Politique et finance

PM 290 logo Aujourd’hui, les 28 plus grandes banques mondiales contrôlent l’ensemble de l’économie mondiale. Pour chaque citoyen que nous sommes, n’avons-nous qu’à nous déclarer impuissants ? (Présence Mariste n°291, avril 2017)

Les rapports entre la finance et le politique ont toujours existé ! Mais les cercles financiers ne sont-ils pas devenus les véritables lieux de décisions politiques ?
André Harreau
André Harreau

L’économie et la Finance ont toujours fasciné. Elles attirent l’élite des diplômés des Grandes Écoles et Universités. Depuis la révolution industrielle, l’Économie est passée de l’ère de l’industrie, à celle du commerce, et maintenant à celle de la finance (on parle de l’industrie de la finance). Autrefois un polytechnicien faisait carrière dans les grands corps de l’État ou dans le monde industriel et commercial ; aujourd’hui, il est recruté (à prix d’or !), par les grandes banques, en particulier pour leurs services de trading, c’est-à-dire le lieu où les employés sont de vrais joueurs professionnels, encouragés à prendre des risques avec l’argent de leur entreprise, dans des parties stressantes de spéculations sur toutes les monnaies et valeurs mobilières présentes sur les marchés boursiers. L’affaire Kerviel a fait connaître au grand public ce métier.

Les responsables de la finance et de la politique font partie du même monde et passent volontiers de l’un à l’autre ; le scandale de Barroso, ancien Président de la Commission européenne, recruté par Goldmann Sachs, une des plus grandes banques mondiales, en est une illustration exemplaire.

Aujourd’hui, les 28 plus grandes banques mondiales (dont 4 françaises), contrôlent l’ensemble de l’économie mondiale : le total de leur bilan est du même montant que le total des dettes de tous les états du monde. On trouve assez facilement quantités de tels chiffres aberrants et accablants, en particulier dans un livre que je recommande : L’HYDRE MONDIALE de François Morin.

Comment en est-on arrivé là ?

L hydre mondiale

Brièvement, à partir des années 70, Reagan et Thatcher arrivent au pouvoir aux USA et au Royaume Uni, et les tenants d’une économie libéralisée obtiennent peu à peu une complète liberté de circulation des capitaux, au niveau mondial. Ils persuadent les uns après les autres tous les responsables politiques et économiques, qu’ainsi, cette économie apporterait au monde entier la richesse et résorberait peu à peu les poches de la misère.

Jouant à fond sur la peur du socialisme, tous ces responsables ont réussi à imposer l’idée que la meilleure façon de lutter contre le chômage, est de laisser les entreprises créer des emplois grâce à l’efficacité d’une finance mondialisée, complètement libres de gérer, à leur guise l’Économie. Il est très surprenant et inquiétant que la grave crise dite des « subprimes » en 2008, n’y ait à peu près rien changé !

La finance omniprésente

Ces fameuses 28 banques, quoique concurrentes entre elles, savent s’entendre illicitement pour défendre leurs intérêts. Par exemple, auprès des parlementaires européens, vivent, en permanence, et très officiellement, 400 « lobbyistes » salariés de ces banques. Face à cette « armée », les ONG, proposant une autre organisation de l’Économie et de la Finance, n’ont que quelques experts présents aussi à Bruxelles.

Ce sont les lobbyistes de BNP-Paribas, Société Générale… ("fleurons" des multinationales françaises…) qui ont persuadé notre gouvernement socialiste de ne pas accepter la réforme proposée par la Commission européenne de séparer juridiquement les activités de banque de dépôt de celles de banques dites d’affaires, spéculant sur les marchés ; proposition destinée à éviter que les États ne soient contraints à nouveau de renflouer ces banques en cas de nouvelle crise.

Pour chaque citoyen que nous sommes, n’avons-nous qu’à nous déclarer impuissants ? N’avons-nous rien à faire ? Nous pouvons faire beaucoup plus que nous croyons ; de nombreuses actions et mobilisations citoyennes existent : informons-nous !

André HARREAU
(Publié dans « Présence Mariste » n°291, avril 2017)