PM 304

Silence au monastère

PM304 logo 42x60

Eduquer ou s’éduquer au silence permet donc de descendre en soi-même, plus profond que les remous de surface, afin d’écouter la Parole de Dieu et notre désir profond éclairé par cette Parole. (Présence Mariste n°304, juillet 2020)

Dans toutes les traditions spirituelles
Notre Dame des Neiges
Photo:web

S’il est un point d’accord dans toutes les traditions spirituelles, c’est bien sur la valeur du silence pour avancer sur le chemin qui nous conduit à Dieu, au divin, à la sagesse. Une conviction qui, à première vue, ne va pas dans le sens de notre société contemporaine occidentale. De fait, les sciences humaines –psychologie, psychanalyse, etc.- ont mis en valeur le caractère libérateur de la parole échangée. Mais elles mettent en garde également sur les effets dévastateurs de celle-ci et dénoncent volontiers le mythe de la transparence.

On l’aura compris, qu’il s’agisse du spirituel ou du psychologique, ni la parole ni le silence n’ont valeur d’absolu. Ils sont ce que nous en faisons. Tant l’une que l’autre peut se révéler un lieu de structuration, de joie ou un enfer. Tant l’une que l’autre peut susciter un attrait ou des peurs. Autant dire qu’une éducation au silence, à la parole, à l’intériorité se révèle nécessaire. Le confinement que nous venons de vivre le manifeste à sa façon, qui nous a confronté pour certains au silence, pour d’autres à des contextes plus bruyants que d’habitude, en tous les cas à une rupture dans le mode des communications habituelles et dans le rapport que nous entretenons avec l’intérieur et avec l’extérieur.

Apprendre à faire silence
L’essentiel se dit par le silence. (Proverbe africain)

Mais le silence n’est pas qu’une affaire de contexte. Un contexte subi avec plus ou moins de bonne grâce et qui relève du silence extérieur. Il s’agit bien plutôt d’apprendre à faire silence, d’apprivoiser le silence pour le goûter et découvrir qu’il peut être habité : par Dieu, par une parole, par le frémissement de la vie, par une conscience aiguë de nous-mêmes.

St Martin du Canigou. S’éduquer au silence permet de descendre au plus profond de soi-même

La soif d’apprendre suppose la plupart du temps un attrait suscité par une expérience positive : silence né du saisissement devant la grandeur de la nature, de l’émerveillement devant la beauté d’un paysage ou d’une relation humaine, de la confrontation au mystère de la vie en présence d’une naissance, d’un décès : « Qu’est-ce que l’homme, Seigneur ? » (Ps 8).

Et ce silence contemplatif, qui est de l’ordre du don, nous incite à poursuivre. Cela étant, notre soif peut aussi se forger dans la conscience d’un manque, l’expérience d’échanges vides, la fatigue du bruit, du brouhaha ambiant.

Prière monastique

Une fois choisi le silence extérieur en limitant l’usage du portable, en optant pour une soirée sans télévision, en se retirant pour une retraite hors du contexte habituel, nous nous apercevons que notre mental est sans cesse en activité. Jean Cassien, un moine des 4e-5e siècles, compare notre esprit à un moulin actionné par les eaux, qui ne cesse de tourner. Aussi, ne nous étonnons pas d’être confrontés à nos peurs, à nos obsessions, à nos angoisses, à diverses pensées qui résonneront plus que d’habitude à la faveur du silence. Pour traverser cette étape et entrer plus avant en soi-même, dans le sanctuaire intérieur où Dieu se dit, où Dieu habite, où nous nous découvrons en communion avec nos semblables et avec la création tout entière, une préparation est nécessaire.

Donner du bon grain à moudre à notre esprit

Pour Cassien, comme pour de nombreux auteurs spirituels après lui, nous apprivoisons le silence en donnant à notre esprit du bon grain à moudre. D’où, en amont, l’importance de la méditation de la Parole de Dieu, de la répétition d’une prière simple. Cassien conseille un verset de Psaume : « Dieu, viens à mon aide, hâte-toi de me secourir » ; d’autres préfèreront la prière dite de Jésus : « Seigneur Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi pécheur ». Certains parleront aussi de la présence à l’instant sans retour sur le passé ni anticipation de l’avenir. Toutes choses qui apaisent l’esprit, le recentrent, le font entrer dans un silence intérieur.

Apprendre à faire silence - image représentant le Mont Athos
Photo : F. Jean Ronzon

L’éducation au silence passe également par la maîtrise de la parole. Non seulement, il sera indispensable d’éviter les paroles mauvaises (médisances, calomnies, injures, etc.), mais aussi les paroles vaines, c’est-à-dire le bavardage. Sans oublier que, parfois, même des propos que nous estimons bons sont à garder pour nous car inutiles ou trop liés à notre besoin de nous affirmer.

Eduquer ou s’éduquer au silence permet donc de descendre en soi-même, plus profond que les remous de surface, afin d’écouter la Parole de Dieu et notre désir profond éclairé par cette Parole. Ce qui nous permet aussi d’être davantage en mesure d’écouter nos semblables

Ainsi que le disait Isaac le Syrien (7e s.) : « Plus que tout autre chose, aime le silence. Il t’apportera un fruit que la langue est impuissante à décrire. D’abord c’est nous qui nous contraignons au silence, puis de ce silence même nous naît quelque chose qui nous attire au silence. Que Dieu te donne le goût de ce quelque chose ».

Sœur Emmanuelle BILLOTEAU
(Publié dans « Présence Mariste » n°304, juillet 2020)

Dans la même rubrique…

Mots-clés

Articles liés

Revenir en haut