Bonheurs en couplets

PM287 logo Idéalisée ou critiquée, la famille est un thème souvent traité avec réalisme dans la chanson française - Au cinéma la famille est une comédie ou un drame, voire même les deux (Présence Mariste n°287, avril 2016)

Louis Marie Lacroix
Louis Marie Lacroix

« La famille ça fait partie des p’tits soucis quotidiens, mais pourtant c’est une vie qu’on aime bien »
chantait Sheila en 1967 (texte de Jacques Plante). Un peu moins de 50 ans plus tard, la chanteuse Louane, révélée par le film de Éric Lartigau, “La Famille Bélier”, chante
«  Regarde comme ta fille est faite, maman. J’trouve pas de sens à ma quête maman  ».
Idéalisée ou critiquée, la famille est un thème souvent traité avec réalisme dans la chanson française. Petit aperçu pas du tout exhaustif.

On a souvent reproché – non sans raison – à la chanson française d’être superficielle. On pense à toutes ces bluettes qui riment avec amourettes, à toutes ces chansons d’amour où l’interprète promet des fiançailles éternelles, à ces ballades des gens heureux qui ne croient pas aux lendemains qui chantent…
Plus réaliste, Catherine Ringer des Rita Mitsouko osait dire que « les histoires d’amour finissent toujours mal… en général  ».
À se demander si les auteurs de ces chansons croient à l’amour conjugal et familial.

Pères émerveillés

Heureusement, la dérision et la superficialité n’ont pas toujours été de mise. Lorsque le poète est ému, lorsqu’il est devenu père d’une fille qui s’appelle Cécile, il a su magnifier son émotion en 3’30” qui nous semblent encore aujourd’hui éternelles et universelles. Quel père de famille n’aura pas été sensible aux mots de Claude Nougaro en regrettant de ne pas les avoir écrits lui-même ?

Et te voilà et me voici, moi
Moi, j’ai trente ans, toi six mois
On est nez à nez, les yeux dans les yeux
Quel est le plus étonné des deux ?

Autre artiste qui sut dire ce même bonheur d’être père, Jacques Higelin, qui s’exclama à la naissance de sa fille Ysia, sa petite gonzesse” (qui a d’ailleurs suivi les traces de son père) :

C’est la vie
Le vingt-quatre
Neuf
Quatre-vingt-dix
Ma p’tite gonzesse a vu le jour
Dans la nuit
C’est comme si
Un tremblement d’terre
Un volcan, un raz-de-marée
Me secouaient de la tête aux pieds
Le long de la voie lactée.

Quel père n’a pas vécu ce “tremblement de terre” ? Et on est loin de la chanson de Brigitte Fontaine, trace des années post 68…

Cet enfant que je t’avais fait,
Te souviens-tu ?
Où l’as-tu mis, qu’en as-tu fait
Celui dont j’aimais tant le nom
Te souviens-tu 
Familles heureuses

Mais ce bonheur de pères a pu être battu en brèche par un Serge Lama qui n’aimait pas les dimanches en famille

Devant l’éternel gigot
Grand-mère, grand père, la fille
Tout le monde y va d’son sanglot (…)
Maman, maman, toi j’t’en veux pas
Mais c’est pas ma faute à moi
Si tu n’as pas compris
Qu’il fallait te tirer d’ici
Chacun sa vie, son cœur et service compris
Remords allez voir là-bas si j’y suis…
Plus jamais la famille
Plus jamais la famille.

Terrible aveu, étonnant dégoût qu’on n’a pas envie de connaître. On peut lui préférer “La famille” de Michel Jonasz ; ça nous rappellerait presque Sheila, mais en mieux !

La famille s’éparpille
Les jeunes s’en vont là où ça brille
Les vieux s’éteignent comme des brindilles
Pour un rien une peccadille
Ce sont les années papier d’verre
Qui usent l’endroit et l’envers…
Et pourquoi j’en sais rien
Tout c’que j’sais c’que j’me souviens
On s’aimait bien.

Et pour rester sur une note totalement joyeuse et tellement réaliste, on chantera avec Les négresses vertes :

Ah ! Ah ! Famille nombreuse, famille heureuse
C’est le bonheur !
Ah ! Ah ! Famille nombreuse famille heureuse
On a du cœur quand on est frères et sœurs.

C’est du vécu !


Au cinéma…

Film La famille Belier 2427 La famille est une comédie ou un drame, voire même les deux comme dans La vie est un long fleuve tranquille .

C’est l’expression de la dérision chez Étienne Chatillez qui donne de la famille soit une image caricaturale avec Les Le Quesnoy, soit grotesque avec Les Groseille.

On préférera pourtant raviver le souvenir du cycle Antoine Doinel où François Truffaut évoque heurts, malheurs et bonheurs de la vie de famille en 4 films délicieux – s’étalant de 1959 à 1979 – évoquant les étapes de la vie de son personnage (son double ?) :
l’enfance dans Les quatre cents coups ,
l’amour dans Baisers volés ,
le mariage dans Domicile conjugal et
les aléas du couple contemporain puis le divorce dans L’amour en fuite.

Certes une vision peu optimiste de la famille, mais hélas réaliste.

Louis-Marie Lacroix
RCF Moulins
(Publié dans « Présence Mariste » n°287, avril 2016)