Accueillir l’esprit d’un synode

PM287 logo En suivant le Synode pendant ces 3 semaines à travers différents medias : radios, presse et journaux télévisés, voici un regard sur ce qu’a été son esprit. (Présence Mariste n°287, avril 2016)

Odile Pallandre
Odile Pallandre

Dimanche 4 octobre 2015,
s’est ouvert à Rome le Synode sur « La vocation et la mission de la famille dans l’Église et dans le monde contemporain ?. »

Comme il y a 50 ans, l’Église Catholique a réformé sa manière de s’adresser au monde et aux autres confessions et religions, tout en restant Fidèle à son enseignement. Aujourd’hui, les Évêques sont invités à repenser les questions entourant la famille. Il s’agit notamment de prendre en compte les situations familiales contemporaines dans toute leur complexité. L’un des enjeux de ce synode, c’est de trouver un langage et un accompagnement des situations familiales plus en adéquation avec l’esprit de l’Évangile.

Un autre enjeu porte sur le fait que le synode puisse associer le Peuple de Dieu et les Églises locales dans le travail de réforme. Cela répond à la volonté du Pape François de faire emprunter à toute l’Église un chemin de discernement, associant aussi les paroisses à travers un questionnaire diffusé en amont comme déjà l’an dernier. Les membres du Synode reconnaissent “le besoin d’un langage nouveau et plus adapté” ?

Salle synodale
Salle synodale

Le Synode a produit un rapport équilibré pour soutenir les familles chrétiennes qui s’efforcent de vivre l’Évangile. Il offre l’accompagnement de l’Église dans les diverses situations conjugales. Prudemment ouvert, ce texte reflète 3 semaines de débats parfois très animés. Malgré ces échanges vifs, les 94 paragraphes votés 1 à 1 ont tous recueilli les 2/3 des voix des 265 Pères synodaux, exigés pour leur adoption. Le passage le plus disputé, portant sur l’intégration des divorcés remariés, n’a reçu toutefois la majorité nécessaire qu’à une voix près.

Logo du Synode

Sans rien fermer sur cette question emblématique du rapport de l’Église au monde actuel, les Pères synodaux demandent plus largement au Pape François un “document sur la famille”. De quoi le laisser reprendre un texte qui exprime avant tout, le souci de l’Église de “se tenir près de la famille comme compagne de chemin”. Avec comme mot clé : le discernement. Cet exercice de discernement a conduit les Pères synodaux à proposer diverses orientations.

Donner à voir “la beauté de la famille ? avec un langage nouveau

Les Évêques encouragent les familles chrétiennes dans leur rôle de témoin : celui de montrer qu’une vie heureuse entre un homme et une femme, avec des enfants, dans la fidélité à l’Évangile est possible. Les pères synodaux reconnaissent “le besoin d’un langage nouveau et plus adapté pour transmettre cela ?. Le Pape a même déploré “la rouille d’un langage archaïque ?.

Trait d humour
Trait d humour

Mieux préparer et accompagner les couples mariés

Le besoin de discernement apparaît déjà dans la préparation au mariage. Les pasteurs sont tiraillés entre le désir d’accueillir tout le monde et celui de ne pas brader le sacrement. Implication de couples déjà mariés dans les parcours de préparation. Les Évêques insistent pour que les premières années de la vie familiale soient accompagnées pastoralement. Ceci exige aussi que la formation sacerdotale des prêtres associe des familles en particulier la présence féminine.

Lucetta Scaraf ?a, auditrice au Synode a plaidé pour que les Évêques écoutent les femmes, grandes expertes de la famille. Elle est l’une des rares femmes laïques mariées, à avoir été choisie pour participer au Synode comme auditrice — en tant que telle — et non avec son mari, en couple. L’exercice est passionnant mais très difficile, a-t-elle expliqué. Elle s’est sentie bien souvent invisible. Elle regrette que dans les textes et les débats, on parle très peu des femmes. Comme si on pouvait continuer, même à propos de la famille, à faire semblant qu’elles n’existent pas.

Malgré tout, l’Église a fait une belle découverte : apprendre à dialoguer, à s’écouter. C’est une Église qui devient plus synodale.

Le Pape et des cardinaux
Le Pape et des cardinaux

Ne pas discriminer les personnes homosexuelles

Quasi absente des débats durant ce Synode, l’homosexualité est abordée à travers ce que peuvent rencontrer des familles en leur sein. L’Église réitère que chaque personne, indépendamment de sa propre tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect, avec le soin d’éviter toute marque d’une injuste discrimination.

Offrir un discernement aux divorcés remariés pour une meilleure intégration dans l’Église

Nathalie et Christian Mignonat sont des auditeurs français qui ont pris la parole. Ils vivent de près le problème des divorcés mariés. Ils sont là pour porter la parole de ces couples chrétiens, où l’un des deux au moins est divorcé et qu’ils accompagnent. Ils savent comment ces couples s’investissent en paroisse, mais aussi combien le regard sur eux est loin d’être bienveillant. Ce synode est l’occasion pour eux de décrire cette réalité aux évêques. Nous les faisons atterrir, disent-ils.

Nous devons montrer que nous avons entendu le cri de tant de personnes qui souffrent et crient pour participer aussi pleinement que possible à la vie de l’Église, soutient un groupe hispanophone à ce sujet. Au-delà de la singularité de chaque couple, il s’agit d’accueillir chaque personne par l‘attention, l’écoute, le discernement, avec un regard de miséricorde.

Exemple de famille nombreuse
Exemple de famille nombreuse

Les Évêques ont adopté un rapport final qui rend l’Église accompagnatrice des personnes dans les diverses situations conjugales et familiales, dans l’exercice d’un discernement, notamment des divorcés remariés auxquels n’est pas fermé un accès aux sacrements, ceci au cas par cas.

Les Pères synodaux confient leurs réflexions au pape, à qui ils demandent un document sur la famille. Après 3 semaines de discussions, le Pape a célébré le dimanche 25 octobre 2015 la messe de clôture du synode sur la famille par un appel à la miséricorde.

Odile Pallandre
(Publié dans « Présence Mariste » n°287, avril 2016)