Une journée de grand-père

Un emploi du temps adapté à l’enfant accueilli

Serai-je à la hauteur aujourd’hui encore ? Oui, sans doute, du moins je vais tout faire pour qu’il en soit ainsi, à nouveau, ce mercredi.

Pas besoin de réveil ce matin, car inconsciemment le sommeil a été léger, les pensées absorbées par les nombreuses supputations concernant l’activité qu’il sera possible de proposer ou plutôt greffer aux obligations de la garde de notre petite-fille. Elle n’a que quatre ans, mais les journées ne sont jamais assez longues pour toutes les découvertes à faire ensemble. Le lever est suivi du petit déjeuner avec la surveillance de la confiture sur les tartines qu’il a fallu couper comme il faut…

Moment de complicité entre grand-père Michel et sa petite-fille
Moment de complicité entre grand-père Michel et sa petite-fille

Par la fenêtre, on aperçoit dehors les oiseaux qui se régalent aux graines mises tôt exprès ce matin dans les mangeoires.
- « Grand-père, je pourrais leur mettre à manger ? »
- « Bien sûr, dès que tu auras fini ta tasse de chocolat. »

Heureusement, dans la jeune cervelle, les idées se succèdent avec une imagination fulgurante, mais l’attention et l’oreille surtout ne doivent jamais faiblir. Par la porte de sa chambre toujours ouverte, un coup d’œil discret rassure sur les jeux choisis.

Après un moment de calme, on va pouvoir aller faire quelques courses en ville, prendre le pain à la boulangerie et passer chez l’arrière grand-mère qui a toujours à portée de main la boite de bonbons qui assure à coup sûr un jeune sourire chargé de convoitise… Il ne faudra pas oublier, de retour à la maison, de lui montrer les premières fleurs, prémice de printemps, et expliquer que si elle veut en emmener chez ses parents, on ne les cueillera que ce soir juste avant son départ.

Pendant le repas de midi, la vigilance est de règle. Manger de tout et surtout ne pas oublier les mots magiques – s’il te plaît, merci – qui doivent accompagner la demande pour un choix de gourmandise, dessert ou autre. Elle a très bien compris, et souvent un regard et sourire discret entre les grands-parents irradie leur cœur complice.

Pour l’après-midi, après une sieste réparatrice, on ira faire une promenade jusque dans la forêt de pins proche. Ne pas oublier, en partant, quelques quignons de pain sec pour le poney. Peut-être même verrons-nous les vaches ou les moutons des voisins. Ce sera alors de longues observations de découvertes avec les réponses motivées aux questions qui ne manqueront pas. Le but de la promenade est d’atteindre la frondaison des conifères pour respirer à plein poumon l’odeur de la résine et de la forêt. Sans brusquer le rythme de la marche, peut-être aurons-nous le temps de nous asseoir côte à côte sur un tronc d’arbre. Alors cette fois c’est le grand-père qui posera les questions : « Sens-tu l’odeur des pins ? Entends-tu le bruissement des feuilles ? As-tu vu cet oiseau ? Regarde ces fourmis et tous ces insectes… »

Lorsque maman vient nous rejoindre, la joie est à son comble
Lorsque maman vient nous rejoindre, la joie est à son comble


Une grande joie habite alors le grand-père. La prochaine fois, nous prendrons un autre chemin pour varier les découvertes.
De retour à la maison, sûr que le goûter préparé par la grand-mère sera englouti sans problème, tout en poursuivant l’échange questions-réponses.
Maintenant les jeux vont permettre un moment plus calme. Mais l’esprit doit rester disponible car les demandes ne cessent jamais.
Hélas, l’heure s’avance où il faut demander et surtout obtenir que les objets soient rangés, même si un ordre relatif sera acceptable. Elle se prête d’ailleurs sans trop de contestations à cet exercice, car bientôt les parents, après leur journée de travail, vont récupérer leur fille.

La maison semble alors un peu vide, mais que de joie apportée par tous ces échanges et éclats de rire. Déjà les projets s’échafaudent pour la prochaine journée qui commence dès maintenant en pensées, même si nous ne nous revoyons que dans une semaine.

Grand-père Michel
(paru dans Présence Mariste, N° 260, juillet 2009)

JE PRENDRAI PAR LA MAIN LES DEUX PETITS ENFANTS

J’aime les bois où sont les chevreuils et les faons
Où les cerfs tachetés suivent les biches blanches
Et se dressent dans l’ombre, effrayés par les branches ;
Car les fauves sont pleins d’une telle vapeur
Que le frais tremblement des feuilles leur font peur.
Les arbres ont cela de profond qu’ils vous montrent
Que l’éden seul est vrai, que les cœurs s’y rencontrent
Et que, hors les amours et les nids, tout est vain ;
Théocrite souvent dans le hallier divin
Crut entendre marcher doucement la ménade.
C’est là que je ferai ma lente promenade
Avec les deux marmots. J’entendrai tour à tour
Ce que Georges conseille à Jeanne, doux amour
Et ce que Jeanne enseigne à Georges. En patriarche
Que mènent les enfants, je règlerai ma marche
Sur le temps que prendront leurs jeux et leurs repas,
Et sur la petitesse aimable de leurs pas.
Ils cueilleront des fleurs, ils mangeront des mûres.
O vaste apaisement des forêts ! O murmures !
Avril vient calmer tout, venant tout embaumer.
Je n’ai point d’autre affaire ici-bas que d’aimer.

Victor HUGO - L’art d’être grand-père