La force des liens intergénérationnels

Grands-parents, parents et enfants donnent leur point de vue sur leurs relations au sein de la famille.

Trois générations de la même famille s’expriment à travers les grands parents, Alain et Marie Odile ; leurs enfants, Blandine et Fabien et, par les dessins, leurs petits enfants : Clothilde, Guilhem et Eloi.

PAROLES DE GRANDS PARENTS

Notre premier petit-enfant

L’après-midi était déjà bien avancée lorsque nous sommes entrés, mon épouse et moi, dans cette maternité où venait de voir le jour notre premier petit-enfant, une petite fille de 3 kg. Étouffé par l’émotion devant ce petit être qui n’avait que quelques heures et qui était la suite biologique de notre propre vie, je me suis penché sur le berceau de plexiglas pour murmurer à son oreille : « si tu savais comme on t’aime déjà ! ».
C’était il y a neuf ans. Depuis, nous avons passé le cap de la soixantaine et nos deux filles nous ont fait la joie d’avoir chacune trois enfants.

Ajouter de l’amour à l’amour

Cette introduction pour dire que le premier rôle des grands-parents me semble être d’ajouter de l’amour à l’amour des parents, de compléter un cocon affectif qui rassure l’enfant et l’équilibre dans son développement. Et cet amour, ils nous le rendent au centuple.

Dans ce cadre affectif se place le rôle historique des anciens que nous sommes, qui ont vécu différemment d’aujourd’hui (non, la TV n’a pas toujours existé, le téléphone portable non plus…) et ont pourtant connu les mêmes bonheurs et les mêmes chagrins, au gré des circonstances. Cette prise de conscience par nos jeunes peut les aider à relativiser leur confort actuel. Encore faut-il en parler sans didactisme, avec simplicité, par le simple exposé des faits.

J’espère que tu « survécuras » longtemps !

Notre âge, et plus encore celui de leurs arrière-grands-parents, quand ils ont la chance de les connaître, témoigne de la non pérennité de la vie et donc de sa valeur, du respect que l’on doit en avoir. Un des nôtres, six ans, déclarait récemment à son arrière-grand-mère : « j’espère que tu »survécuras« longtemps pour que je t’aime jusqu’à cent ans ! ».

Au sein de cette affection mutuelle se niche un rôle éducatif. Nous avons la chance immense que nos deux couples inculquent à leurs enfants les mêmes valeurs que nous avons essayé de leur transmettre. Nous sommes donc là pour enfoncer le clou : ce que papa et maman interdisent doit être sérieux puisque papy et mamie en font de même. Bien sûr, il reste quelques petites exceptions de choses permises ici et pas là-bas ; elles resteront en mémoire pour nourrir la nostalgie future (quand nous ne serons plus là pour en sourire…).

À la découverte du monde

Nous avons plaisir aussi à jouer un rôle instructif, à leur faire découvrir le monde qui les entoure, en appui des parents qui manquent parfois de disponibilité pour le faire. Ils n’oublieront pas, nous non plus, les merveilleux moments vécus lors d’un voyage en train (c’est une vraie aventure !) pour aller visiter Lyon, voir ce que pouvait bien être cette « ficelle » dont nous leur avions parlé, attendre dans la pénombre de la cathédrale St-Jean que s’anime l’horloge astronomique, applaudir aux exploits de Guignol et Gnafron, déjeuner comme des grands dans « un bouchon » du Vieux St-Jean…
Et combien de têtes blanches dans cette salle de cinéma pour suivre les péripéties de « Niko le petit renne »…
Enfin, croyants et pratiquants, nous témoignons de notre foi lorsque, un dimanche de garde, ils nous accompagnent à la messe. Certains en ont moins l’habitude que d’autres et nous nous refusons au prosélytisme dans le dos de leurs parents. Nous nous contentons de montrer un fait. Mais ils connaissent tous notre action en paroisse…

La famille, vue par Éloi Assurer le « service minimum »

Nous jouons aussi, avec enthousiasme, un rôle social incontestable. Aujourd’hui, les jeunes mamans travaillent. Une panne de nounou, une grève à l’école, un enfant malade… et voilà les grands-parents sollicités pour un « service minimum », puisque le mot est à la mode ! Nous avons de la chance, nos enfants sont installés à moins d’une demi-heure de route. Notre disponibilité a pour contrepartie le bonheur de voir nos « petits » souvent, d’aller les chercher à l’école, de donner un biberon ou préparer un repas, de faire faire les devoirs…

Il semblerait que certains grands-parents se sentent pris en otage à force d’être mis à contribution ! Pour nous, c’est une chance de pouvoir partager une partie de leur vie, de leur donner et d’en recevoir tellement d’amour. Bien sûr, cela se fait d’un commun accord avec leurs parents. Il n’y a aucune mise devant le fait accompli, mais au contraire une organisation rigoureuse et un respect mutuel des activités de chacun qui nous permet d’envisager une participation régulière aux répétitions d’une chorale liturgique, des randonnées avec un groupe d’amis, des voyages en tête-à-tête pour marquer les grands anniversaires…

L’une de nos petites-filles, grande prématurée, demande des soins et une présence importante. La maman, bien que ne travaillant pas à l’extérieur, a besoin d’être épaulée. Comment pourrions-nous envisager de la laisser confier cette petite puce à une personne étrangère quand la grand-mère est disponible et heureuse de l’être ?

Et deux pièces de plus au puzzle familial

Cette réflexion serait incomplète si nous ne soulignions pas qu’avant d’être des grands-parents, nous avons été des beaux-parents. Nous avions deux filles, nous avons vu arriver deux fils ! Car si nos filles que nous aimons ont choisi d’aimer ces deux futurs maris, nous n’avons eu aucune peine à inclure dans notre affection ces deux pièces rapportées au puzzle familial.

Le lien intergénérationnel est ainsi construit dans la continuité, la complicité, la disponibilité et un immense amour qui nous grandit tous.

Alain et Marie Odile

PAROLES DE PARENTS

Qu’attendons-nous de nos parents dans leur rôle auprès de nos enfants ?

L’immense bonheur d’une naissance

Le jour où notre première fille est née, les premiers sentiments ressentis ont bien sûr été un immense bonheur mais aussi une certaine appréhension face à ce qui nous attendait. Le deuxième sentiment a été de la joie, celle de voir combien les gens de notre famille étaient heureux de l’arrivée de notre petite Clotilde. Elle ouvrait une nouvelle génération et faisait de nos parents des grands-parents. Face à elle, ils étaient pour nous un soutien, un conseil, un relais. Mais très vite, nous avons voulu que ce rôle soit bien défini : certes, nous avions besoin d’eux, mais cela devait toujours se faire s’ils étaient disponibles. Le fait d’établir cela nous rendait libres de notre côté de demander un petit coup de main pour la garder et se libérer un peu et, d’un autre côté, de faire visiblement plaisir en la confiant à ses grands-parents qui débordaient d’amour pour elle. Guilhem a imaginé sa grand-mère
Aujourd’hui, deux garçons ont suivi et l’évolution de l’espérance de vie et des conditions de vieillesse, donnent la chance à nos enfants de pouvoir partager du temps avec leurs quatre grands parents.

Une même vision de l’éducation

En dehors de l’aide que peut représenter pour des parents le fait que les grands-parents gardent leurs petits-enfants, c’est aussi un moment de partage et d’échange hors de la maison. Nous avons la chance dans nos deux familles d’avoir les mêmes points de vue sur l’éducation des enfants. Aussi lorsque nos enfants sont chez leurs grands-parents, les règles sont les mêmes.

C’est une chose importante autant pour les parents qui ne sont pas mis en défaut aux yeux de leurs enfants que pour les enfants eux-mêmes pour lesquels il est plus rassurant et plus structurant d’avoir un même discours sur leur éducation. Il est même assez drôle de voir combien ces fameuses règles passent mieux lorsqu’elles sont dites par les grands-parents. À l’inverse, on se rend compte que nos propres parents peuvent être beaucoup plus souples sur certains points avec leurs petits-enfants qu’ils ne l’ont été avec nous !

Le rôle de transmission de la foi reste celui des parents

Au sein de cette transmission de l’éducation par les grands-parents, il y a la foi. J’imagine que dans certaines familles, les grands-parents doivent assumer ce rôle, leurs enfants plus jeunes, pris par le quotidien, le travail et peut-être par un certain manque de conviction, n’abordent pas cette question. Représentation du grand-père par Clothilde En ce qui nous concerne, ce n’est pas le cas. En effet, notre éducation chrétienne nous a tous les deux profondément marqués et surtout convaincus qu’il était de notre devoir de parents d’initier nos enfants à ces valeurs chrétiennes si importantes à nos yeux. Aussi, nous éveillons nos enfants à la foi, nous les aidons à découvrir la vie de Jésus, non pour en faire de « bons chrétiens » mais pour que dans leur vie future, ils puissent faire un choix en connaissance de cause : continuer sur le chemin de la foi pour découvrir par eux-mêmes l’amour du Christ ou ne pas suivre cet enseignement.

Le rôle des grands-parents dans ce domaine-là est donc un rôle d’accompagnement : ils ont été présents pour les baptêmes des enfants et participent parfois à certaines messes avec eux, notamment à Noël. Mais nous ne pensons pas qu’ils se sentent investis de ce rôle que nous essayons de tenir auprès des enfants.

Les grands-parents contribuent énormément à l’éveil culturel

Il est un domaine, en revanche, pour lequel les grands-parents tiennent un rôle réel de transmission : celui de la culture et de la découverte.

Nos parents sont des gens qui aiment lire, sortir (spectacles, cinéma, visites de patrimoine …) et ils ont vraiment envie de partager cela avec leurs petits-enfants. Nous devons reconnaître que ce rôle est très important pour nos enfants. En effet, si nous les éveillons au monde qui les entoure lors de discussions ou par les voyages que nous faisons avec eux pendant les vacances, il est parfois difficile au quotidien de trouver le temps pour leur éveil culturel.

C’est là que les grands-parents prennent le relais :
ils emmènent régulièrement les enfants au cinéma, à des spectacles (théâtre adapté à leur âge) ou encore au zoo.
Ils leur font découvrir certains musées, tout en respectant leurs goûts d’enfants. À chaque sortie, nous avons la sensation que le plaisir de partager ce moment est aussi fort pour les enfants que pour les grands-parents.

Blandine et Fabien
(paru dans Présence Mariste, N° 260, juillet 2009)