Besoin de PROPHÈTES

PM 290 logo Ce qui manque le plus aujourd’hui ce sont des visionnaires. Nous en avons eu au cours de notre histoire. Mais n’attendons pas tout d’hommes ou de femmes providentiels. (Présence Mariste n°291, avril 2017)

Paul Malartre
Paul Malartre

La politique, étymologiquement l’organisation de la vie de la cité, est le lieu par excellence du discernement du bien commun et de sa mise en œuvre. Mais, conditionnée par une évolution de la société qui privilégie l’épanouissement de l’individu, la politique devient de plus en plus gestionnaire des droits de chacun.

Certes, il est de la responsabilité des politiques de régler les problèmes urgents et d’assurer les conditions d’une vie décente pour tous, avec une attention privilégiée pour les situations de pauvreté et de précarité.
Mais, en voulant répondre aux attentes immédiates des citoyens, le risque est de ne plus proposer des projets collectifs qui puissent fédérer les énergies et dégager un horizon. Comme l’ont écrit les évêques de France en octobre dernier * : « La question du sens a peu à peu déserté le débat politique ». Or le sens, à la fois signification, direction et finalité, exige que l’action politique s’inscrive dans la durée et dans une vision qui traduit une certaine conception de l’homme et de la société.

Ce qui manque le plus aujourd’hui ce sont justement des visionnaires. Nous en avons eu au cours de notre histoire : nous pensons en particulier à ces pionniers qui, au cœur de la seconde guerre mondiale, entrevoyaient lucidement qu’il faudrait, dès la fin des hostilités, construire l’Europe à partir de la réconciliation franco-allemande.

Aspiration à une autre vision d avenir

Aujourd’hui, dans un contexte très différent marqué entre autres par les défis de la mondialisation, des migrations de populations et de l’avenir écologique de la planète, nous avons grand besoin de nouveaux visionnaires qui, plutôt que d’exploiter les peurs, nous proposent une boussole pour construire, selon la belle expression du Pape François, « notre maison commune ».

Mais n’attendons pas tout d’hommes ou de femmes providentiels. Interrogeons-nous aussi sur notre responsabilité et notre engagement personnels pour faciliter l’émergence de projets politiques qui ouvrent un avenir. Interrogeons-nous sur notre manière d’être, en particulier auprès des jeunes, des artisans d’espérance.

Les prophètes, depuis la Bible, ont surgi quand des citoyens éclairés leur avaient ouvert la voie…

Paul Malartre

* « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique »

(Publié dans « Présence Mariste » n°291, avril 2017)