Vocation : Au service de tout homme et de tout l’homme.

Relire sa vie - Vivre sa charité - Servir la vérité - Se laisser habiter par l’amour de Dieu. (« Présence Mariste » n°243, avril 2005)

Rendre compte de l’espérance qui est en nous.

« Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous, »
peut-on lire dans la première épître de Pierre. En ce début de XXIe siècle, devant la perte d’audience de l’Eglise dans le monde occidental, devant l’indifférence ou, au contraire, un retour du religieux plein d’ambiguïtés, comment vivre et témoigner de cette espérance chrétienne dont parle Pierre ?

C’est la grande question de l’Eglise d’aujourd’hui, de la communauté chrétienne toute entière, des prêtres, des religieux et des acteurs pastoraux. Quel est l’apport spécifique des chrétiens à la construction de la société humaine moderne ? Comment les appels du monde peuvent-ils entraîner un renouvellement de notre vocation chrétienne ?

Le spirituel refait surface aujourd’hui…,,

mais il semble largement échapper aux Eglises et autres grandes institutions religieuses. L’une des conséquences est l’apparition d’un véritable « marché du psycho-spirituel » qui s’ouvre tous azimuts et à l’intérieur duquel il est bien difficile de se retrouver. Parmi les critères de discernement en ce domaine, il y en a un qui a beaucoup de prix : quel est le sens de l’homme qui est véhiculé par les spiritualités proposées ? C’est sur ce terrain du « sens de l’homme et de sa destinée » que l’apport de la Bible, de l’Evangile en particulier, apparaît comme un trésor de vie et de liberté pour le monde moderne.

Sens de l’homme et de sa destinées.,

En résumé, la Bible nous dit que l’homme existe vraiment quand il vit au souffle du Créateur, dans une relation d’amour et d’alliance avec Lui, ce qui se traduit dans des relations vraies entre l’homme et la femme, avec les autres et avec le monde qui est confié à l’homme par Dieu.

St Thomas d’Aquin parlera ainsi de l’homme « capable de Dieu », capable de recevoir son amour et de lui répondre librement. Ce chemin de liberté et de libération de l’homme passe par bien des « seuils ». La Bible en propose trois essentiels, très éclairants pour notre vie personnelle et collective :

  • l’Exode, ou le passage de la servitude à l’apprentissage de la liberté,
  • l’Exil ou la traversée de l’échec,
  • et, comme sommet, la Pâques du Christ, victoire de l’amour plus fort que la mort.

L’homme vient de Dieu et va vers Lui à travers les méandres de l’existence, au gré d’une liberté qui peut lui faire dire « non » à Dieu, qui peut aussi lui permettre d’apprendre le pardon grâce à un amour qui ne se satisfait pas du péché de l’homme et ouvre toujours un horizon étonnant d’alliance et de participation à la vie même de Dieu.

Cette prodigieuse destinée est aux antipodes du fatalisme et ouvre un chemin de croissance réaliste qui ne gomme aucune ambiguïté humaine, aucune tentation d’idolâtrie, mais permet un chemin de responsabilité et de liberté pour le plus petit d’entre les humains. Il serait bien étonnant que de telles perspectives n’intéressent pas notre société en quête de sens ! En voici quelques illustrations concrètes.

Relire sa vie.,

Permettre à l’homme moderne de relire sa vie à la lumière de l’Evangile pour y trouver du sens et faire des choix reste d’une étonnante actualité. Je le constate souvent en côtoyant notamment des jeunes en recherche du sens de leur vie ou des quadragénaires désireux de réussir la deuxième partie de leur vie en franchissant le gué de l’existence, après bien des moments forts et des moments difficiles au niveau affectif et professionnel.

Je pense à ces cadres d’entreprise qui cherche un sens à leur métier car ils ne peuvent se contenter d’une vie matérielle sans véritable relief. Je pense aussi à ces jeunes en école qui galèrent dans une grande solitude et en quête de repères et de reconnaissance.
Comme pour Zachée, le jeune homme riche, la femme adultère, le centurion ou le lépreux de l’Evangile, n’y a-t-il pas aujourd’hui à proposer des chemins de rencontre du Christ qui saisissent une vie, la bouleverse et l’ouvre en profondeur à l’avenir ? Quand je vois la soif de connaître le Christ des « recommençants à croire », je me dis qu’il peut y avoir contagion, pourvu que nos approches servent l’homme et tout l’homme, dans une foi chrétienne incarnée et pleine d’Esprit.

Vivre la charité.

Vivre et proposer la charité évangélique, au cœur des enjeux de la société d’aujourd’hui, est un chemin royal pour « devenir soi ».
Dans une société qui cultive le bien être, qui cherche une liberté et une fraternité réelles, dans laquelle l’humanitaire a pris une place importante, le chemin de l’Agapé de l’Evangile est d’une étonnante fraîcheur.
Ce n’est pas pour rien que l’abbé Pierre est en tête du hit parade des personnalités françaises !
« Tout ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faîtes » :
pas nouveau me direz-vous ? Pourtant, comprendre que spiritualité et solidarité sont étroitement liées reste d’une radicale nouveauté pour la vie et la foi ! Je me souviens de Xavier Le Pichon, grand professeur au collège de France, racontant comment il avait appris la vraie vie évangélique à l’arche de Jean Vanier où il a vécu 25 ans tout en continuant son travail de professeur ! Tout cela ne participe-t-il pas à
« signifier que la vie est plus forte que la mort » !

Servir la vérité.

Participer au dialogue entre foi et raison.
Le service de la Vérité dont parle Jean Paul II dans l’encyclique « Fides et Ratio » me paraît de plus en plus essentiel dans la quête de liberté de nos contemporains. Je pense bien sûr au dialogue science et foi, aux grandes questions d’éthique devant les progrès de la génétique notamment, ou aux nombreuses questions venant du monde de la santé, comme l’euthanasie.

Il est de plus en plus fréquent que des chrétiens soient sollicités par des organismes de formation en médecine pour venir parler d’éthique, de sens de l’homme, de dignité humaine, comme si la société d’aujourd’hui, au plus fort de son potentiel scientifique et technique, prenait conscience du besoin fondamental d’avoir un sens de l’homme qui éclaire les décisions difficiles et l’avenir.

L’Evangile : Trésor de Vie et de Liberté pour les hommes d’aujourd’hui.

Devant les questions liées à la mondialisation, la mise à disposition de la doctrine sociale de l’Eglise peut fortement éclairer les débats. Devant la montée de l’ésotérisme, devant le retour de fondamentalismes dangereux et anti-évangéliques, mais aussi devant la soif de comprendre et d’unifier sa vie, la nécessité d’une intelligence de la foi, à la lumière de « Jésus, homme libre », est plus que jamais d’actualité.

Se laisser habiter par l’amour de Dieu.,

Manifester la tendresse de Dieu aux femmes et aux hommes de notre temps, notamment ceux qui soufrent dans leur cœur et/ou dans leur corps, pour permettre à chacun de découvrir qu’il a du prix et qu’il est habité d’une Présence constitue une vocation toujours aussi appelante.

C’est à partir de notre appartenance renouvelée à la personne Christ, notre attachement à Lui, que nous pourrons trouver ensemble de nouveaux chemins pour annoncer Jésus-Christ.
C’est à partir de la personne du Christ qu’une anthropologie toujours moderne pourra être proposée à tous ceux qui cherchent un sens à leur vie, afin que nous devenions ensemble des êtres responsables qui vivent concrètement ce que dit le psaume 83 :
« Heureux les hommes dont le Seigneur est la force, des chemins nouveaux s’ouvrent dans leur cœur. Quand ils traversent la vallée de la soif, ils la changent en sources ! »

Thierry Magnin
Vicaire général du diocèse de St Etienne,
auteur de « Devenir soi à la lumière de la science et de la Bible »,
Presses de la Renaissance, 2004


Paru dans « Présence Mariste » n°243, avril 2005