Mission de l’enseignant référent

Le rôle et les responsabilités d’un enseignant référent

Jean-Yves Riocreux est « enseignant référent » en poste depuis cette année à la DDEC de St Etienne dans la Loire. Il est titulaire du diplôme CAEID.

Présence Mariste :


Jean-Yves, tu es passé, cette année, de directeur d’une petite école, à enseignant référent. Pourquoi ce terme « référent » ?

Jean-Yves Riocreux :
Je suis « Référent Handicap » auprès de personnes en situation de handicap. En fait, je travaille auprès d’enfants, d’adolescents et d’adultes handicapés de 2 à 26 ans.

Combien as-tu de dossiers actuellement ?

Je suis en charge de 246 dossiers environ, certains sont en cours, d’autres changent de secteur, c’est fluctuant.

Qu’est-ce que tu fais exactement ? Peux-tu nous définir ton travail, ton rôle ?

Mon rôle est de rencontrer, de communiquer avec toutes les personnes concernées par chaque enfant handicapé et d’essayer d’établir pour eux un projet pédagogique cohérent ; c’est-à-dire un projet personnalisé mais essentiellement pédagogique, en ce qui me concerne.
Ce projet est établi en lien avec le personnel soignant, orthophoniste, ergothérapeute, médecin, psychologue, psychiatre.

Margaux bénéficie du SESSAD

Tu es en lien aussi avec la MDPH : dans quel but précisément ?

À la MDPH, je transmets les dossiers de chaque élève avec les demandes particulières des équipes pédagogiques. Ensuite l’EPE* (Équipe pluridisciplinaire de la MDPH) étudie les dossiers et propose à la CDA*(Les astérisques renvoient au lexique) des solutions et des réponses aux demandes. Moi, je ne prends aucune décision. Je donne des conseils, je rencontre les familles, je les aide à « monter » leur dossier, je cherche aussi des solutions dans les cas difficiles.

Et ensuite, tu en fais quoi de ce dossier, avec l’école, la famille et l’enfant ?

Quand le dossier est accepté et que la MDPH a donné son aval (notification), je veille à ce que le PPS de l’élève soit mis en application.

Tu suis donc cet enfant tout au long de sa scolarité ?

Du début jusqu’à la fin mais sans le connaître, sauf les « jeunes majeurs », depuis l’entrée du processus de reconnaissance du handicap jusqu’à la fin de la scolarité en ajustant ou modifiant dans certains cas son PPS. On doit faire le bilan (en équipe ESS*) au moins une fois par an même si tout se passe bien.
Après, il est toujours reconnu en tant que personne handicapée mais adulte, et ce n’est plus de mon ressort.

Quand tu parles d’adulte handicapé n’est-ce pas la mission de la COTOREP ?

Exactement, ce n’est plus la commission enfance mais la commission adulte.

Es-tu en lien avec d’autres personnes ou institutions ?

Avec la cellule AVS*, l’inspection Académique, l’inspecteur ASH* qui nous tient en permanence au courant. Quant à la mission départementale, je n’ai pas beaucoup de liens avec eux, à part la transmission du dossier qui est de l’ordre de la relation administrative ; mais il arrive que les relations s’intensifient s’il y a des dossiers à compléter, des dossiers rejetés. J’en ai davantage avec les CMP*, CAMSP*, les orthophonistes, les médecins, les SESSAD.

Quel est ton point de vue sur la loi de 2005 [1] ?

Concernant les enfants, cette loi est faite pour que tous ou presque soient intégrés ou plutôt « inclus », dans le système éducatif ordinaire. Il y a des aspects positifs mais aussi négatifs parce qu’on a supprimé un certain nombre de structures correspondant à des besoins réels. Exemple, le poste de maître E (enseignant à dominante pédagogique), RASED, dans l’Enseignement public. On fait ainsi des économies. Mais on peut dire aussi qu’il y a une plus grande cohérence, chacun ne travaille pas dans son coin.

Ton travail te demande-t-il d’y consacrer beaucoup de temps et rencontres-tu les enfants ou les jeunes dont tu suis le dossier ?

C’est beaucoup de l’administratif ! Beaucoup de contacts aussi avec des personnes nouvelles spécialisées que les enseignants ne connaissent pas. Je fais des liens. Je passe aussi du temps sur la route, au téléphone.
La communication par courrier électronique est un gain de temps énorme. On va dire 40 heures dans le meilleur des cas.

La société se mobilise de diverses façons pour la prise en charge du handicap


Quant aux enfants, je ne les rencontre presque jamais, sauf s’ils sont majeurs puisque c’est eux qui assistent à leur réunion d’évaluation de leur PPS ; les autres non ! L’EPE* de la MDPH ne les rencontre pas non plus. En fait, nous ne travaillons que sur des dossiers.
Les personnes qui rencontrent les enfants, ce sont toutes celles qui assistent aux réunions avec eux sauf moi.

Peux-tu préciser quels sont les éléments qui constituent un dossier ?

Au départ, l’équipe pédagogique de l’école, du collège ou du lycée construit un dossier à partir d’éléments précurseurs constitués ainsi : résultats scolaires, bilan familial, bilan psychologique, bilan médical, orthophonique, tout ce qui justifie une demande précise (AVS, EVS*, matériel spécifique selon le handicap, transport) qu’ils transmettent à l’enseignant référent chargé de le vérifier, de le compléter de l’envoyer à la MDPH.
Dans le dossier, deux éléments sont strictement confidentiels : le bilan psychologique et le certificat médical.

Présence Mariste :
Jean-Yves, au nom de Présence Mariste, je te souhaite du courage pour cette mission auprès des enfants, jeunes et adultes handicapés.

Propos recueillis par Frère Roger CHARRIER
(publié dans Présence Mariste N° 262, janvier 2010)

[1Loi du 11 février 2005 : http:\informations.handicap.fr/decret-loi-fevrier-2005.php