Notre travail de professeur spécialisé

Un exemple de mise en œuvre d’un enseignement adapté à un enfant handicapé

Géraldine Garnier et Marie-Claire André sont professeurs des écoles à Sainte-Marie de Saint Chamond. Marie-Claire enseigne en CE1 et Géraldine est responsable de la CLIS (Classe d’Inclusion Scolaire).

Un nouveau dispositif d’accueil à l’école Sainte-Marie

Nous accueillons cette année 11 élèves à « besoins éducatifs particuliers » au sein d’un dispositif CLIS. C’est avec l’exemple de Margaux que nous illustrerons comment nous participons à la scolarisation de ces élèves différents.

Vue de la façade principale de l’institution Sainte-Marie

Le Projet Personnalisé de Scolarisation de Margaux

Jusqu’à l’âge de 6 ans, Margaux était scolarisée en classe maternelle avec l’aide d’une AVS* (Les astérisques renvoient au lexique). Vu ses difficultés, le passage en CP n’a pas été possible. L’équipe de l’école, les partenaires médicaux et les parents ont alors monté un dossier pour un PPS et une orientation vers un enseignement plus adapté. Ses parents ont alors souhaité qu’elle intègre une CLIS. Ceci a été possible par la mise en place, en parallèle, d’un SESSAD*. C’est la deuxième année que Margaux est dans notre école. Elle est âgée aujourd’hui de 8 ans.

Marie-Claire accueille Margaux en CE1

Comme le définit son PPS, Margaux bénéficie du dispositif CLIS et du service de soins SESSAD. Le premier travail fait par Géraldine a été d’évaluer ses compétences à partir de petits exercices en favorisant l’oral et les manipulations concrètes. Ensuite, ont été élaborés et mis en œuvre son emploi du temps et son projet pédagogique individualisé en essayant de répondre au mieux à ses besoins.
En fonction de ses possibilités, Margaux participe aux activités proposées. Elle est ainsi partie, à la journée, pendant 3 jours, avec ses camarades en classe poneys. Ces temps de scolarisation demandent une attention particulière de ma part. Il est important de nous concerter avec Géraldine, de prévoir les éventuelles difficultés et de penser les différents aménagements pour rendre possible ce qui pouvait paraître compliqué au départ.

Margaux dans sa classe de CE1


Dans la semaine, Margaux participe également au sport, aux activités d’arts visuels, aux ateliers d’informatique, et à certains projets de découverte du monde. Même si elle ne peut rejoindre toutes les activités proposées dans ma classe, il est important qu’elle puisse vivre des moments forts avec des camarades de son âge : s’asseoir tous les matins à sa place, ranger les cahiers dans son bureau, répondre à l’appel, prendre part aux responsabilités de classe : allumer la lumière, ouvrir les fenêtres…
Tous les élèves de CE1 ont bien compris pourquoi Margaux n’est pas à plein temps en classe, mais il n’est pas toujours facile pour eux d’admettre que les attentes de l’enseignante ne sont pas les mêmes pour elle et pour eux : moments de règles de jeux collectives, va et vient dans la classe… Cependant, tous se responsabilisent envers elle : pour aller la chercher lorsqu’elle doit être en classe, ranger son cartable, l’accompagner en récréation…

Même si certaines activités semblent d’une simplicité extrême pour tout élève lambda, il est bien souvent nécessaire, voire indispensable, qu’elles soient travaillées de manière adaptée en amont au sein de la CLIS. Pour donner des repères à Margaux, des pré-requis, et ainsi lui permettre de tirer pleinement profit de ces apprentissages en classe de CE1.

Géraldine accueille Margaux en CLIS

La scolarisation de Margaux exige un travail de concertation, de collaboration, entre tous les partenaires. Toute activité doit être préparée, accompagnée par les personnes qui travaillent avec elle. Exemple : un atelier cinéma est prévu pour les classes de CP et CE. Il s’agit de la projection du « Kid » de Charlie Chaplin. Margaux a très peur du noir ; jusqu’à présent, il lui était impossible de participer à une projection entière. J’ai donc travaillé l’histoire du film, proposé des supports d’images, nous en avons discuté. Je lui ai fait écouter la musique du film. Et cela pour passer d’une situation génératrice de stress à une situation attendue.
Un travail a été mené en partenariat à la maison pour préparer Margaux à cette séance. Le jour venu, une auxiliaire de vie scolaire était présente à ses côtés afin de permettre à Margaux de sortir de la salle. Mais Margaux a assisté à la séance complète sans pleurs, ni cris. Elle a même pu exprimer oralement ce qu’elle avait retenu du film avec l’enseignante du SESSAD. Ensuite, j’ai retravaillé les moments forts du film et proposé des images séquentielles de l’histoire. Elle pourra alors en reparler à la maison et être fière de ses apprentissages !

Margaux en CLIS


Outre le travail en amont qui permet à Margaux de participer aux activités du CE1, je propose aussi des apprentissages adaptés à son niveau, en respectant son rythme. Il est important de consolider les structures qui n’ont pas été construites dans sa petite enfance, les structures logico-mathématiques ; par exemple : tris, classifications, sériations…. Les objectifs fixés sont ceux du socle commun de connaissances et de compétences, mais les moyens mis en œuvre sont adaptés. Je reste attentive à la manière dont Margaux s’y prend pour résoudre un problème, et lui propose des activités pour l’aider à se créer des images mentales. Je suis également là pour étayer son raisonnement ou verbaliser ce qu’elle fait en manipulant.
Sans les prises en charge quotidiennes du SESSAD, la scolarisation de Margaux en milieu ordinaire ne serait pas aussi bénéfique. Margaux participe chaque semaine à des activités avec une éducatrice, une psychomotricienne. Nous définissons ensemble les objectifs prioritaires.
Ainsi, un même objectif sera étayé de manière différente. Par exemple, pour travailler le geste graphique, la psychomotricienne propose des parcours « grandeur nature » à Margaux pour le vivre avec son corps. L’enseignante spécialisée du SESSAD travaille l’écoute des sons, le vocabulaire, le langage en favorisant l’interaction, l’oralisation. Pour ma part, je lui demande un exercice sur feuille avec différents outils, je lui propose un travail à effectuer en autonomie. L’éducatrice peut travailler avec Margaux sur les gestes de la vie quotidienne, ce qui sera ensuite repris, chez elle, avec ses parents. Tout cela est en lien dans une vision globale et commune entre tous les partenaires.

Ma mission d’enseignante spécialisée a bien évolué. En plus de proposer aux élèves des situations d’apprentissages adaptées, j’organise et coordonne les projets de chaque enfant en veillant à leur cohérence. Un travail de collaboration est nécessaire pour s’adapter au mieux à chaque situation, en proposant aux collègues des outils spécifiques, en préparant avec les élèves le travail à effectuer en CE1.

Nous avons régulièrement des réunions avec l’ensemble des partenaires pour évaluer le projet, le remettre en question. En fonction de l’évolution de l’enfant, le projet réécrit est transmis à la MDPH et à la CDA* de l’Inspection Académique. Nous parlons donc bien d’un parcours de formation, coordonné par un maître référent, l’avenir de l’enfant n’est pas tracé, les questionnements sont permanents. Le projet évolue avec l’enfant et en fonction de lui.

Marie Claire ANDRÉ et Géraldine GARNIER
(publié dans Présence Mariste N° 262, janvier 2009)