Avec nos camarades de classe handicapés…

Des jeunes scolaires parlent de leurs rapports avec des camarades de classe handicapés.

Corentin et son copain de 6e

Ce qui m’a motivé pour aider ce camarade de 6e, c’était de pouvoir lui donner des conseils, lui redonner une consigne ou un exercice mal compris, sans lui donner les réponses.
Il me faisait découvrir des choses et dans d’autres cas, je l’aidais à trouver des solutions plus simples. Mais parfois cela le gênait. Car il est difficile pour lui de se rendre compte qu’il est « handicapé » (il avait sûrement honte qu’une personne l’aide).

« On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux » (A. de Saint-Exupéry)


On a fini par devenir ami et partager de bons moments.
De plus en plus, il y a des enfants dyslexiques dans les écoles, et je trouve que c’est bien que les établissements scolaires, les accueillent et les aident sans faire de différence. Certains camarades peuvent être méchants avec eux. Ils en profitent car ils sont plus faibles. Cela me faisait de la peine.
J’ai bien aimé lui rendre ce service et en fin de compte, il est comme les autres élèves.

Mylène nous parle de Cathy

Cathy est en quatrième avec moi. Je la connais depuis bientôt trois ans. Elle est super. Certes, elle est non voyante de naissance mais moi je trouve que si elle ne voit pas comme nous, en réalité, elle « voit » les choses bien mieux que moi parce qu’elle les sent avec le cœur et elle m’aide beaucoup à aller à l’essentiel.

« Je suis un peu son chien d’aveugle »

Qu’est ce que je fais avec elle en classe ? Eh bien, depuis la sixième je suis dans la même classe qu’elle. Alors comme elle dit, je suis un peu « son chien » d’aveugle mais, surtout, sa copine. Quand, à chaque heure ou presque, nous changeons de classe, je lui donne le bras pour descendre ou monter les escaliers et trouver la bonne salle ou aller en récré. Mais j’ai bien l’impression qu’avec l’habitude elle y arriverait toute seule alors que moi je n’arriverais plus à être en classe sans elle. En effet, elle me dit des trucs extra. Elle ne voit pas mais elle est capable de dire l’attitude des gens en cours avec elle et quand il arrive qu’il y ait du bruit ou de l’agitation en cours, elle dit par exemple : « Alexandre ! Arrête ! Tu gênes les autres et le prof. »

Il y a un cours où elle est vraiment à l’aise, c’est la musique et un qu’elle n’aime pas trop, le dessin. Par contre, en vie de classe, elle dit des trucs incroyables comme si elle voyait mieux que nous la réalité des choses. Les profs lui passent le résumé des cours en braille mais la plupart du temps elle les a déjà très bien enregistrés dans sa tête et si je n’ai pas compris un truc elle me l’explique super.

Moi, en sixième, quand un prof m’a demandé de l’aider pour se déplacer dans l’établissement je n’avais pas trop le goût. Je pensais que j’allais perdre du temps et des copines.
Eh bien, je le répète : peut être que j’ai perdu des copines, mais j’ai vraiment gagné une vraie amie et même une sœur car, avec elle, je partage tout, je lui dis tout et on passe de très bons moments ensemble. Je ne voudrais vraiment pas qu’on nous sépare.

Alban et Anthony

« Avec Anthony, je gagne beaucoup en amitié »

Anthony mon copain il est handicapé même si on n’a pas l’impression, il bégaie, ça fait rire tout le monde au début qu’on le voit mais c’est pas drôle. La prof principale, elle a demandé qui voulait l’aider : j’étais pas chaud mais comme il est super j’ai accepté, ça consiste à travailler perso avec lui, à essayer de comprendre ce qu’il veut dire et à lever la main en son nom dans les cours où comme on est nombreux les profs veulent pas trop perdre de temps. Le plus dur : c’est en langues car déjà c’est dur alors avec lui c’est fatal. Mais attention même si je perds beaucoup de temps avec lui je gagne beaucoup en amitié oui je peux dire comme lui : « Antho, Antho Anthony c’est c’est c’est mon mon frè frè frère ».

(publié dans Présence Mariste N° 262, janvier 2010)