À la suite de saint Paul : faire « Églises »

Saint Paul, fondateur de communautés de croyants : un modèle à suivre ! (Présence Mariste N° 261, octobre 2009)

Des prédicateurs, évoquant Pierre et Paul, les qualifient souvent de « colonnes de l’Église ». L’année paulinienne (par le biais d’articles, conférences, rencontres) a permis de cheminer sur les pas de Saint Paul. En quoi, avec qui et comment l’Apôtre des Nations a-t-il contribué à l’édification de la communauté des croyants ?
Fresque de saint Paul à l'entrée de l'église du baptistère de Lydia (Philippes)
Fresque de saint Paul à l’entrée de l’église du baptistère de Lydia (Philippes)

Damas !
Le pharisien zélé, persécuteur des disciples du Nazaréen, fait l’expérience du Christ ressuscité. À la lumière de cet événement, Saul relit sa vocation : « Il a été choisi, dès le sein maternel, par Dieu qui lui révèle son Fils pour l’annoncer aux Nations. »… mission prophétique, s’il en est une ! Paul restera discret sur la formation qu’il a pu recevoir à Damas ou à Antioche ; l’expression « ce que j’ai reçu de la tradition » trahit toutefois cet apport des disciples.

La vocation en vue de la mission !
À l’appel de l’Esprit, Barnabé et Paul sont envoyés par la communauté d’Antioche vers Chypre, la Pisidie et la Galatie. Saul (devenu Paul) réalise de plus en plus que l’ouverture aux Nations correspond à la mission qui lui a été confiée à Damas…

Vue des remparts de Thessalonique
Vue des remparts de Thessalonique


Deux autres voyages suivront, qui élargiront l’espace de la mission à l’Europe. Il est bon de remarquer que Paul n’agit pas seul : les collaborateurs changent, mais l’objectif demeure. Si les séjours à Philippes, puis à Thessalonique paraissent brefs ; ailleurs, Paul ne fait pas que passer : il prend le temps d’annoncer, d’affermir la foi soit oralement, soit par écrit… Il cherche à se faire tout à tous. Sans souscrire à des accommodements de circonstances, il ne retranche rien au Message reçu et l’adapte aux auditoires variés. Il saura transposer dans la culture hellénique des notions propres au judaïsme : serait-il précurseur en matière d’inculturation ? Enfin, il reste en lien avec la communauté apostolique de Jérusalem : lors de l’Assemblée en cette ville, il reçoit l’aval quant à son Évangile, il se voit confirmer dans sa mission auprès des Gentils et tient à vivre la « communion » avec tous ceux qu’il a rencontrés.

Baptistère où Lydia fut baptisée (Philippes)
Baptistère où Lydia fut baptisée (Philippes)

Fondateur de communautés !
Paul est convaincu que le Christ l’a envoyé annoncer l’Évangile. De cette annonce peut naître la foi. Alors, voient le jour des groupes de croyants. L’Apôtre choisit d’appeler « églises » (ekklèsia) ces premières communautés : tous ces croyants ne sont-ils pas, de fait, appelés par le Seigneur, justifiés par la foi en Christ et libérés par le baptême ?
« Églises » au pluriel ; en effet, les communautés diffèrent. Paul et ses collaborateurs ne sont pas à l’origine de toutes ces « églises ». Il faut tenir compte des régions parcourues par les Douze. Paul évite de développer une mission sur des terrains où œuvrent déjà d’autres Apôtres.

Corinthe : vue générale du Béma d'où le procurateur Gallion jugea saint Paul
Corinthe : vue générale du Béma d’où le procurateur Gallion jugea saint Paul


Contrairement à ce que l’on peut lire parfois, Paul n’a pas fondé l’Église, mais des « églises ». (Il faudra attendre la fin du IIe siècle, voire plus tard, pour que le terme Église, au singulier, désigne l’ensemble des chrétiens).
« Églises » ou Église plurielle (pour reprendre une expression à la mode). Plurielles, ces communautés le sont sur le plan ethnique (chrétiens d’origine juive, croyants issus du paganisme), sociologique (esclaves ou libres), et par le maintien d’anciennes prescriptions ou l’adoption de nouvelles pratiques. Même les communautés pauliniennes paraissent hétérogènes. L’Apôtre n’aura de cesse à veiller à l’unité au sein des églises qu’il a fondées ; Corinthe en est un bon exemple.

Ministères – services
Paul n’agit pas seul ! Parmi ses collaborateurs, certains, par l’imposition des mains, sont « ordonnés » ; toutefois, Paul compte énormément sur les laïcs. Ce sont eux qui étoffent les premières communautés. Le rôle des « maisonnées » n’est pas négligeable (chez Philémon, ou à Corinthe) quant à la diffusion du christianisme. Prisca et Aquila complètent la formation catéchétique d’Apollos et de ses amis. Des scribes rédigent les lettres que Paul avait l’habitude de dicter (Tertius, Sosthène ?).

Depuis l'acropole d'Athènes, vue sur le rocher de l'Aréopage d'où saint Paul s'adressa aux Athéniens
Depuis l’acropole d’Athènes, vue sur le rocher de l’Aréopage d’où saint Paul s’adressa aux Athéniens

Ces lettres sont destinées à être proclamées et commentées ; là encore des laïcs devaient intervenir.

Dans les assemblées, les fidèles participent, au point que l’Apôtre leur conseille de modérer leurs interventions si celles-ci ne sont pas interprétées. Enfin, la solidarité financière témoigne à sa façon de la communion entre les communautés originaires des nations et la communauté de Jérusalem. Paul utilise à l’occasion l’expression « ceux qui ont peiné dans le Seigneur » pour dire sa reconnaissance aux hommes et aux femmes qui l’ont aidé dans sa mission. Il a su s’entourer de nombreuses collaboratrices : Prisca qui veille à l’approfondissement de la foi, Chloé qui l’informe des désordres au sein de la communauté de Corinthe ; Phoebe « ministre » de l’Église de Cenchrées, protectrice de bien de gens, etc. Simple constatation qui invite à relativiser ou nuancer certaines critiques à l’égard de l’Apôtre.
Dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul développe l’image du « corps » avec le binôme antithétique diversité/unité (plusieurs membres, mais un seul corps !). Il rappelle que les charismes sont des dons de l’Esprit en vue de l’édification de la communauté.

Aujourd’hui encore, l’œuvre de construction de l’Église se poursuit. Il est vrai que nos pays de vieilles chrétientés enregistrent une raréfaction des vocations sacerdotales ou religieuses.

Aussi, les laïcs sont-ils de plus en plus sollicités. Ils ne peuvent être réduits à pallier la carence des ministres ordonnés ou le manque de personnes engagées dans la vie consacrée. Ils ont un service, un « ministère » qu’il convient de redécouvrir, d’approfondir avec l’éclairage de Lumen Gentium.

Il est temps que s’atténuent et disparaissent les blocages, fruits d’un conservatisme désuet. Aujourd’hui comme hier, l’Apôtre des Nations qui a eu l’audace de prendre des initiatives en matière d’ouverture nous redit : « Laissez-vous guider par l’Esprit ».

Frère Georges CELLIER
(Publié dans Présence Mariste N° 261, octobre 2009)