R.C.A. : Les Frères Maristes répondent « Présents ! ».

Les Frères Maristes débutent leur mission à Berberati (République Centre Africaine) - La découverte des lieux ( « Voyages et Missions » n°46, novembre 1957)

Au cours de la dernière année scolaire, le Frère Provincial de Saint-Genis-Laval a reçu une lettre dont extrayons le passage suivant :

« Je me réjouis beaucoup de vous voir fonder une école normale pour moniteurs dans l’Oubangui-Chari : c’est l’heure de l’Afrique et quelle magnifique réponse à l’Encyclique du Saint-Père » (Mgr Maury, Président des O.P.M.)

Ce mot de félicitations s’a-dresse aussi évidemment à tous les Frères et à leurs bienfaiteurs.

En effet, malgré la pénurie de sujets, malgré toutes les difficultés des écoles libres de France, les Frères acceptent (de nombreux volontaires se sont offerts pour la nouvelle fondation) de partir pour une région éloignée, loin de leurs confrères, loin de leur patrie, dans un climat souvent hostile, pour répondre à l’appel du Pape demandant des missionnaires pour ce continent bouillonnant de vie et en train de passer en quelques années de l’âge de pierre à l’âge atomique.

De nombreuses voix clament le besoin d’aide, de lumière des populations africaines pour s’élever à l’état d’hommes libres, d’hommes civilisés.

Comment ne pas désirer voler au secours de ces hommes ? Comment ne pas souhaiter de développer leurs magnifiques possibilités ? Comment ne pas profiter du progrès pour les amener dans le plus bref délai au bercail choisi ? Comment ne pas répondre à l’invasion du machinisme par une élévation concordante de l’âme et du corps de ces « indigènes », comme nous créatures de Dieu ?

Malgré leur couleur, ce sont des hommes ayant les mêmes dispositions, les mêmes passions que nous pour le bien comme pour le mal. Il leur a simplement manqué les Pothin , les Irénée , les Martin et tant d’autres grâce auxquels nous sommes par nos ancêtres devenus chrétiens, d’ailleurs pas toujours fidèles, hélas !

Pour répondre à l’appel du Pape

Notre reconnaissance - à l’appel même du Pape - doit actuellement se traduire par une aide directe, même si nous n’en voyons, pas nous-mêmes les résultats. Nous savons bien que Dieu bénit toujours les cœurs généreux.

Que tous les Frères, que tous nos lecteurs français ou étrangers soient heureux avec les Frères de Saint-Genis-Laval pour l’immense honneur qui leur est fait ! Les partants d’ailleurs ne seront pas des isolés dans l’Oubangui : ils auront pour voisins les Frères du Congo belge avec plus de 10.000 élèves, ceux du Nyassa dont les œuvres se développent à pas de géants, ceux du Nigeria, ceux du Mozambique, tous nos amis enfin qui les accompagneront de leurs prières et de leur aide matérielle.

Daigne Notre-Dame de la Mambéré veiller sur le premier essaim mariste appelé à seconder les Pères Capucins à transmettre le message du Christ à des populations bien disposées qui ne demandent qu’à recevoir ce message libérateur.

Le présent numéro de « Voyages et Missions » est destiné à célébrer à sa manière l’honneur qui nous échoit de répondre à une tâche magnifique : former des maîtres d’école indigènes et, par eux, préparer les moissons de demain.

Voici BERBERATI !

La station a 150 hectares. Une usine, un monde, c’est ma première impression ! Partout de la verdure, des orangers, des plantes grasses gigantesques, les fantaisistes éventails des roniers.
Comment décrire cette suite de petites ou grandes constructions en briques roses, semées sans ordre apparent autour de la case centrale des Pères ? On rencontre d’abord les cases des moniteurs, les jeunes maîtres d’école de la mission.
En face de la cathédrale, c’est la belle case des Soeurs de Massac qui se dévouent ici admirablement depuis huit ans.

Derrière la case des Pères, on découvre la case-cuisine, le poulailler. En face, un oratoire de la Vierge où chaque matin se célèbre la messe des séminaristes et catéchistes. Plus loin, de vastes hangars qui sont les garages, la menuiserie, les ateliers de mécanique, la scierie.

Puis, les écoles (un millier d’élèves), la case des W.C., la case-douche, son château-d’eau et son pigeonnier ; enfin la procure où je loge. Plus loin encore, l’étable et ses zébus. Par ci, par là, des cases de chrétiens, des cases en ruines.
Un monde, vous dis-je !

L’après-midi, je suis descendu au marigot. Ici coule une belle source claire d’où la Mission tire l’eau. Des noirs sont là qui se lavent nus sans vergogne. Je me suis promené sous les bananiers géants qui tendent vers notre gourmandise leurs régimes trop verts.

J’ai voulu mesurer du regard ces 30 hectares de caféiers

J’ai voulu mesurer du regard ces 30 hectares de caféiers, plantés depuis deux ans. Ils fournissent quelque cent tonnes de café. Le ramassage se fait à partir du début de la maturation, tous les jours. Des centaines de femmes et d’enfants parcourent la plantation cueillant les « cerises » à mesure qu’elles rougissent.
Le café, en graines rouges, de la grosseur d’une petite bille à jouer s’entasse alors en couches de 20 cm sur une aire de ciment. Peu à peu, il devient noir. Les graines sont alors passées au décortiqueur qui livre les grains de café (2 par cerise) que chacun connaît. Se doute-t-on, quand on déguste une tasse de moka au parfum généreux, qu’il a demandé tant de peine !

J’ai flâné une bonne heure dans la forêt où la scierie vient extraire ses essences d’acajou. « On n’imaginerait pas cela ! », me souffle mon compagnon. Sûrement, je n’avais pas la moindre idée de cette immense concession de Berbérati !

Il ne tient qu’aux missionnaires de bâtir sur cette cité matérielle, sur cette cité charnelle, ample , et forte la cité de Dieu !

(Publié dans « Voyages et Missions » n°46, novembre 1957)