Frère André Bardyn

« Au service de l’enseignement pendant 47 ans, voici ce que cette période m’inspire comme réflexions. » (« Présence Mariste » n°243, avril 2005)

Je suis né en 1928 dans le Béarn au chef-lieu de canton dénommé Lasseube. Le curé de la paroisse et un oncle de ma mère, prêtre, vinrent à la maison. Ma mère les reçoit mais moi, je m’éloigne d’eux et préfère jouer dans les prés.

Quelques temps après, un Frère Mariste passe. Ma mère (nous étions 9 enfants) me demande : veux-tu aller au Juvénat ? Non, lui répondis-je car je suis très bien ici. Six mois après, à la même question je lui répondis oui, et elle commença à préparer mon trousseau. Sur ces entrefaites, ma mère meurt : ce qui hâta mon entrée au Juvénat, à Mazères, près de Pau.

La vie mariste.

A Mazères, les Frères, tous anciens missionnaires du Brésil forment une équipe joyeuse et fervente, un vrai paradis sur terre. En 1941, j’arrive au Juvénat de La Valla où je suis bien accueilli avec mon accent chantonnant du Sud-Ouest.
Frère Marie Désiré en est le directeur. « C’est un saint, un ascète », dit-on. Frère Colombat le remplace en 1942, il est jovial, dynamique ; il devine nos problèmes d’adolescents. C’est ensuite le noviciat et le scolasticat à Notre-Dame de l’Hermitage, où je côtoie Frère Henri Vergès .

En 1947, pour ma première année d’enseignement, 35 élèves sont inscrits au C.P. A Noël, épuisé, j’écris à mon père mon désir de travailler la terre comme lui. Mes confrères compatissants me remontent le moral et je termine l’année scolaire plutôt bien que mal. Après le service militaire, j’enseigne 3 mois en 6e à Charlieu, puis je pars pour 3 ans en Haute-Loire enseigner en CP en CE1-CE2.

C’est ensuite les cours de la faculté catholique de Lyon, et un certain nombre de remplacements dans diverses communautés. En 1956, je pars pour 15 ans en Ardèche.

Comme ma ferveur primitive allait s’affaiblissant, la rencontre avec le Mouvement Focolarino me fit remonter la pente et retrouver le bien-fondé du Charisme de Marcellin Champagnat.
En 1972, je reviens dans la Loire pour 26 ans à La Valla en Gier.

Au service de l’enseignement !

47 ans, ça compte dans une vie. ! Aussi voici ce que cette période m’inspire comme réflexions.

Ayant parcouru les 3 départements voisins que sont l’Ardèche, la Loire et la Haute-Loire, j’ai découvert que les écoliers ardéchois sont joyeux, les haut ligériens réservés et les ligériens plutôt expansifs ! De plus, dans les moments difficiles, et il y en a toujours dans le monde éducatif, se rappeler ce verset du Psaume : quand le pauvre crie, Dieu entend ou ce proverbe :A brebis tondue, Dieu mesure le vent !.

Notre maître du Noviciat était un excellent organiste.

  • Oh !comme il joue bien, dis-je à Frère Colombat,
    avec quelle dextérité, il manie ses doigts sur les différents claviers !
    Je serai incapable d’en faire autant, même après des siècles d’exercices.
  • Toi, c’est sur le clavier de l’éducation que tu joues bien. Tes élèves, tu peux les émouvoir, leur affiner l’esprit, les conduire sur le bon chemin,
    me dit-il pour m’encourager.

De fait, avec Maurice, Henri Sylvain et tous les autres, nous avions prise sur les élèves et malgré nos insuffisances, nous composions avec eux une magnifique Symphonie : ils étaient contents d’être auprès de nous.

Puisque nous parlons musique, pour nous ramener à l’humilité, Basilio nous racontait cette histoire :
« Un fabricant de violons vendait ces instruments sur la plus grande place de la ville ; il ne savait guère en jouer. Vint à passer un violoniste célèbre qui demanda la permission d’en essayer un. Il en tira une mélodie si extraordinaire que tous les gens l’applaudirent.
En éducation ou dans le domaine spirituel, nous sommes comme de pauvres diables avec de mauvais violons. Si un violoniste de grand talent, l’Esprit Saint, prend l’archet et se met à jouer …quelle différence ! Tout dépend qui joue du violon ! »

Frère André Bardyn


(Publié dans « Présence Mariste » n°243, avril 2005)