’étoiles :

« Un grand signe parut dans le ciel : une Dame couronnée d’étoiles… criant dans les douleurs de l’enfantement ». (Apocalypse, XII). Cette vision de saint Jean, Marie vient la reproduire, nous rappelant qu’elle met au monde, dans les souffrances de sa compassion, les frères de Jésus, ceux qui forment, avec lui, le Christ total.

Dès le début, les villageois ont deviné la présence de la Vierge. Bien avant qu’elle ne se révèle en traçant, au milieu des constellations : « Mon Fils se laisse toucher ». Aussi leur prière, tout naturellement, passe par Marie. Dans quelle mesure agissons-nous de même ? N’aurions-nous pas trop oublié Celle que le Concile a saluée comme la Mère de Dieu et la Mère des Hommes, Celle qui constitue — avec son Fils, bien sûr, et à un niveau différent — le trait d’union parfait, indispensable, entre le ciel et la terre ?

Présence…

Notre-Dame de Pontmain se tait mais elle est là. Non contente de présider la liturgie du soir, elle l’anime, elle l’inspire, comme jadis au Cénacle. Pas pour attirer les cœurs vers elle, mais pour les tourner vers son Fils, ainsi qu’elle le fit à Cana. Vierge accablée de tristesse, elle porte la croix, nous la présente, nous engage à contempler son Enfant mort et ressuscité qui nous sauve. Elle nous invite à méditer sur le sens du péché et de la souffrance. N’est-ce pas aussi nos douleurs humaines quelle sanctifie en les unissant à celles de son Fils ?

… souriante

Notre-Dame de Pontmain sait également sourire. Non pas d’un rire fat, artificiel, celui de nos vedettes minables. L’expression céleste de son visage captive les enfants et se transmet, telle une onde radieuse, à tous les témoins de la nuit merveilleuse. Vision d’un au-delà, si propre à dérider nos fronts rembrunis ! Marie sait que Dieu passe, porteur de salut. Elle nous incite à croire.

« Vierge drapée d’étoiles, toujours présente au monde d’aujourd’hui,
enseignez-nous à prier en esprit et en vérité.
Cause de notre joie, raffermissez notre espérance.
Toute-Puissance suppliante, aidez vos enfants à mieux saisir votre rôle maternel.
Notre-Dame de Pontmain, inlassable visiteuse d’une terre qui ne saurait se passer de Dieu, donnez-nous votre Fils ».

Fr. Bernard DESCROIX

(Publié dans « Voyages et Missions » n°112, janvier-février 1972)