Dans un monde qui change retrouver le sens du politique

PM 290 logo Les évêques nous rappellent que les catholiques ne peuvent se désintéresser de ce qui touche à la vie en société, la dignité et l’avenir de l’homme. Ils nous invitent à prendre part aux débats politiques. (Présence Mariste n°291, avril 2017)

Marie Agnès Reynaud
Marie Agnès Reynaud

Par le texte « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique » paru en octobre 2016, Le Conseil Permanent de la Conférence des évêques de France s’adresse « aux habitants de notre pays », à ceux qui habitent la France, c’est-à-dire à tous ceux qui forment la société française.

Pourquoi prendre la parole ?

Les évêques nous rappellent que « les catholiques, citoyens à part entière, ne peuvent se désintéresser de ce qui touche à la vie en société, la dignité et l’avenir de l’homme ».
Ils nous invitent à prendre part aux débats politiques qui se dérouleront en 2017 et à réfléchir « aux enjeux qui paraissent engager notre avenir de façon déterminante ».
Pour nous aider dans notre réflexion, ils nous proposent dix points d’attention.

1 - Retrouver le politique

La politique ou le politique ? Les évêques ne font pas de la politique, ils ne donnent pas de consignes de vote ! Si la politique est l’exercice du pouvoir donné à quelques-uns par le vote des citoyens, le politique concerne chacun de nous : « Notre société, et plus largement toute vie en commun ne peut pourtant pas se passer du politique […] qui affirme l’existence d’un « nous » qui dépasse les particularités ; il définit les conditions de la vie en société, […] Il établit des choix basés sur la recherche du bien commun et de l’intérêt général. Il doit trouver son fondement dans un véritable débat sur des valeurs et des orientations partagées »

Document épiscopat

2 - Une société en tension « Nous vivons dans une société sous tension permanente » : les évêques nous rappellent que chacun doit être responsable de ce que sa parole produit, et veiller sur sa liberté et sa capacité de jugement personnel face au poids des réseaux sociaux et des médias sur notre manière de penser.

3 - Ambivalences et paradoxes

La France a besoin de réformes, mais il est difficile de s’accorder sur les transformations à mettre œuvre parce que le bien commun qui devrait être le point de mire semble difficile à cerner.

5 - Différence culturelle et intégration

Il convient pour l’avenir de notre société de définir ce que c’est d’être citoyen français, et de promouvoir une manière d’être ensemble qui fasse sens.

6 - L’éducation face à des identités fragiles et revendiquées

La famille comme l’école doit transmettre à chaque jeune les éléments nécessaires à son insertion dans une communauté humaine multiculturelle.

Réhabiliter la Politique

Le 23 mars 1999, la Commission sociale de l’épiscopat français a rendu publique la Déclaration « Réhabiliter la politique ».
Voici quelques lignes tirées de la partie II : Finalité de la politique.

Nous affirmons que la politique est essentielle : une société qui la mésestime se met en péril. Il est urgent de la réhabiliter et de repenser en tous domaines (éducation, famille, économie, écologie, culture, santé, protection sociale, justice…) un rapport actif entre la politique et la vie quotidienne des citoyens.

L’organisation politique existe par et pour le bien commun, lequel est plus que la somme des intérêts particuliers, individuels ou collectifs, souvent contradictoires entre eux. Il comprend l’ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s’accomplir plus complètement et plus facilement.

Aussi doit-il être l’objet d’une recherche inlassable de ce qui sert au plus grand nombre, de ce qui permet d’améliorer la condition des plus démunis et des plus faibles. Il se doit de prendre en compte non seulement l’intérêt des générations actuelles, mais également, dans la perspective d’un développement durable, celui des générations futures.

4- Un contrat social à repenser

Nombreux sont ceux qui ne se sentent plus partie prenante de cette société dans laquelle ils ne trouvent plus leur place. Il faut donc inventer un mode de vie, un nouveau « contrat social » qui prennent en compte les évolutions du monde.

7 - La question du sens

Le politique ne peut échapper à la question du sens : quelles sont les aspirations les plus profondes de l’être humain ? Chacun doit participer à ce débat et aux choix qui font tenir ensemble un pays.

8 - Une crise de la parole

« Il n’y a pas de projet durable qu’élaboré dans un rapport de dialogue. La politique est donc un lieu essentiel de l’exercice de la parole. […] . Le débat est ce lieu privilégié où des affirmations diverses, parfois adverses, sont travaillées les unes par les autres ».

9 - Pour une juste compréhension de la laïcité

« La laïcité signifie la séparation de l’institution religieuse et de l’institution politique. L’Église ne commande pas à l’État, l’État ne commande pas à l’Église ». « La laïcité de l’État doit permettre à tous, croyants de toutes religions et non-croyants, de vivre ensemble ».

10 - Un pays en attente, riche de tant de possibles

« Retrouver la vraie nature du politique et sa nécessité pour une vie ensemble » est « le travail et la responsabilité de tous ». Les nouvelles questions d’aujourd’hui […] peuvent se révéler une chance pour nous de dire quelle société nous voulons ».   Pour conclure, les évêques nous rappellent que « Chacun, à son niveau, est responsable de la vie et de l’avenir de notre société » et ils nous exhortent à nous engager.

Marie Agnès REYNAUD
PAROLES DE PAPE

Extraits du Discours du pape François lors de la remise du prix Charlemagne 2016

Pape François

« Je crois que la politique en général, la grande politique, s’est de plus en plus dégradée dans la petite politique. Non seulement dans la politique partisane dans chaque pays, mais les politiques sectorielles sur un même continent ».

« Il manque de ces grands hommes politiques qui pouvaient sérieusement s’impliquer pour leurs idéaux et ne craignaient ni le dialogue, ni la lutte, mais continuaient, avec intelligence, le charisme propre de la politique ».

« La politique est l’une des formes les plus élevées de la charité ».

« Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ? Que t’est-il arrivé, Europe terre de poètes, de philosophes, d’artistes, de musiciens, d’hommes de lettres ? Que t’est-il arrivé, Europe mère de peuples et de nations, mère de grands hommes et de grandes femmes qui ont su défendre et donner leur vie pour la dignité de leurs frères ? ».

(Publié dans « Présence Mariste » n°291, avril 2017)